Arbrealettres

Poésie

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LE CHAT (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    

LE CHAT

Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire
Par son être magique où s’incarne le sphinx ;
Par le charme câlin de la lueur si claire
Qui s’échappe à longs jets de ses deux yeux de lynx,
Je comprends que le chat ait frappé Baudelaire.

Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,
Il ondule, se cambre et regimbe aux doigts lourds ;
Et lorsque sa fourrure abrite une chair grasse,
C’est la beauté plastique en robe de velours :
Femme, serpent, colombe et singe par la grâce,

Vivant dans la pénombre et le silence austère
Où ronfle son ennui comme un poêle enchanté,
Sa compagnie apporte à l’homme solitaire
Le baume consolant de la mysticité
Vivant dans la pénombre et le silence austère.

Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre,
C’est bien l’âme du gîte où je me tiens sous clé ;
De la table à l’armoire et du fauteuil à l’âtre,
Il vague, sans salir l’objet qu’il a frôlé,
Tour à tour triste et gai, somnolent et folâtre.

Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue
Où livres et cahiers gisent ouverts ou clos,
Il passe comme un souffle, effleurant de sa queue
La feuille où ma pensée allume ses falots,
Sur le bureau couvert de taches d’encre bleue.

Quand il mouille sa patte avec sa langue rose
Pour lustrer son poitrail et son minois si doux,
Il me cligne de l’œil en faisant une pause,
Et je voudrais toujours l’avoir sur mes genoux
Quand il mouille sa patte avec sa langue rose.

Accroupi chaudement aux temps noirs de décembre
Devant le feu qui flambe, ardent comme un enfer,
Pense-t-il aux souris dont il purge ma chambre
Avec ses crocs de nacre et ses ongles de fer ?
Non ! assis devant l’âtre aux temps noirs de décembre

Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes
À la face bizarre, aux tétons monstrueux,
Il songe à l’angora, mignonne des mignonnes,
Qu’il voudrait bien avoir, le beau voluptueux,
Entre les vieux chenets qui figurent deux nonnes.

Il se dit que l’été, par les bons clairs de lune,
Il possédait sa chatte aux membres si velus ;
Et qu’aujourd’hui, pendant la saison froide et brune,
Il doit pleurer l’amour qui ne renaîtra plus
Que le prochain été, par les bons clairs de lune.

Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve,
Et quand nous en sortons encor pleins de désir,
Il nous jette un regard jaloux et presque fauve
Car tandis que nos corps s’enivrent de plaisir,
Sa luxure s’aiguise aux râles de l’alcôve.

Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte,
Comme pour y cueillir un brin de volupté,
La passion reluit dans sa prunelle verte :
Il est beau de mollesse et de lubricité
Quand il bondit enfin sur la couche entr’ouverte.

Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante,
Dans le creux où son corps a frémi dans mes bras,
Il se roule en pelote, et sa tête charmante
Tourne de droite à gauche en flairant les deux draps,
Pour humer les parfums qu’y laisse mon amante.

Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule,
Et quand il s’est grisé de la senteur d’amour,
Il s’étire en bâillant avec un air si drôle,
Que l’on dirait qu’il va se pâmer à son tour ;
Alors il se pourlèche, il ronronne et miaule.

Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières
Où, matou lovelace et toujours triomphant,
Il s’amuse à courir pendant des nuits entières
Les chattes qu’il enjôle avec ses cris d’enfant :
Son passé ressuscite, il revoit ses gouttières.

Panthère du foyer, tigre en miniature,
Tu me plais par ton vague et ton aménité,
Et je suis ton ami, car nulle créature
N’a compris mieux que toi ma sombre étrangeté,
Panthère du foyer, tigre en miniature.

(Maurice Rollinat)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Le Petit Chat (Edmond Rostand)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le Petit Chat

C’est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent.
Quelquefois il s’assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.

Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge ;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu’on fait pour essuyer les plumes, ressemblant.

Quand il s’amuse, il est extrêmement comique,
Pataud et gracieux, tel un ourson drôlet.
Souvent je m’accroupis pour suivre sa mimique
Quand on met devant lui la soucoupe de lait.

Tout d’abord de son nez délicat il le flaire,
La frôle, puis, à coups de langue très petits,
Il le happe ; et dès lors il est à son affaire
Et l’on entend, pendant qu’il boit, un clapotis.

Il boit, bougeant la queue et sans faire une pause,
Et ne relève enfin son joli museau plat
Que lorsqu’il a passé sa langue rêche et rose
Partout, bien proprement débarbouillé le plat.

Alors il se pourlèche un moment les moustaches,
Avec l’air étonné d’avoir déjà fini.
Et comme il s’aperçoit qu’il s’est fait quelques taches,
Il se lisse à nouveau, lustre son poil terni.

