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Notre lit était un pays (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Arunas Zilys 2

Notre lit était un pays,
Une île, une gorge bien creuse,
La plaine où nous avons cueilli
Des fleurs du nom d’aventureuses.
Notre lit était leur pays.

Mes mains sont herbier de caresses.
Herbes d’amour, fleurs de mes soins,
Ne sont plus qu’ombre et sécheresse
En ma paume et bruissant au loin.
Mes mains sont herbier de caresses.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Arunas Zilys

 

 

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La carpe et les carpillons (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
La carpe et les carpillons

Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord,
Suivez le fond de la rivière ;
Craignez la ligne meurtrière,
Ou l’épervier, plus dangereux encor.
C’est ainsi que parlait une carpe de Seine
À de jeunes poissons qui l’écoutaient à peine.
C’était au mois d’avril ; les neiges, les glaçons,
Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes ;
Le fleuve enflé par eux s’élève à gros bouillons,
Et déborde dans les campagnes.
Ah ! Ah ! Criaient les carpillons,
Qu’en dis-tu, carpe radoteuse ?
Crains-tu pour nous les hameçons ?
Nous voilà citoyens de la mer orageuse ;
Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel,
Les arbres sont cachés sous l’onde,
Nous sommes les maîtres du monde,
C’est le déluge universel.
Ne croyez pas cela, répond la vieille mère ;
Pour que l’eau se retire il ne faut qu’un instant.
Ne vous éloignez point, et, de peur d’accident,
Suivez, suivez toujours le fond de la rivière.
Bah ! Disent les poissons, tu répètes toujours
Mêmes discours.
Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine.
Parlant ainsi, nos étourdis
Sortent tous du lit de la Seine,
Et s’en vont dans les eaux qui couvrent le pays.
Qu’arriva-t-il ? Les eaux se retirèrent,
Et les carpillons demeurèrent ;
Bientôt ils furent pris,
Et frits.
Pourquoi quittaient-ils la rivière ?
Pourquoi ? Je le sais trop, hélas !
C’est qu’on se croit toujours plus sage que sa mère,
C’est qu’on veut sortir de sa sphère,
C’est que… c’est que… je ne finirais pas.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Ainsi, dans l’étreinte de la nature et du corps (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020




    
Ainsi, dans l’étreinte de la nature et du corps, nous devenons tempête
nous nous apaisons

pas de décision pas de stratégie. Nous suivons nos organes nous finissons nous commençons.

Nos corps un seul astre
nous échangeons nos tristesses échangeons nos membres nos corps un même sang.

Nous revenons chaque jour à nos corps nous les feuilletons
dans leur livre

un seul fruit
mais la moisson est pays sans frontières.

(Adonis)

 

Recueil: Commencement du corps fin de l’océan
Traduction: Vénus Khoury-Ghata
Editions: Mercure de France

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EXIL (Mokhtar El Amraoui)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2020



    

EXIL

Dans tes yeux,
Mon enfant,
J’ai lu l’exil.
Toi, qui es né
Loin du pays,
Tes cheveux ont la couleur de l’olive
A laquelle nous n’avons plus
Le droit de toucher.
Dans l’éclat de tes dents serrées,
Mon enfant,
Je regarde
Des milliers d’étoiles calcinées,
Nos terres volées,
Nos maisons bombardées,
Des bouquets de poings
Tombant sous les orangers.
Dans le mercure de tes larmes,
Mon enfant,
J’ai lu l’exil,
L’exil d’un peuple.

© Mokhtar El Amraoui in « Arpèges sur les ailes de mes ans »

(Mokhtar El Amraoui)

son site http://mokhtarives.blogspot.com/
 

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Sécheresse (Khamîd ägg Äfiser)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



    

Sécheresse

Les sacs sont légers, les chèvres sont sèches;
vient un pauvre, il s’assoit sur les talons,
on n’en a nul souci, qu’il meure de faim s’il le veut!
La sécheresse pèse sur le pays comme le mont Oûdan;
elle se lèche les lèvres de satisfaction, elle ne recule pas d’un pas;
elle veut nous ôter jusqu’à nos voiles de visage
et nos pantalons, et nous empêcher d’aller aux réunions galantes.
Les chamelles et les chamelons d’un an sont arrêtés et retenus aux lieux où ils sont, tant ils sont épuisés;
Les chameaux s’arrêtent en plein désert sans pouvoir avancer, de faiblesse;
qu’arrivera-t-il, à plus forte raison, aux petits des vieilles chèvres
qui à grand-peine déplient leurs articulations pour marcher?

