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Posts Tagged ‘pavot’

Une nuit, sous la terrible lune (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Yuri Dubinin - (13)

Une nuit, sous la terrible lune
Qui saignait parmi les brumes roses,
Tu parlais, ô soeur, de tristes choses
Comme une enfant prise de rancune.

Au loin les appels des mauvais hommes
Nous montaient des vergers de la plaine
Où les arbres tordus par la haine
Tendaient, fruits du mal amour, leurs pommes.

Tu n’entendis pas le bruit des roues
Rapportant vers les petits villages
La récolte des moissonneurs sages
Qui peinent le temps où tu te joues.

Tu cueillais les pavots de la route
Pour en festonner, plein tes mains molles,
Notre maison où l’on voit les folles
Mendier, soeurs du deuil et du doute.

Comme devant une étrange auberge
Tu fis, vocatrice de désastres,
Le signe qui flétrit les bons astres
Dans le jardin d’azur de la Vierge.

Puis effeuillant au seuil de la porte
Les fleurs de l’ombre l’une après l’une,
Tu chantas quelque chose à la Lune,
Quelque chose dont mon âme est morte.

(Stuart Merrill)

Illustration: Yuri Dubinin

 

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J’AI BEAU FAIRE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2019



 

J’ai beau faire tu es en moi
Battante
Comme un autre coeur que j’aurais.
J’ai beau faire tu viens tu vas
Dans les couloirs feutrés où mon sang parle bas.
J’ai beau faire je te sais là
Toujours
Caillot qui rôde
A la recherche du jour
Et mes mains malgré moi me prennent à la gorge
Pour te saisir et pour te tordre
Pour t’arracher de moi comme un clou, comme un cri
Pavot éclaboussant les murs blancs de ma vie.

(Jean Rousselot)

Illustration: Malinowsky

 

 

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Pavots (Georges Schehadé)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



Pavots vous ne serez pas la fleur vaine
Elle a trop aimé les yeux ouverts
La voici aujourd’hui plus blanche que sa mort
La nuit l’accable de pierres
Les yeux restent deux fleurs surnaturelles

(Georges Schehadé)

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Amour Noir (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




Amour Noir

Je te préfère au bonheur
comme je préfère
le rouge au rose
les impasses aux ruelles
et le tango à la farandole.

Je te préfère à l’espoir
comme je préfère
l’éclair à l’arc-en-ciel,
le pavot à la marguerite,
et le bâton à la carotte.

Je te préfère à la raison
comme je préfère
l’adolescence à l’enfance,
Tantale à Sisyphe,
et le désespoir à la résignation.

Je te préfère à la vie
comme je préfère
le noir au gris,
la douleur à l’errance,
et les vacheries aux singeries.

(Marie-Anne Bruch)

son site laboucheaoreilles ici

Illustration: Alexandre Cabanel

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JE LE SAVAIS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Pal Szinyei-Merse
    
JE LE SAVAIS

Je le savais bien : te voilà présente.
Vois les tournesols à la tête lente,
Leurs têtes de pierre ont toutes viré.
Et vois le désordre auprès des salades,
Méfait de la brise et de ses gambades.

«Au vent de ta jupe », ai-je murmuré.
Ruisseau de pavots à l’écume rouge.
Rouge aussi, dedans, le seigle qui bouge
Tel banc de poissons dont le tremblement
Est un doux sourire au doux bruissement.

Tu deviens mon bain, ma boisson qui sonne,
Tes deux bras si beaux sont des courants frais,
Dans ce remuement ton sein tourbillonne :
Mille clapotis que j’entends tout près
Lorsqu’à mon oreille ton souffle bourdonne.

Viens te laisser boire et plie sous mes dents
Que trouble ton feu. Car la mort, longtemps,
A soif de l’été, cette cruche immense
Où coule la bière à vive cadence.
Les nuages bien joufflus
Ne sont qu’écume au-dessus…

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Je croyais (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Je croyais

Mon chemin, je croyais, me mènerait, bien sage,
Parmi les champs d’épis, à travers l’or des blés.
Chanteraient près des fruits des oiseaux assemblés.
Je me reposerais dans un petit village.

Et je partis. L’aube pointait. Le paysage
Se rappelait encor ses instants étoiles.
Par les pleurs du matin, les cieux étaient voilés,
Dans l’automne volait la corneille sauvage.

En ce désert qui pleure on ne voit nul épi.
Aux arbres décharnés s’acharne le souci
Peignant ses nids en brun contre la feuille sèche.

Que ce désert est dur ! Qu’il est triste et rétif!
Aucune fleur ne vient sur ce sol bien trop rêche.
Si! quelquefois… le sang d’un pavot rouge vif!

(Attila Jozsef)

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Pavot (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Pavot

Autrefois j’étais la fleur du sommeil;
mais le sommeil ne suffit plus à l’homme pour oublier ses maux.
L’homme ne veut plus dormir, il faut qu’il rêve.
J’étais l’oubli, je suis devenue l’illusion.
Il m’a frappée au coeur, et il a bu le sang qui coulait de ma blessure.

Hélas! pour moi depuis ce jour, plus de tranquillité,
plus de bonheur, plus de joie!
Dès que ma tige s’élève un peu au-dessus de la terre,
le fer s’approche de moi, on me perce le sein,
d’où s’échappe la liqueur qui donne les visions,
ces longues ivresses de la tête et du coeur.

Dès que l’homme m’a approché de ses lèvres,
son âme prend des ailes; elle quitte la terre.
Elle retourne vers le passé ou s’élève vers l’avenir.
Elle plane sur le souvenir ou sur l’espérance.
Quel génie malfaisant a révélé à l’homme l’existence
du philtre renfermé dans mon sein;
de ce philtre qui est la cause funeste de ma mort?

Mais pourquoi me plaindre?
Je suis semblable au poète:
les hommes lui doivent leurs plus douces jouissances,
leurs plus charmantes illusions, et il est leur première victime.

(J.J. Grandville)

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RONDE D’AVRIL (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



RONDE D’AVRIL

Les oiseaux et le clair soleil;
Les fleurs aux charrettes, en jonchées;
La feuille pointe au bourgeon vermeil;
Toutes les âmes endimanchées;
La brise souffle du vieux Corcyre
Et d’Amathonte en bruits de rames,
Et le monde est jeune encore à ravir
De chansons claires et de clairs rires
Et de blondes femmes:

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtez pas, Mesdames,
Ça fait souffrir…

Les roses, les joues; les rayons et les tresses;
Ta marotte, Amour, est un pavot qu’égraine
Aux champs de la joie tout geste d’ivresse:
Et c’est le sommeil et l’oubli que tu sèmes;
N’as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire?
N’as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,
Grave Amour, au futile épithalame?
Quel petit chant pour ta grande lyre,
Le vieil intermède et le pauvre drame!

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtes pas, Mesdames,
Ça fait dormir….

Il tournoie un air de danse aux feuillées,
Un bruit de baisers en des ritournelles;
L’Idée, recluse des longues veillées,
S’étire aux rayons qui convergent en elle;
Sous les charmes en hâte de reverdir,
L’Endormeuse de tous sourires
S’est assise aux carrefours des âmes;
Et l’Amour, devant elle, s’agenouille et se mire
En ses grands yeux fous où le désir est flamme!

Voici la marchande de plaisirs,
Mesdames!
Ah! goûtez-y, Mesdames,
Ça fait mourir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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La fleur du pavot (Shôhô)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



La fleur du pavot
à peine l’a-t-il touchée
qu’elle s’est effeuillée

(Shôhô)

Illustration

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UNE JOURNÉE BIEN REMPLIE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



UNE JOURNÉE BIEN REMPLIE
(Extraits)

Beauté, ce grand espace tout noir
Où l’homme s’avance les yeux fermés
Un bouquet de coquelicots jeté sur l’épaule
Ce mauvais air qu’on souffle sur les âmes
Le bruit des songes qui épouvante le monde
Jamais ne me feront oublier, Beauté,
Ton regard trop brillant, ta gorge blanche, tes bras.
La terre me retient d’une main tremblante
Car la mort est un dur voyage pour l’homme seul
Quand Dieu se fait vieux
Et n’est plus fidèle aux rendez-vous qu’il donne.
Déjà le radeau de la chance se soulève
Le vent de la chance tourne
L’abîme me prend par le bras, l’abîme
Me fait la courte échelle pour toucher
L’enclume des batailles luisante d’usure
Au fond du ciel tout bleu dans son auge
Dans sa perfection de ciel distrait et pur
Qui perd comme un gant une saison pour une autre.

Encore un peu de sang
Et la première violette charbonne
Sur l’obscure patience des forçats
Porteurs de chaînes dans le matin d’été
Lâchant leur salive noire entre deux jurons
La résine tiède des lèvres
Une goutte et puis une goutte encore
Dans la morsure du fer
Une goutte entre les dents de la lime
Une goutte pour creuser les ténèbres.
Il donne encore un peu de sang
Une goutte et puis une autre goutte
Pour étouffer la poussière d’orage
Qu’on avale à la fin d’un long jour de feu
Et la vie se démène autour des chevilles nues
Le soleil rit dans les montagnes pleines de pavots jaunes
Au-delà des mauvaises herbes où brillent
Les outils, les colonnes du silence.
Donne encore un peu de sang
Et cela fera une journée bien remplie.

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

 

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