Ses yeux jaunes et bleus sont comme deux agates ;
Il les ferme à demi, parfois, en reniflant,
Se renverse, ayant pris son museau dans ses pattes,
Avec des airs de tigre étendu sur le flanc.

Mais le voilà qui sort de cette nonchalance,
Et, faisant le gros dos, il a l’air d’un manchon ;
Alors, pour l’intriguer un peu, je lui balance,
Au bout d’une ficelle invisible, un bouchon.

Il fuit en galopant et la mine effrayée,
Puis revient au bouchon, le regarde, et d’abord
Tient suspendue en l’air sa patte repliée,
Puis l’abat, et saisit le bouchon, et le mord.

Je tire la ficelle, alors, sans qu’il le voie,
Et le bouchon s’éloigne, et le chat noir le suit,
Faisant des ronds avec sa patte qu’il envoie,
Puis saute de côté, puis revient, puis refuit.

Mais dès que je lui dis : « Il faut que je travaille,
Venez vous asseoir là, sans faire le méchant ! »
Il s’assied… Et j’entends, pendant que j’écrivaille,
Le petit bruit mouillé qu’il fait en se léchant.

(Edmond Rostand)

Recueil: Les Musardises
Traduction:
Editions:

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MOTS (Kamala Das)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2021



Illustration: Satish Gupta    
    

Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Montenegrin, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Drawing by Satish Gupta, India
gupta_ zazen – zazenstudio@gmail.com

Poem of the Week Ithaca 701 “WORDS”,
KAMALA DAS, India 1934–2009

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

MOTS

Partout autour de moi il y a des mots, des mots et des mots,
ils me poussent comme des feuilles, ils semblent
ne jamais terminer leur lente croissance de l’intérieur
mais je me dis, les mots
sont une charge, méfie-toi d’eux, ils
peuvent être tant de choses, un
gouffre où des pieds qui courent doivent faire une pause, pour
regarder, une mer aux vagues paralysantes,
une explosion d’air brûlant ou,
un couteau prêt à trancher la gorge
de ton meilleur ami … Les mots sont une charge, mais
ils me poussent comme des feuilles à un arbre,
ils semblent ne jamais arrêter de venir,
d’un silence, quelque part profondément à l’intérieur …

(Kamala Das), L’Inde 1934 – 2009

Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

WORDS

All round me are words, and words and words,
They grow on me like leaves, they never
Seem to stop their slow growing
From within … But I tell myself, words
Are a nuisance, beware of them, they
Can be so many things, a
Chasm where running feet must pause, to
Look, a sea with paralyzing waves,
A blast of burning air or,
A knife most willing to cut your best
Friend’s throat … Words are a nuisance, but
They grow on me like leaves on a tree,
They never seem to stop their coming,
From a silence, somewhere deep within …

KAMALA DAS, India 1934–2009

***

PALABRAS

A mi alrededor hay palabras, palabras y palabras,
que crecen en mí como hojas, que nunca
parecen detener su lento crecimiento
desde adentro … Pero me digo que las palabras
son una molestia, ten cuidado con ellas, pueden
ser tantas cosas, un
abismo donde los pies que corren deben detenerse, para
mirar, un mar con olas paralizantes,
una ráfaga de aire ardiente o,
un cuchillo muy dispuesto a cortar la garganta de tu mejor
amigo … Las palabras son una molestia, pero
crecen en mí como las hojas de un árbol,
como si nunca dejasen de llegar,
desde un silencio, en algún lugar profundo de mi interior …

KAMALA DAS, India 1934–2009
Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

WOORDEN

Overal om me heen zijn er woorden, woorden en woorden,
ze groeien aan mij als bladeren, ze lijken
hun langzame groei van binnen nooit te stoppen
maar ik zeg tegen mezelf, woorden
zijn een lastpost, pas voor ze op, ze
kunnen zoveel dingen zijn, een
afgrond waar rennende voeten moeten pauzeren, om
te kijken, naar een zee met verlammende golven,
een explosie van brandende lucht of,
een mes dat bereid is om je beste
vriend de keel door te snijden … Woorden zijn een lastpost, maar
ze groeien aan mij als bladeren aan een boom,
ze lijken nooit op te houden met komen,
vanuit een stilte, ergens diep van binnen …

KAMALA DAS, India 1934 – 2009
Vertaling Germain Droogenbroodt

***

كلمات

كل ما يحيط بي كلمات…كلمات وكلمات
هي تنمو بداخلي كأوراق شجر،
ولا يبدو بأنها ستتوقف عن النمو البطيء بداخلي
لكنني:
لا أنفك أحدث نفسي، عن كونها قد تحمل إزعاجا….
ـــــــــــ احذر منها، يمكن أن تكون أي شيء..
« فجوة »
تعجز الأقدام الجريئة على التوقف
بمثابة:
بحر بأمواج مشلولة
انفجار هواء محترق
أو سكين مستعد لقطع حلق صديقك المفضل

الكلمات مزعجة
لكنها تنمو عليَّ كأوراق على شجرة
ولا يبدو أنها ستتوقف عن الصدور
من الصمت
أو من
مكان ما في أعماقي.

