Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘paupière’

Dans le toucher des choses (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019


toucher-nuage

Il arrive qu’à paupières closes
je surplombe ce corps sans volume
s’élevant dans l’air fertile
glissant à ras du sol
dans le toucher des choses

(Andrée Chedid)

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À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




Illustration: Egon Schiele

    
À fleur de peau

Les pétales mouillés s’agitent sur les tempes
dans les rameaux secrets des coquilles intimes
du clignement de l’oeil aux chemins de halage
les courbes discourent dans les épis de la neige

La rosée

Le calice tendre frémit
délicieusement entre le cuivre et l’orangé
dans l’écrin des paupières vertes
baisers de seins clairs
germent avec les ongles sombres
sur les nuques saupoudrées de pollen

L’étamine
le parfum brille
je t’aime

La corolle striée grandit chante
les roues marbrées des veines caressantes
le duvet des lueurs les liqueurs d’émoi
rouillent dans les ruines où tremblent nos brumes

Le pistil
rosée de fièvre
la neige de soie tombe
respire

Tout autour de nous
tout proche
le scintillement des découvertes

Respire encore

Le sang vif perle
autour du fard dans les coquilles
caressantes entre le bronze et les rameaux
charmeurs de soies passagères
valsent en lèvres
niellées dans la lueur des pétales

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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La vague étrangère à la terre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Guillaume Seignac
    
La vague étrangère à la terre

De l’obscurité arrive, comme si souvent, une résonance,
Parcourant de haut en bas les cloisons ténues.
Je prête l’oreille et pense à ce jour
Qui, à peine passé, me rappelle à lui.

Mais même le jour ne peut tant me lier
Et par-dessus moi étendre son bras.
Je suis entièrement réveillée et entends un martèlement
Qui actionne mon coeur de lourds battements.

Je presse et ferme les paupières éveillées.
Les eaux des mers m’enserrant brusquement dans un rugissement,
Je les laisse s’élever autour de moi en me souvenant
Et j’ai glissé sur la pente de rêves obscurs.

Ce ne fut pas un rêve, ce fut seulement une heure,
Qui m’appela au rivage, chaude et ardente.
Tu étais, fraîche et claire, la vague d’argent,
Qui me baigne encore dans le crépuscule et le sommeil.

Je lève vers la nuit des bras chauds et tendres
Dans l’attente de la délivrance,
Quand à ma fenêtre frappent des papillons tardifs
Apportant un souffle de ton imminence.

***

Die unirdische Welle

Aus Dunkel kommt, wie schon so oft ein Tönen,
Die schmalen Wände auf und niederströmend.
Ich lausche auf und denke dieses Tages,
Der kaum vergangen, mich zu sich noch ruft.

Doch auch der Tag kann mich so sehr nicht binden
Und über mich mit seinem Arme greifen.
Ich bin ganz wach und höre einen Hammer,
Der mir das Herz bewegt mit schweren Schlägen.

Ich presse die erwachten Lieder zu.
Der Meere Wasser, die mich jäh umrauschen
Lass ich erinnernd höher um mich steigen
Und bin zu dunklen Träumen abgeglitten.

So war kein Traum, so war nur eine Stunde,
Die heiss und glühend mich zum Strande rief.
Du warst die kühle, silberhelle Welle,
Die noch im Dämmer mich, und Schlaf umspühlt.

Die warmen Arme hebe ich zur Nacht
Und warte den Erlösungen entgegen,
Wenn an mein Fenster späte Falter schlagen
Und einen Hauch von deiner Nähe bringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Le temps est prisonnier d’une épine (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Le temps est prisonnier d’une épine, on entend
La fleur rêver sans fin l’énigme de sa pourpre;
C’est toujours le moment de dire ce qui veille
Sous la paupière close de l’automne.
On ajoute le rire à l’aigu des fontaines,
Une monnaie usée comme l’âme est le prix
De cette solitude aux portes de la rose.

(Marc Alyn)

Illustration: Salvador Dali

 

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Lourdes mes paupières (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019



Illustration: Paul Jacoulet
    
Lourdes mes paupières
Quand je lève les yeux vers
L’oracle des dieux
La pleine nuit de mes rêves
L’obscurité de mon monde

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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LES TEMPS VÉCUS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Adrian Borda 564d259e1ce62 [1280x768]

LES TEMPS VÉCUS

L’adolescent vêtu de quelques lèvres
Amène un peu de chaleur à son cou
Il entend vivre et mourir dans ses veines
Le cri d’un autre. Il jette sur les loups
Un frais manteau de vents et de lanternes.

S’il dit le mot pour délivrer la pierre
L’écho rejette et la pierre et le mot
Et s’il rejoint son ombre sur la terre
La terre écrit des lignes sur sa peau
Dans chaque paume il naît des baisers d’herbes.

Laisserez-vous cette main qui s’arrête
Ce corps peureux de fondre dans la voix
Cet arbre droit dans une vie première
Laisserez-vous se perdre un jeune roi
Qui peut mourir d’oublier ses prières.

Jetez un cri ! Sa poitrine est ouverte
A tous les sels que le vent jettera
C’est un enfant qui n’a plus de paupières
Il boit le monde et nul ne fermera
Cet oeil en nous qui garde nos tempêtes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Adrian Borda

 

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L’Amoureuse (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019


 

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire

(Paul Eluard)

 

Illustration

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La flamme (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



 

Alla Goniodsky (28)

La flamme

Petits enfants de la terre,
il faut apprendre à rêver
pour que brûle sur vos paupières
une flamme de liberté :
oiseau de feu, de clarté
qui s’envole, enchante l’air
et fait le tour de la terre.

(Jean Joubert)

Illustration: Alla Goniodsky

 

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Une ligne de sable (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Une ligne de sable, un renflement de dune,
Une frange d’écume et de varech : la mer…
Le doux trait des sourcils sur ta paupière brune
Et l’obscure forêt au bord du front désert :
Ton visage éclairé du feu de deux prunelles,
Étoiles de ma nuit dont les flammes jumelles
Quand tu dors vont brûler sur un autre univers,
Atys, je confonds tout dans un unique songe :
Enfant qui me dévaste, océan qui me ronge.

(François Mauriac)

Illustration: Frédéric Bazille

 

 

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Les grenouilles (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



Les grenouilles

Elles s’en vont au loin s’accroupir sur les pierres,
Sur les champignons plats, sur les bosses des troncs
Et clignotent bientôt leurs petites paupières
Dans un nimbe endormeur et bleu de moucherons.

Emeraude vivante au sein des herbes rousses
Chacune luit en paix sous le midi brûlant ;
Leur respiration a des lenteurs si douces
Qu’à peine on voit bouger leur petit goître blanc.

Elles sont là, sans bruit, rêvassant par centaines,
S’enivrant au soleil de leur sécurité ;
Un scarabée errant, du bout de ses antennes,
Fait tressaillir parfois leur immobilité.

Les autres, que sur l’herbe un bruit laisse éperdues
Ou qui préfèrent l’onde au sol poudreux et dur,
A la surface, aux bords, les pattes étendues,
Inertes, hument l’air, le soleil et l’azur.

(Maurice Rollinat)

Illustration

 

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