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Posts Tagged ‘paupière’

On a tendance à croire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019



Illustration
    
On a tendance à croire que tout est là
pour n’être vu que par nous

comme si notre regard
était le seul critère de la réalité.

Mais l’homme et son regard se dissolvent
et tout continue à être là.

Et dans quel but ?
Pour être vu par qui ?

Il se peut que tout soit là
pour montrer qu’il n’est pas nécessaire
que quelque chose soit vu pour exister.

Voir est peut-être un épisode,
une autre chose qui se tient là.

Pourtant, on ne peut pas s’empêcher de sentir
que quelque chose qui rappelle le regard
soutient, comme l’oeil les paupières,
cet autre épisode qu’on appelle réalité.

***

Solemos creer que todo está allí
sólo para ser visto por nosotros
como si nuestra mirada
fuera el único criterio de realidad.

Pero el hombre y su mirada se disuelven
y todo sigue estando allí.

¿Ypara qué?
Para que lo yea quién?

Tal vez todo está allí
para mostrar que no es preciso
que nadie yea algo para que exista.

Ver es quizás un episodio,
otra cosa que está allí.

Sin embargo, no podemos dejar de sentir
que debe haber algo parecido a la mirada
sosteniendo, como el ojo a los párpados ,
ese otro episodio que llamamos realidad.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’aube blanche dit à mon rêve (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



Júlia Fernández Sánchez 0009

L’aube blanche dit à mon rêve :
Éveille-toi, le soleil luit.
Mon âme écoute, et je soulève
Un peu mes paupières vers lui.

Un rayon de lumière touche
La pâle fleur de mes yeux bleus ;
Une flamme éveille ma bouche,
Un souffle éveille mes cheveux.

Et mon âme, comme une rose
Tremblante, lente, tout le jour,
S’éveille à la beauté des choses,
Comme mon coeur à leur amour.

Il n’est rien qui ne m’émerveille !
Et je dis en mon rire d’or :
Je suis une enfant qui s’éveille
Jusqu’au moment où Dieu l’endort.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

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MARAIS DE YEUN ELEZ (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

MARAIS DE YEUN ELEZ

MARAIS DE YEUN ELEZ

Parmi les chiens bleus
je partirai sans dire rien
dans les marais de Yeun Elez

Je laisserai glisser toute chair
dans la terre triste de Botmeur
les larmes lisseront pierres

Je partirai sans maudire rien
muet, inutile, sans paupières
dans l’inutilité des tourbes

Lasses sont les âmes
de trop aimer sans recevoir
fourbues les pluies de féconder rien

Peuple errant des maudits
crapauds clabaudant aux étangs
sonnent les glas à Brennilis

Passion selon l’Ankou
les poètes aux enfers descendent
fous les vents sur les collines

Dans les marais de Yeun Elez
l’archange ne répond pas aux mourants
crient les landes à minuit

Plaisirs mauvais qui me crucifient
c’est fini, je m’en vais aux marais
traînant ma plainte et ma légende

(Xavier Grall)

 

 

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L’appel de la perdrix! (Maurice Gobin)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2019



Les rafales crépitent
Brusque silence.
L’appel de la perdrix!

***

On le ramasse, mourant,
Et le major dit: « Foutu! »
Ses paupières s’ouvrent!

(Maurice Gobin)

Illustration

 

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TROIS CHEVAUX (Edmond Vandercammen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



chevaux endormis 0

TROIS CHEVAUX

Trois chevaux dorment dans la prairie ;
Ils ont chaud de l’herbe et de leur sang,
La neige éternelle de leurs yeux
Doucement fond à leurs paupières.

Ils ont chaud du ventre de la terre :
Il leur suffit d’éprouver la flamme
Qui se défait dans la peur du vent.
ll leur suffit d’attendre la nuit.

Aucun homme n’effraye leur songe ;
Ils n’entendent plus gémir les âmes
Dont la marche dérange l’amour
Et la peine épargne la colère.

Suavement ils rêvent d’un arbre
Dont l’odeur est céleste et sauvage ;
Une ombre atteint l’ombre de leur corps
Et douce se couche maternelle.

Trois chevaux las sans rien pour s’unir
Respirent l’absence du désir.
Leurs flancs couvrent la piste des morts,
Et l’herbe pousse autour comme fait le silence.

(Edmond Vandercammen)

Illustration

 

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La poésie… (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019



Illustration: Robert Delaunay
    
La poésie…

Elle se tient là dans le miroir des jours
Elle caresse le ciel du bout des doigts
Elle se tait entre deux battements d’ailes
Elle dit le feu le vent et l’étincelle
Elle est la faim la soif qui ensorcelle

Elle est soleil levant
pépiement matinal
Elle est poisson volant dans un feu végétal
Elle est lointaine et proche étrange et familière
Elle est le chant secret
la danse des fougères
Elle est la fleur sauvage la flûte traversière

Ombre posée sur les paupières de la nuit
Elle se tient silencieuse aux carreaux de ta vie

Elle est celle qui prie aux croisées de ta joie

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Il est peut-être même le Juif authentique (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Christ de Vélasquez [800x600]

Les murs ne tombent pas
[19]

Il est peut-être même le Juif authentique
sorti de Vélasquez ;

ces paupières chez Vélasquez
sont baissées sur des yeux

qui, ouverts, méduseraient, dérouteraient
et nous frapperaient d’un ancien sentiment de culpabilité

et de peur, mais la terreur de ces yeux
voilés dans leur agonie est terminée ;

je t’assure que les yeux
du crucifié de Vélasquez

te regardent à présent dans les yeux,
et qu’ils sont ambre et qu’ils sont feu.

