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DONNE-MOI TES DOUTES (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



 

Illustration: Mana Neyestani
    
DONNE-MOI TES DOUTES

Donne-moi tes doutes que je les redresse
Comme des clous tordus,
Donne-moi tes incertitudes, toi qui vas
Sur ce que tu crois être une fausse route.
J’ai assez erré, assez cogné à des portes pour savoir
Qu’il n’y a pas d’autre sagesse,
Depuis l’infini jusqu’au point zéro,
Que d’être à la besogne, entiché de fini.
Versez vos griefs dans ma solitude,
Aussi large qu’un golfe,
Dans mon chantier où l’on répare
Les vaisseaux qui firent naufrage.
Je suis le vieil ami
De ceux qui sont grands dans leurs actions
Et pas dans leurs paroles;
Moi je peux mourir parmi les fourmis
Et que l’on m’oublie.
Dans l’immense nuit du monde; pourtant,
J’ai élevé, aux côtés des autres,
Le jour sous le soleil, la nuit dans les ténèbres,
Efforts douloureux, rêve chimérique
Payé de pleurs dans des bols de terre —
Des foyers pour durer, de hautes pyramides,
Avec la foi qu’un jour
Le ciel partout s’éclairera.

(Mihai Beniuc)

 

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C’est la vie… (Danielou Rejenski)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2020



Non, rien ne m’est plus cher que l’amour de ma mère
et pourtant je la fais pleurer…
C’est la vie…
Nous sommes nés poussière et partirons poussière,
pourtant nous voulons exister…
C’est la vie…

Parce qu’on croit la vie la plus forte,
on fait partie de la cohorte:
ceux qui ne jouent à vivre
que parce qu’il faut vivre
qui n’acceptent de payer
que pour mieux faire payer…

Moi qui sais ce qu’on souffre d’amour,
pourquoi ferais-je souffrir à mon tour?
Puis que les hommes sont égaux sur terre,
pourquoi ce racisme et cette misère?

Nous tuons la vie
à grands coups de « c’est la vie »…
On ne veut plus rien
à force d’ « on n’y peut rien »…
Nous désirons tous la victoire,
mais pour la vouloir il faut croire!
Croyons, bon sang! Mais croyons donc,
que Maman ne pleure plus onc!…
Veuillons laisser sur terre
un peu plus que poussière
et croyons toujours
si nous voulons l’amour:

c’est ça LA VIE!

(Danielou Rejenski)

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L’âme, si frileuse (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020


 


Ron Mueck  _Maninaboat

L’âme, si frileuse, si farouche,
devra-t-elle vraiment marcher sans fin sur ce glacier,
seule, pieds nus, ne sachant plus même épeler sa prière d’enfance,
sans fin punie de sa froideur par ce froid ?

Tant d’années,
et vraiment si maigre savoir,
coeur si défaillant?

Pas la plus fruste obole dont payer
le passeur, s’il approche?

— J’ai fait provision d’herbe et d’eau rapide,
je me suis gardé léger
pour que la barque enfonce moins.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Ron Mueck

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L’âge de raison (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020




L’âge de raison

La ville écrase la forêt
pour y installer son décor
sans songer au bruit que ferait
le chant de tous les oiseaux morts

On cimente les paysages
on bétonne les horizons
Nous voici arrivés à l’âge de raison

Le petit sentier de l’école
est une autoroute à six voies
qui mène à la piste d’envol
où les Boeing hurlent de joie

Il y a du goudron sur la plage
et du gas-oil sur le gazon
Nous voici arrivés à l’âge de raison

On a piétiné les ballades
et les refrains de nos printemps
on en a fait des marmelades
pour les vieillards de dix-sept ans
qui font sauter les pucelages
avec des trognons de chanson
Nous voici arrivés à l’âge de raison

Les décibels nous assassinent
les scooters nous bouffent le coeur
et la télé dans les cuisines
nous explique notre bonheur

Quand on veut rêver, les nuages
ont la forme de champignons
Nous voici arrivés à l’âge de raison

Rien à faire petit bonhomme
mets ta tête sous l’oreiller
Grand-mère a bouffé une pomme
et c’est à nous de la payer

Tiens-toi tranquille reste sage
enfoui au creux de ta maison
et laisse, laisse passer l’âge de raison

(Francis Blanche)

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Dors, Negrito… (Atahualpa Yupanqui)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2020



Illustration
    
Dors, Negrito…

Dors, dors, Negrito,
pendant que ta mère est aux champs,
Negrito.

Elle rapportera des cailles pour toi,
elle rapportera de bons fruits pour toi,
elle rapportera de la viande de porc pour toi,
elle rapportera beaucoup de choses pour toi.
Et si le petit enfant noir ne s’endort pas,
le diable blanc viendra
et aïe !
ses petons, il lui mangera…
Chacapumba, chacapumba !

Dors, dors, Negrito,
pendant que ta mère est aux champs,
Negrito,
pour y travailler,
travailler durement,
travailler, oui,
travailler dans ses habits de deuil,
travailler, oui,
travailler en toussant,
travailler, oui,
travailler sans être payée,
travailler, oui,
pour son Negrito si petit,
travailler, oh oui…

Dans ses habits de deuil, oui,
en toussant, oui,
sans être payée, oui,
durement, oh oui.

Dors, dors, Negrito,
pendant que ta mère est aux champs,
Negrito.

(Atahualpa Yupanqui)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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LE MARCHEUR (Yves Martin)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



 

Eugeniusz Zak - Tutt'Art@ (3) [1280x768]

LE MARCHEUR
VOUS NE ME VOLEREZ PAS

Vous ne me volerez pas mon plaisir.
Vous pouvez m’interdire vos femmes, croiser vos filles,
M’abandonner comme une portée de chats,
Me faire payer des prix exorbitants vos zincs.

Vos douches ne me vendangeront pas.
Vous me masquerez l’écolière, l’odeur de myrrhe des pupitres,
Vous cacherez ses cahiers de peur que je les érige.
Vous voulez des murs nets.

Vous ne m’empêcherez pas de prendre de biais, la nuit,
De jouer avec vos chambres, de vouloir nerveux vos livres.
J’ouvre les fenêtres d’une maison que j’ai voulu déserte,
Dingue de chèvrefeuille, légère, vénéneuse comme un ange.

(Yves Martin)

Illustration: Eugeniusz Zak 

 

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CONSEILS A UN AMI (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Boris Vian
    

CONSEILS A UN AMI

Ami, tu veux
Devenir poète
Ne fais surtout pas
L’imbécile
N’écris pas
Des chansons trop bêtes
Même si les gourdes
Aiment ça.

N’y mets pas
L’accessoire idiot
Ou le sombrero
Du Mexique
N’y mets pas
Le parfum brûlant
Ou le cormoran
Exotique.

Mets des fleurs
Et quelques baisers
Tendrement posés
Sur ses lèvres
Mets des notes
En joli bouquet
Et puis chante-les
Dans ton coeur.

Ami, tu veux
Devenir poète
N’essaie surtout pas
D’être riche
Tu feras
De petits bijoux
Que l’on te paiera
Vingt-cinq sous.

L’éditeur
Va te proposer
De te prostituer
Sans vergogne
L’interprète
Va te discuter
Et va suggérer
Que tu rognes.

Tu riras
De ce qu’on dira
Et tu garderas
Dans ta tête
Ce refrain
Toujours inconnu
Que tu siffleras
Dans la rue…

(Boris Vian)

 

Recueil: Cantilènes en gelée
Traduction:
Editions: Le Livre de poche

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Nous nous retrouverons (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019



Odd Nerdrum__o [800x600]

Nous nous retrouverons. Tous.
Mais nous n’aurons rien fait pour vaincre ces distances.
Ce sera le triomphe de la seule matière.
Nous nous effondrerons. Les uns sur les autres.
Les uns dans les autres. Au mieux, j’aurai ta cuisse blanche sur mon coeur.
Ou bien la main de mon ennemi dans la mienne.
Mais je n’en saurai rien.
Et quand bien même ?
Qu’est-ce que ça change à ce qui est,
ce peu d’espoir qui tremble comme un linge au bord des pourritures,
ce peu d’espoir qu’ici nous n’aurons pas payé,
nous ici plus morts que morts ?

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

 

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Un billet de femme (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Max Gasparini -   (19) [1280x768]

Un billet de femme

Puisque c’est toi qui veux nouer encore
Notre lien,
Puisque c’est toi dont le regret m’implore,
Ecoute bien :

Les longs serments, rêves trempés de charmes,
Ecrits et lus,
Comme Dieu veut qu’ils soient payés de larmes,
N’en écris plus !

Puisque la plaine après l’ombre ou l’orage
Rit au soleil,
Séchons nos yeux et reprenons courage,
Le front vermeil.

Ta voix, c’est vrai ! Se lève encor chérie
Sur mon chemin ;
Mais ne dis plus :  » A toujours !  » je t’en prie ;
Dis :  » A demain !  »

Nos jours lointains glissés purs et suaves,
Nos jours en fleurs ;
Nos jours blessés dans l’anneau des esclaves,
Pesants de pleurs ;

De ces tableaux dont la raison soupire
Ôtons nos yeux,
Comme l’enfant qui s’oublie et respire,
La vue aux cieux !

Si c’est ainsi qu’une seconde vie
Peut se rouvrir,
Pour s’écouler sous une autre asservie,
Sans trop souffrir,

Par ce billet, parole de mon âme,
Qui va vers toi,
Ce soir, où veille et te rêve une femme,
Viens ! Et prends-moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Max Gasparini

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Que tes yeux ont d’attraits et de charmes (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Que tes yeux ont d’attraits et de charmes
que mon cœur les ressent vivement.
Mille fois j’ai payé de mes larmes
le plaisir de les voir un moment

(Armand Lanoux)


Illustration: Fabienne Contat

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