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Poésie

Posts Tagged ‘(Paul Fort)’

L’ arbre à poèmes (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2021



L’ arbre à poèmes

-Sors de ce vieux bourbier à poésie, poète !
de sa vase gluante aux crapauds endormis.
Soulève-toi d’horreur, mais non plus
à demi, couverts de lieux communs épais,
d’images blettes.

Jarrets gonflés par ton effort, soulève-toi
des eaux croupies du Rêve. -Oui, c’est
fait. Mais pourquoi, resté-je ainsi courbé,
vaincu par mon effort ! Un peuple de
sylvains me nargue sur ces bords ?…

A leurs cris je me dresse en piétinant
d’orgueil. Que fais-je là ? Je prends
racine, je m’enfeuille, et j’entends rire
Pan au cœur de ma feuillée… Je suis
un arbre à poèmes : un poémier.

(Paul Fort)

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CHANSON DES GIFLES DU VENT (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2021



CHANSON DES GIFLES DU VENT

Combien de fois, depuis mes jeunes ans, combien de fois m’aura giflé le vent!
Au temps de ma jeunesse, c’était gifle en caresse,
au temps de mes vingt ans, comme gifle un serment,
au temps de mes trente ans, comme gifle entre amants,
quand j’eus pris l’air penché, gifle au pédant fâché,
voyez ce dos courbé, gifle au gaga-bébé,
au temps (par tous les temps gifle la faux du Temps)
au temps où Mort vous griffe, soudain la Gifle-Gifle,
la mer, en ouragan, et celle que j’attends.
– Combien de fois, depuis mes jeunes ans, combien de fois m’aura giflé le vent.

(Paul Fort)

 

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AUTOUR DE L’OCEAN (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2021



AUTOUR DE L’OCEAN

Est-ce la terre, est-ce la mer qu’on cherche avec de la lumière?
Ils sont là cent avec des torches, sur les plages noires, sur les plages d’or.
Ils sont là cent, ils sont là mille, qui font le tour de l’Océan.
On les voit de la pleine mer, on les voit du fin fond des terres.
Ils sont là mille ou des millions avec des torches sur leur front…

Et ce n’est qu’un collier, un collier d’amulettes, les phares, autour de l’Océan,
Tous coiffés d’un rubis, comme des allumettes, sur les plages de l’Océan.

(Paul Fort)

 

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Il faut nous aimer sur terre (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2021



 

Il faut nous aimer sur terre,
il faut nous aimer vivants

Ne crois pas au cimetière
il faut nous aimer avant.

Ta poussière et ma poussière
deviendront le gré des vents.

(Paul Fort)

Illustration

 

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Aérez, aérez les mots! (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2021



 

Paul Fort

Aérez, aérez les mots!
qu’ils soient de ces flammes légères
dansant plus haut que les flambeaux.

(Paul Fort)

 

 

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Mademoiselle (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2021


 


Juliana Kolesova -  [1280x768]

Mademoiselle,
voulez-vous me permettre
de vous inventer

(Paul Fort)

Illustration: Juliana Kolesova

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L’Écureuil (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021




L’Écureuil

Ecureuil du printemps, écureuil de l’été, qui domines
la terre avec vivacité, que penses-tu là-haut de notre
humanité ?
— Les hommes sont des fous qui manquent de gaîté.

Ecureuil, queue touffue, doré trésor des bois, ornement
de la vie et fleur de la nature, juché sur ton pin vert, dis-
nous ce que tu vois ?
— La terre qui poudroie sous des pas qui murmurent.

Ecureuil voltigeant, fier du pic bavard, cousin du
rossignol, ami de la corneille, dis-nous ce que tu vois par
delà nos brouillards ?
— Des lances, des fusils menacer le soleil.

Ecureuil, cul à l’air, cursif et curieux, ébouriffant ton
col et gloussant un fin rire, dis-nous ce que tu vois sous
la rougeur des cieux ?
— Des soldats, des drapeaux qui traversent l’empire.

Ecureuil aux yeux vifs, pétillants, noirs et beaux, hu-
mant la sève d’or, la pomme entre tes pattes, que vois-tu
sur la plaine autour de nos hameaux ?
— Monter le lac de sang des hommes qui se battent.

Ecureuil de l’automne, écureuil de l’hiver, qui lances
vers l’azur, avec tant de gaîté, ces pommes… que vois-tu ?
— Demain tout comme Hier.

Les hommes sont des fous et pour l’éternité.

(Paul Fort)

 

 

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Ne dites pas que je vous aime (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



 

Natale Schiavoni  The Sleeper [1280x768]

Ne dites pas que je vous aime
lorsque je vous aime au printemps.
L’Oiseau Bleu résout ce problème:
je vous aime en vous inventant.

(Paul Fort)

Illlustration: Natale Schiavoni

 

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La mer brille comme une coquille (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



 

La mer brille comme une coquille
On a envie de la pêcher
La mer est verte
La mer est grise
Elle est d’azur
Elle est d’argent et de dentelle

(Paul Fort)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’Amour au Luxembourg (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



L’Amour au Luxembourg

Le couchant violet tremble au fond du jour rouge.
Le Luxembourg exhale une odeur d’oranger.
Et Manon s’arrête à mon bras:
plus rien ne bouge,
les arbres, les passants, ce nuage éloigné.

Il n’est plus une fleur où l’air lourd ne se pose,
et qui ne sente en elle un coeur battre et mourir,
un coeur d’air étouffant sa corolle;
et les roses défaillent vers la terre,
sous le poids du zéphyr.

Il semble que le monde entier n’ait plus qu’une âme.
La poussière du jour retombe parfumée;
et le bassin respire un jet d’eau qui se pâme et,
sur sa propre image,
en mourant, vient chanter.

Tout meurt, et tout renaît
pour une vie chantante, aromatique,
éparse et mêlée aux nuances,
et comme dans la bouche un fruit délicieux,
les arbres veloutés me fondent dans les yeux.

Et le jet d’eau s’est tu:
c’est la rosée qui chante là-bas,
dans les gazons où rêvent les statues,
et pour rendre, ô sens-tu?
la nuit plus défaillante,
les orangers en fleurs ont enivré la nue.

Manon, près de mon coeur,
et devant tout l’espace que prennent les étoiles
pour graviter vers nous,
de vos beaux yeux voilés,
Manon regardez-vous flotter dans la nuit bleue
la blancheur des terrasses?

C’est aux lueurs dernières que l’ombre est embaumée,
et Manon sur mon bras couche son front pâmé,
et je luis crois une âme en cette heure irréelle,
lui faisant une part dans l’âme universelle.

(Paul Fort)

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