كمالا داش(KAMALA DAS)، الهند 1934-2009
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ԲԱՌԵՐ

Շուրջս բառեր են, բառեր ու բառեր,
Նրանք աճում են ինձ վրա որպես տերևներ,
Որոնք երբեք չեն դադարում աճել ներսից…
Բայց ես ասում եմ ինքս ինձ՝ բառերը
Անախորժություն են պատճառում, զգուշացեք նրանցից,
Նրանք կարող են ամենատարբեր բաներ լինել՝
Անջրպետ, ուր վազող ոտքերը պետք է դադար առնեն,
Ծով՝ կաթվածահար ալիքներով,
Այրվող օդի պայթյուն կամ
Դանակ՝պատրաստ կտրելու
Ձեր լավագույն ընկերոջ կոկորդը…
Բառերը անախորժություն են,
Բայց նրանք աճում են ինձ վրա
Ինչպես տերևները ծառի վրա, ու կարծես երբեք
Չեն դադարի ելնել ներսի խոր լռությունից:

Քամալա Դաս, Հնդկաստան 1934–2009
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan
Հայերեն թարգմանեց Արմենուհի Սիսյանը

***

শব্দ

আমার চারপাশ ঘিরে আছে শব্দ, আর শব্দ আর শুধু শব্দ,
তারা আমার উপর পাতার মত গড়ে ওঠে, তারা কখনোই
থামেনা তাদের ধীর গতির বেড়ে ওঠায়
নিজের ভিতর থেকে… কিন্তু আমি বলি নিজেকে, শব্দ
হোল একরকম আপদ, সতর্ক থাকুন তাদের থেকে, তারা
হতে পারে অনেক কিছুই, এক
গভীর খাত যেখানে দৌড়ে যাওয়া পদযুগল কে দিতে হয় নিশ্চিতভাবে বিরতি, দেখতে
একটি, সাগর সাথে নিয়ে পক্ষাঘাতগ্রস্ত ঢেউ,
একটি জ্বলন্ত বায়ু রাশির বিস্ফোরণ অথবা,
একটি ছুরি যে সর্বোচ্চভাবে ইচ্ছুক কাটতে আপনার শ্রেষ্ঠ
বন্ধুর গলা… শব্দরা একটি আপদ, কিন্তু
তারা আমার উপর গাছের পাতার মত গড়ে ওঠে,
তারা কখনোই থামেনা তাদের আসায়
নিঃশব্দতা থেকে, নিজ মাঝারে কোথাও গভীর…
কমলা দাস, ভারত ১৯৩৪-২০০৯

Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

PARAULES

Al meu voltant hi ha paraules, i paraules i paraules,
creixen sobre mi com fulles, mai
semblen aturar el seu lent creixement
des de dins … Però em dic que les paraules
són una molèstia, vés amb compte amb elles, poden
ser moltes coses, un
abisme on els peus que corren s’han d’aturar, per a
mirar un mar amb onades paralitzants,
una ràfega d’aire ardent o
un ganivet disposat a tallar la gola del teu
millor amic … Les paraules són una molèstia, però
creixen sobre mi com les fulles en un arbre,
sembla que mai deixen de venir
des d’un silenci d’algun lloc de dins …

KAMALA DAS, Índia 1934 – 2009
Traducció: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

词 语

围绕我的都是词语,和词语还是词语,
词语像树叶生长我身上,似乎它们
从未停止过内部的缓慢
生长……但我告诉自己,词语
是个讨厌鬼,要谨防他们,它们
可能是很多东西,一个
奔跑脚步必须停顿的鸿沟,要
瞧的话,是一片波涛瘫痪的大海,
一股燃烧的空气或,
一把最愿割你最好朋友
喉咙的刀……词语是个讨厌鬼,但
它们在我身上长得就像树上的叶子,
从沉默中,从内心深处的某个地方
他们似乎从未停止过他们的光临……

原作:印度 卡马拉 · 达斯 (1934-2009)
汉译:中国 周道模 2021-10-10
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

کلمات
در اطرافم کلمات‌ست، و کلمات و کلمات،
مانند برگهایی روی من رشد می‌کنند
و بنظر می‌رسد رشدشان سر ایستادن ندارد
اما من به خود می‌گویم
آنها می‌توانند چیزهای زیادی باشند
دره‌یی که پاهای دوان را متوقف می کند، تا ببیند
دریایی با امواجی افتان و خیزان
انفجار هوای سوزان
چاقویی که می‌خواهد گلوی بهترین دوستت را ببرد
کلمات مزاحمند، اما
مانند برگهایی روی درختی، در من رشد می‌کنند.
بنظر می‌رسد سر توقف ندارند
از سکوت، از جایی در اعماق وجود من.

