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Poésie

Posts Tagged ‘paysage’

CHANT DU SOIR (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

Illustration: Odilon Redon
    
CHANT DU SOIR

Le soir, quand nous allons par les sentiers obscurs,
Se lèvent devant nous nos formes blêmes.

Quand la soif nous saisit,
Nous buvons les eaux pâles de l’étang,
La douceur de notre triste enfance.

Las à mourir, nous reposons sous l’arche d’un sureau,
Les yeux au vol des mouettes grises.

Des nuages de printemps montent sur la sombre ville
Qui tait les temps plus illustres des moines.

Quand j’ai pris tes mains étroites dans les miennes,
Tu ouvris doucement tes yeux immenses.
Tout est passé depuis longtemps.

Mais quand l’âme est visitée d’une harmonie obscure
Tu apparais à l’ami, toute blanche dans son paysage automnal.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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Le paysage qui reste (Mah Chong-gi)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Le paysage qui reste

Un oiseau se pose sur une petite branche.
La branche se met à bouger faiblement.
Même après le départ de l’oiseau la branche
tremble encore sans s’en rendre compte.
On dirait que la branche sanglote toute seule.
Le paysage qui reste s’obscurcit tout seul.
Le sommeil de ma femme

Réveillé soudain en pleine nuit
je l’entends parler à petits sanglots dans son sommeil,
ma femme depuis vingt ans couchée à côté de moi.
Par moments, je l’entends même pousser des gémissements.
On voit mieux le monde avec les lumières éteintes.

Quand on les entend de loin, peut-être les bruits de nos vies
ne sont-ils tous au fond que des gémissements.
Chacun de nous est destiné à être seul
et en prendre conscience n’est vraiment pas grand-chose
mais, ô ma femme qui apprends à sangloter discrètement dans ton sommeil
ô ton histoire qui gagne en profondeur de plus en plus !

(Mah Chong-gi)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

 

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Les oies sauvages (Mary Oliver)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Les oies sauvages

Tu n’as pas à faire preuve de bonté.
Tu n’as pas à faire pénitence
et parcourir cent kilomètres sur les genoux dans le désert.
Il te suffit de laisser le doux animal de ton corps aimer
ce qu’il a envie d’aimer.
Parle-moi de désespoir, de ton désespoir, et je te parlerai du mien.
Pendant ce temps, la Terre continue de tourner.
Pendant ce temps, le soleil et les perles limpides de la pluie
traversent les paysages,
balayant les prairies et les arbres enracinés,
les montagnes et les rivières.
Pendant ce temps, là-haut, dans le bleu pur du ciel,
les oies sauvages reviennent, une fois encore, au pays.
Qui que tu sois, quelle que soit la profondeur de ta solitude,
le monde s’offre à ton imagination,
comme les oies sauvages, il t’appelle de son cri strident
et exaltant.
Sans cesse, il proclame ta place
au sein de la famille des choses de l’univers.

***

Wild Gees

You do not have to be good.
You do not have to walk on your knees
for a hundred miles through the desert repenting.
You only have to let the soft animal of your body
love what it loves.
Tell me about despair, yours, and I will tell you mine.
meanwhile the world goes on.
meanwhile the sun and the clear pebbles of the rain
are moving across the landscapes,
over the prairies and the deep trees,
the mountains and the rivers.
meanwhile the wild geese, high in the clean blue air,
are heading home again.
Whoever you are, no matter how lonely,
the world offers itself to your imagination,
calls to you like the wild geese, harsh and exciting –
over and over announcing your place
in the family of things.

(Mary Oliver)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Comme toi (Roque Dalton)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Comme toi,
j’aime l’amour, la vie, le doux enchantement
des choses, le paysage
céleste des jours de janvier.

Aussi, mon sang bout
et mes yeux rient
qui ont connu le jaillissement des larmes.

Je crois que le monde est beau,
que la poésie est comme le pain, pour tous.

Et que mes veines ne finissent pas en moi
mais dans le sang unanime
de ceux qui luttent pour la vie,
l’amour,
les choses,
le paysage et le pain,
la poésie pour tous.

***

Yo, como tú,
amo el amor, la vida, el dulce encanto
de las cosas, el paisaje
celeste de los días de enero.

También mi sangre bulle
y río por los ojos
que han conocido el brote de las lágrimas.

Creo que el mundo es bello,
que la poesía es como el pan, de todos.

Y que mis venas no terminan en mí
sino en la sangre unánime
de los que luchan por la vida,
el amor,
las cosas,
el paisaje y el pan,
la poesía de todos.

***

Like you I
love love, life, the sweet smell
of things, the sky-
blue landscape of January days.

