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Poésie

Posts Tagged ‘paysage’

MANGO (Adrien Jens)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



Illustration

    
MANGO

Je m’appelle Mango et le soir tombe sur la lagune d’Ébrié.
Il n’y a que le bruit de ma pagaie dans l’eau à peine mouvante.
Et mon frère, derrière moi, qui essaie de me rejoindre,
Déjà confondu dans la mer des ombres, et détaché de ma solitude.

Je suis Mango, le pêcheur de carpes et je vais vers ma femme,
Vers mes enfants,
Vers ma paillote. Qui m’attendent.

Quelle est mon attente ?
Les jours sont pareils, pareilles sont les nuits, pareils les visages de ma vie.

Quelle est mon attente ?
L’obscurité déjà m’enveloppe, et je ne suis plus qu’une silhouette,
Sur la lagune d’Ébrié,
Sous le ciel encore mauve avant de s’éteindre dans mon coeur au sang noir.

Je n’étais plus Mango, tantôt, au milieu de la lagune d’Ébrié,
Mais l’air humide et lourd qui couvrait mon corps nu ;
Mais l’eau qui me portait ;
J’étais tout et l’infini de mes paysages,
J’étais la forêt et la savane.

Je n’étais plus Mango, mais le chant qui sourd au fond de moi,
Âme de toutes les âmes,
Respiration secrète du fromager et du feu flamboyant.

J’étais terre et eau, et la sève de l’arbre enraciné dans la vérité de ma nature.

Maintenant, je m’approche de la rive obscure,
Et je retournerai parmi vous, mes amis :
Vous me demanderez qui je suis ?

Je serai le matin où je vous ai quittés et la nuit de mon retour.
Je serai le lieu entre deux pôles et vêtu d’univers,
Ma voix montera des origines avec le murmure des sources.

J’ai peu du poids que je porte en moi :
C’est le poids de ma vérité et le poids du monde.

Je suis Mango, le pêcheur de la lagune d’Ébrié, et vous ne me reconnaîtrez pas.

(Adrien Jens)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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POÉSIE, 3 (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2021



Illustration: Francis Picabia
    
POÉSIE, 3

Poème
femme faite défaite souveraine
tremblement d’eau d’azur
dans l’œil du paysage
quête incertaine
où les mots vont par couple
comme les enfants
traversant la forêt

(Guy Goffette)

 

Recueil: Pain perdu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous entrons dans le paysage (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    

Nous entrons dans le paysage, corps et âme en éveil ;
Une éternelle attente close ici par l’éphémère.
La colline implose en fleurs, la source en nuage se mue,
Le monde prend sens, étant vu ; nous prenons sens, ayant su.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mon amour (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2020




    
Mon amour –
respire par le poumon des choses
accède au poème
dans une rose dans un rai de poussière.

Il confie ses états à l’univers comme le vent et le soleil
quand ils fendent la poitrine du paysage

versant leur encre sur le livre de la terre.

(Adonis)

 

Recueil: Commencement du corps fin de l’océan
Traduction: Vénus Khoury-Ghata
Editions: Mercure de France

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Tiris (Luali Lehsan)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Tiris

Je veux fuir du ventre
de cette nuit étrangère,
dormir d’un sommeil sans printemps retardés,
sans clauses de pardon suspendues,
et me réveiller dans ton ventre, Tiris.
Épouvanter la solitude avec un éventail
de vers que ton immensité inspire.
Vider mon âme dans la bonté de ton âme,
retraverser la mémoire de l’univers
dans la poésie de tes paysages,
écouter l’écho de tes montagnes,
la gloire de l’enfance du monde,
le galop d’une caravane sur la face cristalline
de tes plaines,
et sentir la paix que les dieux en leur bonté gravèrent
sur ton visage.
Ton visage de mer où les vagues se figent.

(Luali Lehsan)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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J’habite sans rêver les décombres d’un cri (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2020



J’habite sans rêver
les décombres d’un cri
qui n’est pas le mien.

Un paysage déchiré
uniquement lu par le vent

la cigale et le grillon.

(Luis Mizón)


Illustration

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Y a-t-il un lieu de silence (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



    

– Y a-t-il un lieu de silence
Où je puisse essayer mon chant
Sans que le submerge en moi-même
Le tumulte de ces orages,
Les cris aigus de ce prétoire
Où se proclament par cent voix
Le mensonge des criminels
La cupidité des voleurs
Et la lâcheté des esclaves ?
– Un seul accent vrai de ton cœur
En toi couvrira cent voix fausses.
Ah ! mon cœur n’est-il pas pareil
À un fruit jeté dans la mer :
Quand un batelier le recueille
Il est encore plein et doré
Mais sa chair que l’eau a forcée
N’a plus que l’âcreté du sel.
J’ai regardé bien trop de morts
Avec des yeux secs et distraits ;
J’ai connu trop de paysages,
J’ai pressé pendant ces cinq ans
Trop de mains, vu trop de visages ;
Des flots ont noyé ma mémoire.
– La moisson étouffe et aveugle
L’ample grenier qui la contient
Mais d’où jaillira chaque gerbe
À son tour, avec tous ses grains.
Sur le lourd butin qui t’accable
Penche-toi ! Dans un cœur aimant
Rien n’est perdu, rien ne s’efface
De ce qu’y a mis chaque jour.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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SÈVE ASCENDANTE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2020



Illustration: Vincent Van Gogh
    
SÈVE ASCENDANTE

Un frisson parcourt les arbres
comme un battoir vert
Ossip Mandelstam

ce sont les arbres
du grand paysage interne
écoutons-les croître
ce sont arbres à visions

arbres résistants
aux racines comme des mains
arbres-personnages
selon Van Gogh

arbres de vie vivante
dont chaque feuille
est une prophétie
arbres aux mélancolies fulgurantes

arbres d’un Paul Klee
pénétrant dans les profondeurs de la forêt
pour se réfugier dans le vert
chaud tendre abyssal

arbres aux tendresses
qui trouent le ciel
interprètes des vents solaires
babels de toutes les géographies

arbres voyants
hommes posés sur la tête
dont la sève bleutée
circule dans notre sang

(Zéno Bianu)

Illustration: Paul Klee 

Recueil: Infiniment proche et Le désespoir n’existe pas
Traduction:
Editions: Gallimard

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Désarroi (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2020



Désarroi

Un grand soleil de rire éclaire ma détresse.
Les oiseaux migrateurs frissonnent au départ
Et je vois qu’il est bon de dresser un rempart
Pour se bien protéger quand cesse la tendresse.

Le chemin qui poudroie à travers tous les champs
A emporté la meute avec tout son tumulte
Au galop des chevaux, avec des cris, des chants,
Derrière la colline où l’horizon culbute.

Un grand soleil de pierre a lapidé mon cœur
Dont le sang coule avec celui de la rivière
Et tout le paysage exprime sa rancœur
Dans un regard limpide où pleure la lumière.

(Jean-Baptiste Besnard)

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LES VEINES DU TEMPS (Maria Mistrioti)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Georgis Mistriotis
    
LES VEINES DU TEMPS

Parfois je pense
que les trains de nuit ne sont jamais passés
ces trains qui négligeaient les petites villes
les signaux désespérés
des veilleurs de nuit aux dos courbés.
Je pense
que jamais nous n’avons voyagé ensemble
de l’Ionie vers Croton, vers Tarente.
De l’autre côté de la destruction de paysages de rêve,
de l’autre côté des couleurs plastique
de l’autre côté des sentiers brisés
je t’attends.

(Maria Mistrioti)

 

Recueil: Ithaca 593
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
Editions: POINTS

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