کاملا داس، هند، ۲۰۰۹-۱۹۳۴
ترجمه: سپیده زمانی
Translatio into Farsi by Sepedih Zamani

***

WORTE

Überall um mich herum sind Worte, Worte und Worte,
sie wachsen an mir wie Blätter, sie scheinen
nie ihr langsames Wachsen von innen
heraus zu beenden …Aber ich sage mir, Worte
sind ein Ärgernis, hüte dich vor ihnen, sie
können so viele Dinge sein, ein
Abgrund, in dem laufende Füße anhalten müssen, um
Ausschau zu halten, ein Meer mit lähmenden Wellen,
ein brennender Windstoß oder,
ein Messer, das bereit ist, deinem besten Freund
die Kehle durchzuschneiden … Worte sind ein Ärgernis, aber
sie wachsen an mir wie Blätter an einem Baum,
sie scheinen nie aufzuhören zu sprießen,
aus einer Stille, irgendwo tief im Inneren …

KAMALA DAS, Indien 1934 – 2009
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

ΛΕΞΕΙΣ

Παντού γύρο μου λέξεις και λέξεις
που πάνω μου φυτρώνουν σαν φύλλα
ποτέ δεν σταματούν εκ των έσω
προς τα έξω, μα λέω στον εαυτό μου
πως οι λέξεις είναι μπελάς, πρόσεχε τες
μπορεί να γίνουν τόσα άλλα πράγματα, ένα
χάσμα που τα πόδια του δρομέα σταματούν μπροστά του
η θάλασσα με τα αιώνια κύματα της
μια έκρηξη ψηλά στον αέρα
ή το μαχαίρι που μπορεί να κόψει
το λαιμό του φίλου σου, οι λέξεις
είναι μπελάς μα φυτρώνουν πάνω μου
σαν φύλλα του δέντρου
ποτέ δεν σταματούν να `ρχονται
σαν απ’ τη σιωπή βαθειά μέσα μου

KAMALA DAS, India 1934–2009

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

מלים / קמלה דאס, הודו
KAMALA DAS, India 1934–2009

הַכֹּל סְבִיבִי מִלִּים, מִלִּים, מִלִּים,
הֵן צוֹמְחוֹת עָלַי כְּמוֹ עָלִים, נִרְאֶה שֶׁלְּעוֹלָם לֹא
תַּפְסֵקְנָה אֶת צְמִיחָתָן הָאִטִּית
מִבִּפְנִים… אֲבָל אֲנִי אוֹמֶרֶת לְעַצְמִי, מִלִּים
הֵן מִטְרָד, הִזָּהֲרִי מֵהֶן, הֵן
יְכוֹלוֹת לִהְיוֹת כָּל כָּךְ הַרְבֵּה דְּבָרִים:
תְּהוֹם, שָׁם רַגְלַיִם רָצוֹת חַיָּבוֹת לַעֲצֹר,
לְהִסְתַּכֵּל, יָם עִם גַּלִּים מְשַׁתְּקִים,
פֶּרֶץ שֶׁל אֲוִיר בּוֹעֵר אוֹ
סַכִּין שֶׁשּׁוֹאֶפֶת לְשַׁסֵּף אֶת גְּרוֹנָם שֶׁל
חֲבֵרַיִךְ הַטּוֹבִים בְּיוֹתֵר… מִלִּים הֵן מִטְרָד, אֲבָל
הֵן צוֹמְחוֹת עָלַי כְּמוֹ עָלִים עַל עֵץ,
לֹא נִרְאֶה שֶׁהֵן תַּפְסֵקְנָה לָבוֹא אֵי פַּעַם,
מִדְּמָמָה, אֵי שָׁם עָמֹק בִּפְנִים…

תרגום לאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט וסטנלי ברקן
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

शब्दों

मेरे चारों ओर शब्द हैं, और शब्द और शब्द हैं,
वे मुझ पर पत्तों की तरह उगते हैं, वे कभी नहीं
उनकी धीमी गति से बढ़ने से रोकने लगते हैं
भीतर से…
लेकिन मैं खुद से कहता हूं, शब्द
उपद्रव हैं, इनसे सावधान रहें, वे
बहुत सी चीजें हो सकती हैं,
खाई जहां दौड़ते पैरों को रुकना चाहिए,
देखो, लकवा मारने वाली लहरों वाला समुद्र,
जलती हुई हवा का एक विस्फोट या,
एक चाकू जो आपका सबसे अच्छा काटने के लिए तैयार है- दोस्त का गला…
शब्द एक उपद्रव हैं, लेकिन
वे मुझ पर पेड़ पर पत्तों की तरह उगते हैं,
उनका आना कभी रुकता नहीं दिखता,
एक सन्नाटे से, कहीं गहरे भीतर…

कमला दास, भारत 1934–2009
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

**

KATA-KATA
Sekelilingku ada kata-kata, dan kata-kata dan kata-kata,
Mereka bersemi dalam diriku bagai daun-daun, mereka tidak pernah
Tampak untuk hentikan pertumbuhan mereka yang perlahan
Dari dalam…Tetapi aku berkata pada diriku sendiri, kata-kata
Mengganggu, waspada pada mereka, mereka
Dapat membuat banyak hal, sebuah
Jurang, tika kaki yang berlari harus berhenti, untuk
Melihat, laut dengan ombak yang melumpuhkan,
Semburan dari udara yang terbakar atau,
Pisau yang sangat ingin memotong
Leher teman-baikmu…Kata-kata sungguh mengganggu, Tetapi
Mereka muncul dalam diriku bagai daun-daun pada tumbuhan,
Mereka tampak tak henti-henti hampiriku,
Dalam hening, di suatu tempat jauh di dalam…

KAMALA DAS, India 1934–2009
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

FOCAIL

Im thimpeall, dom chlúdach, tá focail.
Fásann siad orm mar bhaclóga ar chrann,
Fásann siad go tréan istigh ionam
Agus deirim …cén mhaith iad na focail seo
is iad de shíoraí do mo chrá? Bí ar d’fhaichill, adeirim,
Beirfidh siad amuigh is istigh ort—
Is geall le gríog nó gaineamh reatha iad,
Farraige suaite
nó poll suaraic,
scian a ghearrfadh do scórnach
i bhfaiteadh na súl. Crá croí na focail,
Fásann siad orm mar dhuilleoga ar chrann,
gan stad gan staonadh fásann siad
ón gciúnas, ó áit éigin go domhain ionam féin …

KAMALA DAS, an India 1934–2009
Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

ORÐ
Allt í kring eru orð, og orð og orð.
Þau vaxa á mér eins og lauf. Þau
ljúka aldrei hægum vexti
að innan… En ég hugsa með mér, orð
eru plága, gætið ykkar á þeim. Þau
taka á sig ýmsar myndir, ‒
hyldýpi og maður verður að stansa á hlaupunum.
Lítið á, haf með lamandi öldum,
logandi eldgustur,
hnífur býðst til að skera
besta vin manns á háls… Orð eru plága, en
þau vaxa á mér eins og lauf á tré,
Þau birtast áfram endalaust,
úr þögn, djúpt úr iðrum…

KAMALA DAS, Indlandi, 1934–2009
ÞÓR STEFÁNSSON ÞÝDDI
Translated into Islandic by Thor Stefánsson

***

PAROLE

Tutto intorno a me è parole, parole e parole,
mi spuntano addosso come foglie, mai sembrano
fermare il loro crescere lente
da dentro … mi dico: eppure le parole
sono un fastidio, sappilo,
possono essere molte cose,
un crepaccio dove il piede di chi corre deve fermarsi
e guardare, un mare di onde immobili,
uno scoppio di aria rovente,
un coltello pronto a tagliare la gola
del tuo migliore amico… le parole sono un fastidio
eppure mi spuntano addosso come foglie di un albero,
mai sembrano fermare il loro arrivo,
dal silenzio, da un luogo nel dentro più profondo …

KAMALA DAS, India 1934–2009
Traduzione di Germain Droogenbroodt – Luca Benassi

***

言葉

わたしのまわりは言葉、言葉、言葉だらけ
まるで葉っぱのように大きくなる
内からゆっくりと大きくなり、止めることがないようだ
しかし、わたしは断言する、言葉は迷惑だ
それを知らなければいけない
言葉はあらゆるものになり得る
走者が止まらなければいけない深い溝
波が麻痺するような海を見てみろ
燃える気体の爆発
あるいは、親友の喉をかき切ろうとする刃物
言葉は迷惑だ
しかしそれは樹木の葉っぱのように大きくなる
沈黙の中から、どこか深い内側から

カマラ・ダス(インド,1934-2009
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

MANENO

Nimezungukwa kila pahali na maneno mingi,
maneno na maneno zaidi,
Inamea juu yangu kama majani,
haionekani kamwe
kama imekoma kumea pole pole
Kutoka ndani…Lakini najieleza, maneno
Ni kero na upumbavu, kaa chonjo na ujihadhari maneno, yaweza
kukuletea mambo mingi, ni pengo ambalo miguu inayo kimbia lazima
ipumue ikifikia, ili
iangalie, bahari iliyo na mawimbi ya kupooza,
Mlipuko wa hewa inayochomeka ama,
Kisu ambacho kinataka kukata koo la rafiki wako halisi…
Maneno ni kero na upumbavu halisi, lakini
Inamea mwilini mwangu kama majani kwa mti,
Haionekani kamwe kama inakoma kutokea
Palipo kimya, pahali palipo ndani mwangu…

Kamala Das, India 1934–2009
Utafsiri Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

PEYV

Li hawîrdora min her peyv in, peyv û peyv,
ew li ser min wek pelan direwzin, ew tucaran
bibereyî rewza xwe naxuyînin
û ji hundur ve ranawestînin … Lê ez ji xwe re dibêjim
peyv ziyan in, tu xwe ji wan biparêze, ew
kanin pir tiştan bin; kaviliyekê li pêş te
rawestînin taku tu zeryayekê
bi pêlên filîçbûyî, bibîne,
sirweyeke sotîndar yan
kêrekê, ku amadeye bona birîna
gewriya baştirîn dostekî te … Peyv ziayandar in, lê
ew di min de direwzin çawa pelên darekê,
weha dixuye ew naxwazin rawestin, ku ji hêminiyekê
netên, li cihdereke kwîr di hundur de …

Kamala Das, 1934 – 2009 Hindistan
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

ЗБОРОВИ
Насекаде околу мене има зборови, и зборови и зборови,
Растат тие на мене ко лисја, се чини како никогаш
да не запираат во својот бавен раст
од внатре… Но си велам себеси, зборовите
се непријатност, биди претпазлив со нив, тие
можат да бидат толку многу нешта,
несреќата што ги следи стапалата што трчаат мора да престане,барем за миг,
за да го погледне морето со парализирани бранови,
експлозијата од воздух што гори или
ножот подготвен да го пресече гркланот
на твојот најдобар пријател… Зборовите се непријатност, но
растат тие на мене како лисја на дрво
Се чини нема никогаш да престане нивното доаѓање,
Од тишината, од некаде длабоко од внатре…

КАМАЛА ДАС, Индија 1934–2009
KAMALA DAS, India 1934–2009
Превод од англиски: Даниела Андоновска-Трајковска
Translated from English into Macedonian: Daniela Andonovska Trajkovska

***

AKATA-KATA

Di sekelilingku ialah kata-kata, dan kata-kata, dan kata-kata,
Ia berkembang padaku seperti dedaun, tidak pernah ia
Ingin berhenti perkembangan perlahannya
Dari dalaman… Tapi aku katakan kepada diriku, kata-kata
ialah pengganggu, berhati-hati terhadapnya, ia
mungkin berupa apa sahaja, sebuah
jurang tempat kaki yang berlari perlu berhenti, untuk
Melihat, laut dengan ombak yang melumpuhi
semburan udara panas atau,
sebilah pisau yang bersedia memotong
kerongkong rakan… Kata-kata ialah pengganggu, tetapi
Ia berkembang pada diriku seperti dedaun pada pokok,
Tidak nampak mahu berhenti,
Dari kesepian, di mana-mana jauh di dalaman…

KAMALA DAS, India 1934–2009
Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

ORIJEČI
Svuda oko mene, riječi su
Riječi i riječi
Prekrivajući me poput lišća
Čini se kao da nikada neće stati
Sa tim mučnim sporim rastom
Iznutra

Stalno govorim sebi:
Riječi su nesreća
Čuvajte se riječi
U njih stane toliko mnogo stvari
Zatrpanih u ponoru u kojem noge za trčanje moraju porinuti
Kao u moru sa parališućim valovima
Naletu gorućeg vazduha
Ili pak noža isukanog u spremnosti da isječe
Čak i grlo najboljeg prijatelja

Riječi su kob
Riječi po meni rastu poput lišća sa drveta
Čini se da nikada neće stati
Zakopati
Se u tišini
Negdje duboko u nutrini

KAMALA DAS, India 1934 – 2009
Translated from English: Katarina Sarić, Montenegro

****

SŁOWA
Otaczają mnie słowa, słowa, i słowa
Porastają mnie jak liście, wydaje się
Jakby nigdy nie przestawały wyrastać
Z głębi mnie… Ale mówię sobie: słowa
To plaga, strzeż się ich, bo
Mogą być niejednym:
Przepaścią, nad którą stopy w biegu muszą stanąć, by
Spojrzeć, morzem i jego obezwładniającymi falami,
Podmuchem płonącego powietrza, albo też
Nożem, ktory bardzo pragnie podciąć gardło najlepszemu
Przyjacielowi… Słowa to plaga, ale
Porastają mnie jak liście drzewo
Wydaje się, jakby nigdy nie przestawaly wychodzić
Z ciszy , gdzieś z samej głębi mnie …

Przekład na polski: Mirosław Grudzień ꟷ Anna Maria Stępień

***

PALAVRAS

À minha volta há palavras, e palavras e palavras,
crescem sobre mim como folhas, nunca
parecen parar o seu lento crescimento
vindo de dentro… Mas, digo para mim que as palavras
são um aborrecimento, toma cuidado com elas, podem
ser muitas coisas, um
abismo onde os pés que correm devem parar para
olhar um mar com ondas paralizantes,
um sopro de ar ardente ou,
um punhal mais que pronto a cortar a garganta do teu melhor
amigo … As palavras são um aborrecimento, mas
crescem sobre mim como as folhas numa árvore,
parece que nunca deixam de vir
de um silêncio, algures, de um lugar bem fundo…

KAMALA DAS, Índia 1934 – 2009
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

CUVINTE

În jurul meu cuvinte, cuvinte și cuvinte,
Mă acoperă crescând ca frunzele,
Nu încetează niciodată ieșirea la lumină
Răsar din profunzimi … Dar eu îmi zic, cuvintele
Sunt o nenorocire, feriți-vă de ele,
Pot însemna atât de multe lucruri,
Prăpăstii în care pașii se afundă, pentru ca noi
Să putem admira marea, cu valurile ei paralizante,
Ele pot fi furtuni cu aer arzător, sau un cuțit
Gata să taie gâtul celui mai bun prieten …
O pacoste sunt ele, cuvintele, însă fără încetare
Din mine ies ca frunzele pe un pom,
Nu dau semne că ar vrea să întârzie vreodată,
Nasc în tăcerea care îmi zace în adânc …

KAMALA DAS, India
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

СЛОВА
Вокруг меня везде слова, слова, слова…
растут, как листья на деревьях,
и никогда расти не перестанут,
но я твержу себе – слова
назойливы, будь осторожна, они
быть могут всем –
обрывом – сделай шаг и упадешь,
и взглядом на застывшие морские волны,
сиянием пожара,
ножом, которым ты готов
разрезать другу горло… Слова назойливы, но
они растут, как на деревьях листья,
и никогда не прекратят расти
из той бездонной тишины внутри души.
КАМАЛА ДАС, Индия 1934 – 2009
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

REČI

Svud oko mene reči, i reči, i reči,
Prekrivaju me kao lišće, čini se ne prestaju
Spor rast iz mene…Ali kažem sebi, reči su
Varljive, pazi se,
Mogu da znače toliko mnogo stvari,
Bezdan pred kim stopala moraju da stanu, da
Vide more talasa koji paralizuju,
Eksploziju vatre u vazduhu ili,
Nož koji će vrlo rado preseći grlo tvog
Najboljeg prijatelja… Reči su štetočine, ali
Rastu na meni kao lišće na mladici,
Izgleda neće nikada prestati da niču,
Iz tišine, negde duboko u meni…

Kamala Das, Indija 1934–2009
Sa engleskog prevelar S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

PALORI

Attornu a mia palori, palori e palori,
Mi crisciunu ncoddu comu fogghi, pari
Ca mai finisciunu di crisciri dinnintra…
Mi dicu: li palori sù un fastidiu,
piriculusi: ponnu essiri tanti cosi,
na lavanca unni li pedi ca currunu
s’hannu a firmari e taliari,
un mari di unni paralizzanti,
na vintata d’aria ca brucia
o un cuteddu prontu a tagghiaricci lu coddu
ô to megghiu amicu… Li palori sù un fastidiu,
ma mi criscinu ncoddu come fogghi d’arburu,
pari ca non finisciunu mai di nesciri
di lu silenziu, di na parti dintra di mia…

Kamala Das, India 1934–2009
Traduzioni in Siciliano di Gaetano Cipolla

***

சொற்கள்

என்னைச் சுற்றி சொற்கள், சொற்கள், சொற்கள்
இலைகளைப் போல என்மேல் வளர்கின்றன
அவை வளர்வது , தன்னுள்ளிருந்து
எனது மெதுவான
வளர்வை நிறுத்த முடியாது போல உள்ளது!
எனக்கே நான் கூறிக்கொள்கிறேன்
சொற்கள் தொல்லை தருவன
அவற்றில் பல இருக்கலாம்
அவற்றைப் பற்றி கவனமாக இருங்கள்
ஒரு வெடிப்பு ஊடே செல்கிறது
கால்கள் நடக்க வேண்டும் பார்க்க
ஒரு கடல் முடக்கும் அலைகளோடு!
நண்பர்களின் குரல்வளை……
சொற்கள் தொல்லை தருவன
இலைகளை மரத்தில் வளர்வதைப் போல என்மேல் வளர்கின்றன
அவை வருவது நிற்கும்படி தெரியவில்லை
ஆழத்தில் ஓர் அமைதியினின்று!