And my blood boils up
and I laugh through eyes
that have known the buds of tears.
I believe the world is beautiful
and that poetry, like bread, is for everyone.

And that my veins don’t end in me
but in the unanimous blood
of those who struggle for life,
love,
little things,
landscape and bread,
the poetry of everyone.

(Roque Dalton)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: oemas Clandestinos/Clandestine Poems
Traduction: Jack Hirschman
Editions: Curbstone

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LE COSTUME DU SOIR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



Illustration: Toni Demuro 
    
LE COSTUME DU SOIR

Sur le sol raviné
d’un paysage rafraîchi
un intrépide marcheur
pourvu par la charité
d’un vieux costume du soir
sent venir la mort
pour assez tard encore,
un fil s’est dépris de l’étoffe.
Donateur du vêtement noir
l’architecte va mener son pont
jusqu’à l’achèvement,
museau contre terre à ses pieds
un animal se repose
inconscient d’être né.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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SPIRALE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Illustration: Christian Lamirand
    
SPIRALE

Mon temps
avance en spirale.

La spirale
limite mon paysage
et me fait cheminer
plein d’incertitude.

Ô ligne droite! Pure,
lance sans chevalier,
comme rêve de ta lumière
mon sentier tournant!

(Federico Garcia Lorca)

 

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Lettres (Vincent Van Gogh)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018



Lettre à son frère Théo

J’ai aperçu de magnifiques terrains
rouges plantés de vignes,
avec des fonds de montagnes du plus fin lilas.
Et les paysages dans la neige
avec les cimes blanches
contre un ciel aussi lumineux que la neige,
étaient bien comme les paysages d’hiver
qu’ont fait les Japonais.

Lettre à sa mère et Will

Quant à moi, je suis entièrement absorbé par cette étendue infinie,
vaste comme la mer, des champs de blé qui couvrent les collines,
par la beauté des jaunes, la beauté des verts tendres,
le bel indigo des terres sarclées et labourées,
avec cette marqueterie régulière du vert des plants de pommes de terre en fleur,
tout cela dans une belle lumière aux tons
bleus, blancs, rosés, violets.
Je suis tout à fait dans la disposition,
presque de trop grand calme,
dans la disposition qu’il faut pour peindre cela.

Lettre à Paul Gauguin

J’ai encore de là-bas un cyprès avec une étoile, un dernier essai
-un ciel de nuit avec une lune sans éclat,
à peine le croissant mince émergeant de l’ombre projetée opaque de la terre –
une étoile à éclat exagéré, si vous voulez,
éclat doux de rose et vert dans le ciel outremer où courent des nuages.
En bas une route bordée de hautes cannes jaunes,
derrière lesquelles les basses Alpines bleues,
une vieille auberge à fenêtres illuminées orangée,
et un très haut cyprès, tout droit, tout sombre.

(Vincent Van Gogh)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Chansons mortes (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration
    
Chansons mortes

I
oiseaux dans la forêt chantez
tant que le vert persiste
car vite trop vite
tout défleurit

j’étais là-haut j’ai vu
la splendeur du monde
mais pourquoi pleures-tu
rossignol

et je suis descendu
passsant joie et peine
tout a changé le soir
ramène la fatigue

le vent glace
le faible vert
oiseaux adieu
je ne puis vous suivre

2
je me souviens des jours tendres
automne tu dressais
ta fantasmagorie
si colorée si pâle

ma vallée où sont tes frères
aujourd’hui désert
comment te reconnaître
tout est solitude

de ta bouche blafarde
sort une étrange mélodie
la terre s’entr’ouvre
j’aperçois le fond

chante toujours chante
couché je repose
le tilleul fait pleuvoir
sa feuille sur moi

3
déjà le retour des oiseaux
des chansons d’autrefois
ma jeunesse insouciante
revient-elle avec eux

mais je suis fou je pense
en voyant les nuages chasser
au vent d’automne les oiseaux
j’ai cru le printemps

sur la montagne un arbre abrite
le départ bruyant des oiseaux
l’arbre est las il agite
une dernière fois ses rameaux

4
en rêve je me suis vu
devant la maison de mon père
regardant l’heureuse vallée
de mon enfance
l’air était doux et jouait
parmi les feuilles printanières
l’essaim de pétales tombait
sur ma poitrine et mes cheveux

je m’éveille la lune
luit au coin du bois
sa pâle lueur éclaire
un pays inconnu de moi
je regarde et je vois
pétales de glace
le paysage blanc de neige
et mes cheveux d’âge

5
joie de l’aube des feuilles
les étoiles abîmées
migrent dans le coeur
célestes pensées

6
te rappelles-tu le jardin
le château au-dessus des arbres
et comme nous attendions
le printemps

est arrivé le musicien
le même chaque année
nous sommes sortis ensemble
dans le monde en fleurs

nous avons voyagé
envoyés dispersés
quand je demande de tes nouvelles
personne ne me répond

adieu château
que le couchant dore
dort le musicien
ivre de rêves

les parents sont morts
depuis longtemps
ceux qui sont restés
ne nous connaissent plus

***

Nachklänge

I
Lust’ge Vögel in dem Wald,
Singt, solang es grün,
Ach wer weiß wie bald, wie bald
Alles muß verblühn !

Sah ich’s doch vom Berge einst
Glänzen überall,
Wußte kaum, warum du weinst,
Fromme Nachtigall.

Und kaum ging ich über Land,
Frisch durch Lust und Not
Wandelt’ alles, und ich stand
Müd im Abendrot.

Und die Lüfte wehen kalt,
Übers falbe Grün,
Vöglein, euer Abschied hallt —
Könnt ich mit euch ziehn !

2
O Herbst, in linden Tagen
Wie hast du rings dein Reich
Phantastisch aufgeschlagen,
So bunt und loch so bleich !

Wie öde, ohne Brüder,
Mein Tal so weit und breit,
Ich kenne dich kaum wieder
In dieser Einsamkeit.

So wunderbare Weise
Singt nun dein bleicher Mund,
Es ist, als öffnet’ leise
Sich unter mir der Grund.

Und ich ruht’ überwoben,
Du sängest immerzu,
Die Linde schüttelt oben
Ihr Laub und deckt’ mich zu.

3
Schon kehren die Vögel wieder ein,
Es schallen die alten Lieder,
Ach, die fröhliche Jugend mein
Kommt sie wohl auch noch wieder ?

Ich weiß nicht, was ich so töricht bin !
Wolken im Herbstwind jagen,
Die Vögel ziehn über die Wälder hin,
Das klang wie in Frühlingstagen.

Dort auf dem Berge da steht ein Baum,
Drin jubeln die Wandergäste,
Er aber, müde, rührt wie im Traum
Noch einmal Wipfel und Aste.

4
Mir träumt’, ich ruhte wieder
Vor meines Vaters Haus
Und schaute fröhlich nieder
Ins alte Tal hinaus,
Die Luft mit lindem Spielen
Ging durch das Frühlingslaub,
Und Blütenflocken fielen
Mir über Brust und Haupt.

Als ich erwacht, da schimmert
der Mond vom Waldesrand,
Im falben Scheine flimmert
Urn mich ein fremdes Land,
Und wie ich ringsher sehe :
Die Flocken waren Eis,
Die Gegend war vom Schnee,
Mein Haar vom Alter weiß.

5
Es schauert der Wald vor Lust,
Die Sterne nun versanken,
Und wandeln durch die Brust
Als himmlische Gedanken.

6
Gedenkst du noch des Gartens
Und Schlosses überm Wald,
Des träumenden Erwartens :
Ob’s denn nicht Frühling bald ?

Der Spielmann war gekommen,
Der jeden Lenz singt aus,
Er hat uns mitgenommen
Ins blühnde Land hinaus.

Wie sind wir doch im Wandern
Seitdem so weit zerstreut !
Frägt einer nach dem andern,
Doch niemand gibt Bescheid.

Nun steht das Schloß versunken
Im Abendrote tief
Als ob dort traumestrunken
Der alte Spielmann schlief’.

Gestorben sind die Lieben,
Das ist schon lange her,
Die wen’gen, die geblieben,
Sie kennen uns nicht mehr.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Vivre, permanente surprise ! (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




    
Vivre, permanente surprise !

Vivre, permanente surprise !
L’amour de soi, quoi que l’on dise !
L’effort d’être, toujours plus haut,
Le premier parmi les égaux.
La vanité pour le visage,
Pour la main, le sein, le genou,
Tout le tendre humain paysage !
L’orgueil que nous avons de nous,
Secrètement. L’honneur physique,
Cette intérieure musique
Par quoi nous nous guidons, et puis
Le sol creux, les cordes, le puits
où lourdement va disparaître
Le corps ivre d’éternité.

– Et l’injure de cesser d’être,
Pire que n’avoir pas été !

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: L’honneur de souffrir
Traduction:
Editions:

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Le matin tu sortais (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



Le matin tu sortais
S’épuisaient les miracles
l’eau gelée du seau
les étoiles éparpillées de la vitre

Ce n’était peut-être que ton étonnement
que recomposait le paysage
ton amour qui s’ouvrait
avec les yeux de la neige.

(Christian Viguié)


Illustration: Utagawa Kuniyoshi

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