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Poésie

Posts Tagged ‘pauvreté’

Tu m’accables (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Tu m’accables, femme au grand dos
contre moi dans ce lit,
je me demande, les yeux clos,
pourquoi je suis ici.

J’aimais bien les vagabondages,
la poudre des chemins,
la pauvreté, les paysages,
le goût du lendemain.

Même une chambre dans Paris
fut parfois la nacelle
où j’embarquais dans le jour gris
ou dans la nuit si belle.

Ô mes chambres, j’ai descendu
tant d’escaliers béants
vers le désert des jours confus,
les recommencements!

Et maintenant je dors avec
la femme, unique chair,
vaincu peut-être, ou bien cœur sec
où va briller l’éclair?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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La solitude infinie de la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
La solitude infinie de la pensée
terrifie les espaces célestes.

Des êtres cloués à des capsules de chair
étouffent, font des signes et meurent.

Entre-temps ils démantèlent une planète
qui paraissait leur maison,
ils s’entre-tuent
et émettent des sons divers et des paroles pour tout.

Ils détiennent un acte invraisemblable
qu’ils appellent pensée.

Nul ne connaît son but.
C’est comme un miroir
inversé du monde.

Il semble seulement parfois
que cette activité fantomatique
répare l’univers,
et de sa solitude illimitée

et son éphémère pauvreté,
lui offre la compagnie abyssale
d’être tout au moins pensé.

***

La soledad infinita del pensar
aterra los espacios celestes.

Seres clavados en cápsulas de carne
se abogan, hacen señas y se mueren.

Desmantelan mientras tanto un planeta
que parecía su casa,
se matan entre ellos
y emiten diferentes sonidos y palabras para todo.

Llevan adentro un acto inverosímil
que llaman pensamiento.

Nadie conoce su objeto.
Es como un espejo
dado vuelta del mundo.

Sólo parece a veces
que ese hacer fantasmai
repara el universo
y desde su soledad ilimitada

y su pobreza efimera
le brinda la abismal compania
de ser por lo menos pensado.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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RIVIÈRE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2019




    
RIVIÈRE

Ma main d’eau ouverte
— mais qu’aurait-elle aimé
retenir entre ses doigts —
ne se soucie pas de
celles à l’insatiable avoir
qui blessent écrasent tuent
ma main aime l’oubli
et pauvreté l’a enrichie,

main devenue rivière
reverdit le champ
où le chant d’oiseau
fait l’eau des matins
quand le blé viril vole
et le féminin en lui
sourit du même désir,

main d’eau, elle s’est ouverte
malgré tant de saisons
passées à s’ignorer,
sur l’opacité de l’ombre
et la nuit des mots
qui les roule et luit

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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De quelle fête (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019




    
De quelle fête en pauvreté nous approchons-nous,
De quel matin empli de larmes et de lumière,
De quel soleil
Tandis que le vent de la nuit
Peine à trouver
Entre nos mains remplies
Le moindre passage
Pour consoler en nous
L’enfant perdu de la promesse ?

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Juste un peu de lumière (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Remy Disch
    
Juste un peu de lumière,
Cette bonne nouvelle colportée,
de branche en branche,
Par l’aile des oiseaux,

Ce trois fois rien qui nous console,
Ce frémissement de pauvreté et de joie,

Ce passant attardé qui nous hèle,
Ce vide en nous qui appelle,
Ce souffle au bout de nos pas,

Et cette Source qui nous relève
Tant que nous avons soif,
Que nous nous laissons traverser par elle,

Tant que nous espérons.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Ainsi s’est elle elle-même proclamée (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration: Peyton Sawyer
    
Ainsi s’est elle elle-même proclamée

Je n’ai absolument rien à offrir.
Proclamation vraie et honnête.
C’est la raison pour laquelle cela est fini
avant même d’avoir commencé.

Mes caresses ne valent rien.
Mes mots hésitants sont trop petits.
Tu dois comprendre pour de bon
que je ne serai jamais proche de toi.

De la pauvreté dans mes yeux. Mon coeur
est vide comme la voûte flottante.
Une seule flamme brûle
— moi-même.

***

Saadan har hun forkyndt sig selv

Jeg har intet og intet at gi.
Det er sandt og renfærdigt forkyndt.
Derfor er det jo ogsaa forbi,
for det endnu er begyndt.

Mine Kaertegn er ingenting værd.
Mine tovende Ord er for smaa.
At jeg aldrig vil komme dig nær
maa du omsider forstaa.

Det er fattigt i mine Ojne.
Mit Hjerte er tomt som det drivende Hvælv..
Der er kun een Flamme som brænder
– — den er miglv selv

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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Il y a une solitude dans la pauvreté (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



Illustration
    
Il y a une solitude dans la pauvreté,
mais une solitude qui rend son prix à chaque chose.

A un certain degré de richesse,
le ciel lui-même et la nuit pleine d’étoiles semblent des biens naturels.

Mais au bas de l’échelle,
le ciel reprend tout son sens: une grâce sans prix.

(Albert Camus)

 

Recueil: L’Envers et l’Endroit
Traduction:
Editions: Folio

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A une mendiante rousse (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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A une mendiante rousse

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu’une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d’un haillon trop court,
Qu’un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;

En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d’or
Reluise encor ;

Que des noeuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l’escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d’un Valois !

– Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Toulouse-Lautrec

 

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Que la lune brouillardeuse éclaire (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
Que la lune brouillardeuse éclaire

Cette nuit que je voulais sereine et solitaire à ma table

Voici la mémoire pauvre, l’idée enfuie
Tellement je suis perméable à cet air blanc
Dans la boule de la terrestre chambre
Blanche et peu bénéfique à mon projet

Terre lunaire, brouillard d’une table
Appauvrissement du souvenir et de la volonté
Quel bénéfice ouvrirait l’air
Au cahier de
Diane et de l’orage
Entre boule blanche et vierge enfouie
Quand la seule mémoire de l’Instant
Tue la lumière du songe Ô paradoxe à vivre dans cette claire ombre et son refus énigmatique

Que la lune à cette fin me laisse

A ma paresse dans mon aire

La pauvreté larvaire de notre calendrier

Me faisant incapable d’affronter l’heure

le passage des astres divins
De lire à la volée le dedans et le dehors
Au-dessus de ma peau les nuées
En moi le rire et le regret de
Ton regret

(Jacques Chessex)

 

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Technique d’attente (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2018




    
Technique d’attente.
Je me place ainsi au-devant de l’Un suressentiel.
Je fais se répandre la pauvreté constitutive des êtres.
Je n’ignore pas le chas de la matière.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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