Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘paysage’

Quelques tableaux du souvenir (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Quelques tableaux du souvenir ont
une lumière de jardin et une solitude de campagne;
la placidité du rêve
rêvé dans le paysage familier.

D’autres gardent les fêtes
de jours lointains encore;
silhouettes subtiles
qu’un comédien place sur ses tréteaux…

Devant le balcon fleuri
le rendez-vous d’un amour amer.

Le soir brille dans un éclat vermeil…
Le lierre s’épand des murs blancs…

Au détour d’une rue dans l’ombre
un fantôme dérisoire baise un lis.

(Antonio Machado)

Illustration: ArbreaPhotos

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le jour vide ses poches (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



 

Un pont, le macadam brûlant,
le jour vide ses poches,
une chose après l’autre.
Seul dans le soir catatonique.

Le paysage : froissure de fond de fossé,
cicatrice ardente dans l’ombre qui scintille.
Crépuscule. Le rayonnement me glace,
le soleil m’aveugle. Jamais je n’oublie, c’est l’été.

C’est l’été et la chaleur foudroie.
Debout, et je sais leurs ailes immobiles,
les oiseaux, comme chérubins en flamme
dans des cages aveuglées, hérissées d’échardes.

Te souviens-tu ? Au commencement fut le vent ;
puis la terre ; puis la cage.
Feu et crottin. Et de temps en temps
quelques coups d’ailes, des réflexes vides.

Et soif. Alors j’ai demandé à boire.
J’entends encore les gorgées fiévreuses,
et j’endure impuissant, telle la pierre,
et j’éteins les scintillements.

Des années passent, années, et l’espoir —
comme une vieille casserole renversée dans la paille.

(János Pilinszky)

Illustration: Michael Whelan

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Menu débris métaphysique (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Francisco Goya
    
Menu débris métaphysique

Alors qu’il se promenait
clans un paisible paysage,
il crut voir dans un buisson
le mufle noir du néant.

Il s’arrêta frissonnant.
Le jour s’était assombri.

Et soudain le ciel ouvrit
une gigantesque gueule
et, d’un coup, lе dévora
ne laissant ni cendres ni âme.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Embouchure (Bernard Pozier)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Embouchure

Lorsqu’elle et il
entremêlent leurs doigts
pour démêler les eaux de la rivière et du fleuve
il ne nous reste que les couleurs

La fuyante ligne de l’écume ultime
rend changeantes les limites de la plage
et porte soudain les regards bien loin
vers l’horizon oublié de soi-même

La voix en sous-titre commente la visite
chacun investit les lieux des volutes de son être
et les paysages de l’enfance soudain
réhabitables
redeviennent nourriture de nos chairs et
de nos âmes

(Bernard Pozier)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chaque fenêtre (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Illustration: Dmitry Zaytsev
    
Chaque fenêtre défend son paysage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , | Leave a Comment »

Le poète sait que tout doit lui servir (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: Elisée Maclet  
    
Le poète sait que tout doit lui servir

L’hallucination, la candeur,
la fureur, la mémoire,

les vieilles histoires, l’actualité,
la table et l’encrier,

les paysages inconnus,
la nuit tournée, les souvenirs inopinés,

les prophéties de la passion,
les conflagrations d’idées, d’objets,

la nudité aveugle, la réalité crue,
le dérèglement de de la logique jusqu’à l’absurde,

l’usage de l’absurde
jusqu’à l’indomptable raison…

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE PONT DES SOURIRES (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Le-pont-des-sourires

 

LE PONT DES SOURIRES

Y a toujours un pont quelque part,
Pour que la rive aille au rivage,
Un village à l’autre village,
Pour l’aïeul et pour le moutard,
Pour les baladins du voyage
Éternellement de passage,
Y a toujours un pont quelque part.
Dans un repli du paysage,
Rudimentaire… ouvrage d’art,
Pour sécuriser le têtard,
En place du vieux gué sauvage,
Pour joindre la terre en partage,
Y a toujours un pont quelque part.
Que tu sois fou, que tu sois sage,
Quel que soit ton choix, ton bagage,
Ta fortune, ton étendard,
Ta misère que l’on outrage,
Si tu sais bannir haine et rage,
Pour l’arrivée et le départ,
Y a toujours un pont quelque part.

(Jean-Charles Michel)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Où est le fol ? Où est le sage ? (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



 

Ora Tamir - Israeli Surrealist painter - Tutt'Art@ (4)

Où est le fol ? Où est le sage ?
Celui qui d’avoir rêvé
compose le paysage,
celui qui sème le blé,
celui qui ferme la cage
d’où l’oiseau s’est envolé ;
l’enfant qui pêche une image,

où est le fol ? Où le sage ?
Eve et le fruit enchanté,
celui qui part en voyage
à bord d’un simple nuage,
celui qui cherche la clé
de tous les yeux verrouillés,
celui qui tourne la page
pour lire l’autre côté,

où est le fol ? Où le sage ?
Celui qui met son visage
sur l’épaule de l’été,
l’écolière du village
avec le coeur buissonnier,
pour le froment qu’on partage,
celui qui a tout donné ;

où est le fol ? Où le sage ?

(Géo Libbrecht)

Illustration: Ora Tamir

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Images nuages (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018


photo30196

images nuages
tête pluie
le paysage est dedans
j’ai des collines dans les bras
la rivière
dort dans mes yeux
quand je me réveille j’ai
des oiseaux dans les cheveux

(Henri Meschonnic)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

UN RAVISSANT CIMETIÈRE (Sakutarô Hagiwara)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Cimetière-du-Tera-mochi [800x600]

UN RAVISSANT CIMETIÈRE
NAMAMEK ASHII HAKABA

Le vent souffle dans les saules
Où y a-t-il un cimetière si sombre ?
Une limace grimpe sur la haie
Et du paysage vient l’odeur tiède de la mer
Pourquoi êtes-vous ici ?
Ombre douce, pile, étrange comme l’herbe !
Vous, ni coquillage ni faisan ni chat
Juste un fantôme à l’air triste !
De l’ombre errante de votre corps
Comme dans la ruelle d’un pauvre village de pêcheurs on sent une odeur de poisson pourri
Dont fondus au soleil les viscères poisseusement puent
Tristes, accablants, c’est l’odeur d’une mélancolie vraiment insupportable.
Ah, moite comme ce soir de printemps
Errant dans son élégant kimono carmin, c’est elle !
Ni la lune sur le cimetière ni le phosphore ni l’ombre ni la vérité
Et quelle tristesse !
Ainsi ma vie et mon corps s’en vont pourrissant
Et dans le paysage vague du Néant
Ravissants visqueusement penchent !

(Sakutarô Hagiwara)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :