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Posts Tagged ‘paupière’

NOUVELLES FRAÎCHES (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2022




    
NOUVELLES FRAÎCHES

Souvenirs de la mer
Le grand panneau du fond découpé par l’éclair
La vague abandonnée aux démons du parterre
La fumée des étoiles
Aux ras des flots le lustre éteint
Les voyageuses du matin
Plus haut que nous la robe ouverte

Le regard bleu
Les mouches vertes
Une heure après
L’espace blanc
Le beau gaillard est à l’avant
Ses mains mesurent l’entourage
Le vent se lève
Une autre page

Il est trop tôt pour s’attarder
Le monde va par coups de dés
L’étrave blesse les paupières
Creuse la route la lumière
Aucun regret des passeports
C’est l’aventure naturelle
Et plus nouvelle que la mort.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: René Guy Cadou Poésie la vie entière oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Seghers

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Je m’allongerai sous tes paupières (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2022



Je m’allongerai sous tes paupières.
Lorsque tu les baisseras pour t’endormir,
je lancerai de l’or dans ton sommeil.
De l’or et des songes pareils à des nuages.

(Christian Bobin)

Illustration: Constantin Brancusi

 

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Il est vrai que l’on entend dans les chairs (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2022



Illustration: Andrey Kartashov
    
Il est vrai que l’on entend
Dans les chairs
Ces craquements
Ces coups de sonde sous l’armure
Comme de lointains appels

(qui donc écarte ainsi les fibres
pour faire de la place au vide)

Et l’on voit s’affadir
Le regard
Et passer dans l’iris
Sous les cernes des paupières
Toute la blancheur du temps

L’oeil
De plus en plus souvent
Se fixe
Sur moins que rien

Le temps de redonner au coeur
Un peu de son allant

On voudrait bien poser
La chevalée
Et comme finir
Nous pèse

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Sous l’imperturbable clarté Choix de poèmes 1983-2014
Traduction:
Editions: Gallimard

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Des milliards d’yeux changent ta peau (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2022




    
Des milliards d’yeux changent ta peau
En une étoffe de regards
Ma caresse joue ton plaisir
Lève des milliards de paupières
Et, dès lors, tu lis l’horizon
Les soleils braqués, le silence
Tu nais, lumineuse, à ton cours
Tu t’abats en toi, tu t’éclaires
Tu enflammes l’air alentour
Tu as le poids du sang, des signes
Tu luis de consumer le feu
D’être ce milliard de prunelles
Qui voient juste, qui t’ont changée
En une étoile à ton usage.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Il n’y a pas de théorème du désir (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2022



Illlustration: Pascal Renoux
    
Il n’y a pas de théorème du désir
Pas plus qu’il n’y a de théorème de la saveur d’une eau de montagne
pans la bouche de l’exténué
Il boit sa vie

Il n’y a qu’une vérité à mille chemins
Devant le corps aimé
Il est une aube plénière
Dont la lumière appelle la pensée-mésange de l’amant :
S’il y a une vérité dans le désir
Seule l’atteint cette pensée à mille chemins

Le coeur aussi se donne comme un paysage
Seul donc le désir de s’y perdre le mérite
Car ici l’ignorance nous accroît

C’est très simple l’immense pour qui s’est intérieurement dévêtu
Une paupière une hanche un souffle sur la joue
Cela d’un coup efface le monde
La fureur l’excès leur langage

C’est toujours à partir de ce vide
Que nous aimons
En lui que nous buvons notre vie

Est-ce de l’ordre de l’explosion ?
Explosion silencieuse et immobile
À la jonction de deux corps
Qui est la conjonction de deux limites
Ainsi détruites ?

Serait-ce l’apparition d’un espace neuf
Contraire mais lié
À l’espace ordinaire des besognes de l’existence ?

La porte d’or
Par où l’on revient dans sa vie
Déshabitué éclairé
Retour d’exil :
Gestes enfin habités
Regards tenus
Expansion d’une prairie intérieure
Avec affleurement de sources
Celles que l’amant entend
Quand il pose son oreille sur le sommeil de l’aimée

Beau chahut l’amour dans la maison des hommes
Table renversée écrous levés

Est-ce bien de l’ordre de l’explosion ?
Mais lente mais douce
Et sa rumeur qui dort dans la main du coeur

(Jean-Pierre Siméon)

Recueil: Le désir en nous comme un défi au monde 84 Poètes d’aujourd’hui
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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J’ai un ciel de désir, un monde de tristesse (Marguerite De Valois)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



J’ai un ciel de désir, un monde de tristesse,
Un univers de maux, mille feux de détresse,
Un Etna de sanglots et une mer de pleurs.
J’ai mille jours d’ennuis, mille nuits de disgrâce,
Un printemps d’espérance et un hiver de glace;
De soupirs un automne, un été de chaleurs.