[20]

Or il apparaît clairement
que le Saint-Esprit,

mystérieuse énigme de l’enfance
est le Rêve ;

cette voie d’inspiration
est toujours ouverte,

et ouverte à tous ;

il agit en intermédiaire, interprète,

il explique les symboles du passé
en images d’aujourd’hui,

il fusionne l’avenir lointain
avec la plus lointaine antiquité,

énonce économiquement
en une simple équation-rêve

la plus profonde philosophie,
divulgue le secret de l’alchimiste

et suit le Mage
dans le désert.

***

He might even be the authentic Jew
stepped out from Velasquez;

those eye-lids in the Velasquez
are lowered over eyes

that open, would daze, bewilder
and stun us with the old sense of guilt

and fear, but the terror of those eyes
veiled in their agony is over;

I assure you that the eyes
of Velasquez’ crucified

now look straight at you,
and they are amber and they are fire.

Now it appears very clear
that the Holy Ghost,

childhood’s mysterious enigma,
is the Dream;

that way of inspiration
is always open,

and open to everyone;
it acts as go-between, interpreter,

it explains symbols of the past
in to-day’s imagery,

it merges the distant future
with most distant antiquity,

states economically
in a simple dream-equation

the most profound philosophy,
discloses the alchemist’s secret

and follows the Mage
in the desert.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Velasquez

 

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La Dame (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Mariejpg

Hommage aux anges
[28]

J’avais pensé à Gabriel,
au cycle de lune, à la coquille de lune,

au croissant de lune
et à la lune pleine :

j’avais pensé à Gabriel,
le régent de la lune, l’Ange,

et j’avais eu l’intention de le rappeler
dans la séquence de bougie et de feu

et dans la loi des sept :
je n’avais pas oublié

son attribut spécial
d’annonciateur ; j’avais pensé

à m’adresser à lui comme aux autres,
Uriel, Annaél ;

comment pouvais-je imaginer
que la Dame elle-même viendrait à sa place ?

[29]

Nous l’avons vue
dans le monde entier,

Notre Dame au Chardonneret,
Notre Dame au Candélabre,

Notre Dame à la Grenade,
Notre Dame à la Chaise ;

nous l’avons vue, une impératrice
magnifique dans sa pompe et sa grâce,

et nous l’avons vue
avec une seule fleur

ou un amas d’oeillets mignardise
dans un verre près d’elle ;

nous avons vu la résille
tirée sur ses cheveux,

ou son visage de profil
avec capuchon bleu et des étoiles ;

nous l’avons vue la tête courbée
sous le poids d’une couronne bombée,

ou nous l’avons vue, fillette menue
enchâssée dans un halo doré ;

nous l’avons vue avec une flèche, avec des colombes
et un coeur comme une valentine ;

nous l’avons vue dans la plus belle soie importée
des contrées du Levant,

et couvertes de perles venues
de la cité de Constantin ;

nous avons vu sa manche
dans toutes les couleurs imaginables

de damas et de brocart gaufré ;
c’est vrai,

les peintres se sont montrés généreux ;
c’est vrai, ils n’ont jamais raté une ligne

de la douce inclinaison de sa tête
ou de l’ombre subtile d’une paupière baissée

ou de paupières entrouvertes ; on la trouve
partout (enfin, on la trouvait),

cathédrale, musée, cloître,
ou palier de l’escalier du palais.

***

I had been thinking of Gabriel,
of the moon-cycle, of the moon-shell,

of the moon-crescent
and the moon at full :

I had been thinking of Gabriel,
the moon-regent, the Angel,

and I had intended to recall him
in the sequence of candle and fire

and the law of the seven;
I had not forgotten

his special attribute
of annunciator; I had thought

to address him as I had the others,
Uriel, Annael;

how could I imagine
the Lady herself would come instead?

We have seen her
the world over,

Our Lady of the Goldfinch,
Our Lady of the Candelabra,

Our Lady of the Pomegranate,
Our Lady of the Chair;

we have seen her, an empress,
magnificent in pomp and grace,

and we have seen her
with atingle flower

or a cluster of garden-pinks
in a glass beside her;

we have seen her snood
drawn over her hair,

or her face set in profile
with the blue hood and stars;

we have seen her head bowed down
with the weight of a domed crown,

or we have seen her, a wisp of a girl
trapped in a golden halo;

we have seen her with arrow, with doves
and a heart like a valentine ;

we have seen her in fine silks imported
from all over the Levant,

and hung with pearls brought
from the city of Constantine;

we have seen her sleeve
of every imaginable shade

of damask and figured brocade;
it is true,

the painters did very well by her;
it is true, they missed never a line

of the suave turn of the head
or subtle shade of lowered eye-lid

or eye-lids half-raised; you find
her everywhere (or did find),

in cathedral, museum, cloister,
at the turn of the palace stair.

(Hilda Doolittle)

 

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Nous naissons d’un tableau, D’un poème (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Josephine Wall 
    
Nous naissons d’un tableau,
D’un poème, d’un souffle,
D’un rêve étonné
Posé sur les paupières du jour.

Une parole au bord du silence
Est notre vraie nature.

Nous allons sans pourquoi
Vers le Chant qui nous possède.

Nous quittons l’apparence
Pour le secret.

Nous réalisons alors ce rien que nous sommes,
Saisis soudain sans y penser
Par le mystère et par l’Amour.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Tâches de soleil (Sagiterra)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



sieste 

Tâches de soleil
sous mes paupières fermées ~
Méridienne !

(Sagiterra)

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