(Khamîd ägg Äfiser)

Chants touaregs, recueillis et traduits par Charles de Foucauld, Albin Michel,1997.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Poème d’amour en état de guerre (Mohammed El Amraoui)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



    

Poème d’amour en état de guerre

Je hume dans tes seins
l’odeur de la terre
la terre que mes pas ont quittée

Je hume l’oreiller de tes rêves
quand tu dors avant moi
et quand tu dors
après moi

Je hume la brise de ton souffle
quand l’air devient fumée

car leurs maisons détruites
les gens habitent leurs rêves

Et moi
depuis quarante ans
je n’habite
que le vent de ton parfum

Je n’ai d’autre maison
d’autre toit
que ton coeur

car l’amant
quand les guerres le chassent
que les exils le poursuivent
se jette dans les bras de l’aimée

Et si je voulais monter au pays
je laisserais mon poème grimper
à tes nattes

Si je voulais voyager
je chevaucherais tes sandales
sous la pluie, sous les arbres
et nuitamment sous la lumière de la lune

Si je voulais dormir
je déplierais les lignes de ta dernière lettre

Gloire à celui qui a étreint l’amour
sous la mitraille

Gloire à celui qui a dit
que la paix
est une herbe
qui pousse
dans le coeur
de l’aimée

(Mohammed El Amraoui)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Si je frappe du pied dans la poussière (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



    

Si je frappe du pied dans la poussière
ce n’est pas un grouillement de fantômes qui se lève
du pied dans les nuées,
dans les lignes de la main
ce n’est pas une armée d’ossements qui s’avance
un vertige qui souffle sur le sommeil des servantes
si je frappe, le village ne s’envole pas
les anges de perles bleues, rouges, noires
au plafond des auberges ne s’envolent pas
si je frappe du pied, tout ce pays me monte à la tête,
avec derrière lui dans la prière du soir
sa barbe de gros froment roux qui frotte mon épaule
la chaleur des hanches et des bras prise sur la dernière danse
les champs qui se lavent des pieds à la tête
si je frappe du pied, dimanche
trois fois dimanche
trente-trois fois dimanche
et rien ne change, rien ne change jamais
pas une fleur dans la prairie
pas un pli de la robe
pas une étoile de la fièvre bleue des foins
et puis ça recommence du grain à la paille
de la terre au ciel, de la mère à l’enfant
des sources à l’océan fumant sous le coup de midi
de la rosée du matin à la rosée du soir
du paysan qui va aux champs au paysan qui en revient
la main passe, le ciel recule et avance
les servantes, l’amour en tête
montent dans leur chambre pleine d’oracles
si je frappe du pied ça recommence
dimanche, trois fois dimanche, trente-trois fois dimanche.

(Albert Ayguesparse)

 

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LETTRE-OCÉAN (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



lentille d'eau

LETTRE-OCÉAN

0 mon ami, lentille d’eau incrustée sur l’étang,
Je te vois comme la flamme clignotante du premier matin blanc,
Qui suspend dans l’air le sillage empanaché
D’un train caboteur qui suit la côte à petite journée.
Tu es la jarre de lait répandue dans les pâturages du ciel
Et cette étoile impatiente qui lance ses graines hors de leur gousse,
L’arbre-chanteur et son ombre de mousse.
Mais tu es aussi et surtout le disparu du bord
Qui allume la mèche sous les barils de poudre,
Le passager que l’on attendra longtemps sur le port,
Je ne sais où, dans un pays fracassé par la foudre.

(Michel Manoll)

 

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Encore un moment ! (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2020



Illustration
    
Encore un moment !
Votre pays est lointain,
Mais dieu de la nuit,
Je vous renverrai voguant
Sur la coupelle de mon rouge !

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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C’est tellement mystérieux, le pays des larmes (Antoine de Saint-Exupéry)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



pleurs

Je ne savais pas trop quoi dire.
Je me sentais très maladroit.
Je ne savais comment l’atteindre, où le rejoindre.
C’est tellement mystérieux,
le pays des larmes.

(Antoine de Saint-Exupéry)

 Illustration

 

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