Clair soleil de mes yeux, si je n’ai ta lumière,
Une aveugle nuée ennuitte ma paupière,
Une pluie de pleurs découle de mes yeux.
Les clairs éclairs d’Amour, les éclats de sa foudre,
Entrefendent mes nuits et m’écrasent en poudre:
Quand j’entonne mes cris, lors j’étonne les cieux.

Belle âme de mon corps, bel esprit de mon âme,
Flamme de mon esprit et chaleur de ma flamme,
J’envie à tous les vifs, j’envie à tous les morts.
Ma vie, si tu vis, ne peut être ravie,
Vu que ta vie est plus la vie de ma vie,
Que ma vie n’est pas la vie de mon corps!

Je vis par et pour toi, ainsi que pour moi-même;
Je vis par et pour toi, ainsi que pour toi-même:
Nous n’aurons qu’une vie et n’aurons qu’un trépas.
Je ne veux pas ta mort, je désire la mienne,
Mais ma mort est ta mort et ma vie est la tienne;
Ainsi je veux mourir, et je ne le veux pas!…

(Marguerite De Valois)

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Souriant aux complots du désir (Roger Dextre)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2022



Illustration: Christiane Rabasse
    
Souriant aux complots du désir

Le langage
parle d’inventer
les traits d’
un seul visage,
l’équilibre des désirs
et d’un regard, mais
ne trouve rien:
une démarche dans les phrases,
volant autour,
la mémoire,
saluant un corps,
des paupières
baissées, le visage élargi:
voilà une pénombre
avec, sommeil, respiration,
des midis alternant,
l’énigme
entière en dispersion
produisant la beauté
éliminante
jaillissante
au coeur même d’un nom.

(Roger Dextre)

Œuvres poétiques, T. 2, 2013.

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Lointaine, la beauté fine (Marc-Henri Arfeux)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2022



Illustration
    
Lointaine, la beauté fine

Lointaine, la beauté fine est ascension,
Roseraie de neige
Formant une maison claire
Sur la fumée du bleu.
Le monde ainsi donné
Rejoint l’enfant de son visage
En un matin,
Et ton regard ouvre les passes
Au plus léger de la lumière.
Le jour alors te reconnaît.
La buée rouge des fleurs,
Un chant, qui tout le jour
Accompagne mes yeux,
Tandis que je traverse,
Avec la brise et l’alouette,
Ce monde abandonné.

Où vont les herbes et les nuages,
Les écheveaux de la lumière,
Le papillon d’après-midi devant la lune,
Et ma figure, baignée de tant de paysages
Versant leurs heures,
De proche en proche vers le plus seul?

Ni moi, ni mon cheval ne le savons.
Dormir d’un seul éclat,
Les yeux ouverts
Au seuil des grands parfums d’étoiles.
Se souvenir de la fascination
De la pivoine
Follement donnée
Aux mains de transparence qui peuplent l’air,
En ce jardin de mai où traverser était un geste d’aube,
Puis s’éveiller
Dans le sourire de la lenteur
Sans fin recommencée
Par les allées d’automne
Où les pétales jamais défaits
Rassemblent un avenir
Ganté d’abeilles et de pollen.

Les yeux, cherchant cet or,
Suivent à distance
La mince nuée de la beauté,
Statue mouvante insaisissable,
Épousant l’air de son absence
Sans fin recommencée.

Traversant les reflets,
Tu marches entre les marbres
Hantés d’amour,
Un bouquet nu à tes paupières,
La bouche fardée de nuit,
Pour mieux offrir Le grain de l’aube
A la pulpe du vent.

(Marc-Henri Arfeux)

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Je ne puis écarter de mes paupières (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



 

île de Pâques  3

Je ne puis écarter de mes paupières
Les fatigues des peuples oubliés
Ni épargner à mon âme craintive
La chute sourde des étoiles lointaines.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration

 

 

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Que ne pouvons-nous déchirer la réalité (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




Que ne pouvons-nous déchirer la réalité comme un brouillon

textes écrits dans l’oreille d’une voix qui gémit
textes écrits sur les parois poreuses d’un sourire
textes écrits sur les paupières des pleurs
tombant dans le silence d’une couleur vive
textes écrits dans les mains de la pluie
qui hurle dans les tempes d’écaille
textes écrits sur les murs

textes écrits en nous
inexorables
indéchirables

(Mathieu Bénézet)

Illustration

 

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