ஆக்கம்
கமலாதாஸ், இந்தியா 1934-2009
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

 

Recueil: ITHACA 701
Editions: POINT
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UN MONDE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021



Illustration
    
UN MONDE

C’est un songe ou peut-être seulement une pause
dans la pénombre. Cette masse obscure
qu’elle roule dans les eaux sont des étoiles.
Entre arômes et couleurs, un bateau de calcaire
poursuit son voyage immobile dans un jardin.
Je vois la blancheur parmi les astres et les branches.
On dirait que l’être respire ébloui
et que tout croît sous un souffle silencieux.
Aucun sens, mais les signes s’épousent,
et l’éclat et la rumeur configurent un monde.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Admirateurs de lune (Matsuo Bashô)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2020



Aux admirateurs de lune
les nuages parfois
offrent une pause

(Matsuo Bashô)

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Instructions pour lire mes poèmes (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020




    
Instructions pour lire mes poèmes

pour lire mes poèmes tu dois
être seule au calme dans le presque noir

chaque poème il faut le lire à voix douce lentement
tu dois bien respecter les pauses
que le poète a indiquées
il fait son métier de poème le poème
il ne faut pas l’en empêcher
il accomplit sa destinée
alors si écoute bien si
au détour d’un mot d’une rime ou d’un rien
tu perçois quelque chose en toi
qui bouge
une couleur rouge
quelque chose qui fait un peu mal
aussi un petit peu de bien
ne touche à rien n’arrête pas
le poème fait son travail
c’est tout à fait normal
tu peux retourner en arrière
relire plusieurs fois les mots
le poème est à toi aussi
car c’est pour toi qu’on l’a écrit
tu as le droit d’y revenir d’y poser tes silences à toi
mais mais si tu sens qu’il faudrait t’arrêter
parce que ça te remue fort déjà
et qu’il se passe quelque chose à l’intérieur
cette chose dont tu ne voulais pas
il faut pourtant continuer encore et encore et encore
tant pis pour l’eau qui mouille ta joue
laisse lui faire son métier au poème
parce qu’il veut tellement tellement que tu l’aimes
le poème

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Nuit blanche (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2019



Illustration: Laurent S
    
Nuit blanche

Les bouteilles vidées, les couples désenlacés, on a secoué les nappes, les calèches s’en vont, baisers, la musique s’est tue, les fleurs ont détaché leurs pétales, échos, on a rangé les instruments, les arbres ont perdu leurs feuilles, lueurs, replié partitions et pupitres, les oiseaux se sont dissous dans le froid, pause, la Lune s’est répandue en neige, les flots se sont calmés, sommeil, un trait léger signale encore quelques balustres, les graviers et les vents se sont enrobés de silence, respiration, les marches deviennent transparentes, le mur, le sol, glissement, et même cette feuille de papier va disparaître.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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La parenthèse déchantée (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



Illustration: Lucie Llong
    
La parenthèse déchantée

Pendant ma pause
je vais rentrer
et nous ferons l’amour
dans la chambre
aux volets fermés
dehors la pluie
continuera de tomber
la terre de tourner
et les hommes de dégringoler
entre deux mensonges
mais ce n’est pas bien grave
puisqu’il reste quelque part
une chambre
aux volets fermés
où faire valser
nos deux pénombres

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Le martinet (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Martinet aux ailes trop larges,
qui vire et crie sa joie autour de la maison.
Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre.
Il sème dans le ciel serein.
S’il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l’hirondelle.
Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour?

Sa pause est au creux le plus sombre.
Nul n’est plus à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté,
il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir.
Il crie, c’est toute sa présence.
Un mince fusil va l’abattre.
Tel est le coeur.

(René Char)


Illustration

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HIER FUT LA FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
HIER FUT LA FIN

Hier fut la fin le chaos
l’indiscernable. Mais
de l’horreur naquit le passage entre
les blocs.
Vint le frisson
secouant les rafales
soubresauts de l’obscur.
S’avança le silence
ordonnateur inventeur
de pauses, d’oublis souverains.
Il fut permis de voir d’entendre
d’accéder aux cimes froides
où clame la clarté
où tout commence
avec la pointe et l’éclair
le rythme et la faux le secret
la fuite joyeuse des temps, le cruel
message à déchiffrer
puis à déchirer à jeter,
le peu à peu le bientôt
le jamais encore
l’ombre aux abois le peut-être
les lueurs
futures
le feu qui grandit
le souffle

porteur de la parole.

Mais c’est le souffle aussi
qui saura seul
éteindre tout
pour rendre à la Nuit
son empire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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