Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘paysage’

Paysage hollandais (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Johan Barthold Jongkind   
    

Paysage hollandais

Voici que s’alourdit en moi le lourd malaise,
L’eau mauvaise pourrit dans le morne canal…
Et je sens augmenter, dans mon coeur, tout le mal
Ainsi que se pourrit, là-bas, cette eau mauvaise…

C’est l’impuissant ennui de mon regard lassé.
La fièvre me surprend en traîtresse ennemie…
Avec terreur je vois cette face blêmie,
Qui fut mienne pourtant dans les jours du passé.

Nul cher baiser ne vient surprendre enfin mes lèvres
Et je n’espère plus secours ni réconfort.
Cette tristesse est plus terrible que la mort…
Que je hais cette eau trouble où s’embusquent les fièvres !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Solutions d’automne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

Brent Funderburk 3

Solutions d’automne

Tout, paysage affligé de tuberculose,
Bâillonné de glaçons au rire des écluses,
Et la bise soufflant de sa pécore emphase
Sur le soleil qui s’agonise
En fichue braise…

Or, maint vent d’arpéger par bémols et par dièzes,
Tantôt en plainte d’un nerf qui se cicatrise,
Soudain en bafouillement fol à court de phrases,
Et puis en sourdines de ruse
Aux portes closes.

– Yeux de hasard, pleurez-vous ces ciels de turquoise
Ruisselant leurs midis aux nuques des faneuses,
Et le linge séchant en damiers aux pelouses,
Et les stagnantes grêles phrases
Des cornemuses ?

La chatte file son chapelet de recluse,
Voilant les lunes d’or de ses vieilles topazes ;
Que ton Delta de deuil m’emballe en ses ventouses !
Ah ! là, je m’y volatilise
Par les muqueuses !…

Puis cà s’apaise
Et s’apprivoise,
En larmes niaises,
Bien sans cause …

(Jules Laforgue)

Illustration: Brent Funderburk

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RECRUES (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

guerre [1280x768]

RECRUES

Un baiser à la mère, un signe au frère
et un long brin de romarin à toi, grande rêveuse, mon amour !
et comme il convient: de la neige dans les champs,
du vin, de la lumière, des cithares
et que piaffe le cheval de l’autre côté de la haie…

Puis vous, compagnons: dans la belle chute de neige nocturne, en avant pour la danse,
enlacés et sautant au rythme de la cornemuse,
tandis qu’au clocher quelques coups secs retentissent et s’envolent sur le paysage,
sur ce paysage, sur cette maison
et sur cette fille que personne d’entre nous jamais ne verra plus!

Voilà qui est digne de nous! et montant en selle dans la rue silencieuse,
trotter étourdis, comme si cette nuit n’était qu’un souvenir,
le coq chantera, ça et là des fours luiront,
l’odeur du pain se lèvera… et dans les champs,
dans la poudroyante neige du Nord, au galop !

Ainsi nous quittons pères, mères, belles et douces amies ;
une chanson, les gars ! afin qu’un jour lorsque nous serons morts aux noms prononcés
notre mère souriante entre les larmes puisse dire :
Oh ! les malheureux
comme ils dansaient dans la neige, comme ils étaient gais !

(Gyula Illyès)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

UN BRUIT DE SOIE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



UN BRUIT DE SOIE.

Un bruit de soie plus lisse que le vent
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.
L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu trembles et luis comme un miroir
Tu m’offres le soleil à boire
À même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;
l’un et l’autre torche blanche,
grand vide de midi
Se chercher à travers le feu et l’eau fumée.
Les espèces du monde sont réduites à deux
Ni bêtes ni fleurs ni nuages.
Sous les cils une lueur de braise chante à tue-tête.
Nos bras étendus nous précèdent de deux pas
Serviteurs avides et étonnés
En cette dense forêt de la chaleur déployée.
Lente traversée.
Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton coeur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je l’imagine si juste que je défaille.
Mes mains écartent le jour comme un rideau
L’ombre d’un seul arbre étale la nuit à nos pieds
Et découvre cette calme immobile distance
Entre tes doigts de sable et mes paumes toutes fleuries.

(Anne Hébert)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je te l’ai dit (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017


confiance

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.

(Paul Eluard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Patience et long-vouloir (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Patience et long-vouloir

Patience et long-vouloir surveillent ton ouvrage,
Châtelaine, en la salle austère du moutier;
Près du vitrail gothique apporte ton métier,
Permets qu’à tes genoux se blottisse ton page.

Qu’importe si le vent, fantasque cavalier,
Déroule ses galops par les bois qu’il ravage,
L’archiluth a frémi dans l’ombreux paysage
Encadrant sur les murs un combat oublié.

La Palestine est loin et cruelle l’attente,
Ecoute la chanson dont la langueur te tente,
Patience et long-vouloir sont mauvais conseillers;

Mais les accords dolents à tes pieds effeuillés
Disent: « Hormis l’amour, tout est mirage et leurre! »
Baise les cils mouillés de ton page qui pleure.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pour ce ventre (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



POUR CE VENTRE QUI DOUCEMENT placé au paysage
Sur le plan du soleil la nuit coupablement
Cherche un ventre avec plaisir contraire,
Comment sortir de ce tourment? dit le Seigneur.

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Andrew Wyeth

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

VIEUX AVEC CANNE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Illustration: Salvador Dali

VIEUX AVEC CANNE

Les vieux quand ils se promènent
communiquent à distance,
leurs cannes claquant le sol ferré de l’hiver,
un, deux, répondant trois,
aussi irrégulier que le pouls sénile
qui les réchauffe un peu.

Tirées de la pochette qui pend
tel un testicule fané à leur taille ceinturée,
des perles sans lustre passent sans passion de l’un à l’autre ;
Les pierres ternes mais tenaces de la haine
sont entre eux trafiquées en douce.

Et la jeunesse avec honte
s’écarte de qui l’aime,
baisse les yeux et couvre
le lustre de sa nudité,
tousse et ne peut rendre le regard bien-aimé.

Les anciens, les anciens se promènent
sans but dans un paysage terne.
La lune est un faucon, à capuche ;
il va geler. Il va vraiment geler,
quand la cloche du lieu retentira
seules des cannes fanées claqueront sur le triste sol ferré de l’hiver.

***

OLD MEN WITH STICKS

Old men walking abroad
communicate across distances
by sticks clumping the iron earth of winter,
one, two, answering three,
irregular as the senile pulse
that warms them dimly.

Drawn from the pouch that hangs
like a withered testicle at the belted waist,
pearls without luster are passed without passion amongst them;
the dim but enduring stones of hatred
are trafficked amongst them by stealth.

And youth from his lover
draws apart in shame,
looks down and covers
the luster of his nudity,
coughs and cannot return the beloved look.

The ancients, the ancients are walking
aimlessly the dim country.
The moon is a falcon, hooded;
there will be frost. There will indeed be frost
when the bell of space rings
with only withered sticks clumping winter’s iron earth dully.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Versets d’un panthéiste (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



Versets d’un panthéiste

Perds-moi l’étoile
— dit le poète —
traverse-moi de la flèche de la distance

bois-moi la source
— dit celui qui boit —
bois-moi jusqu’au fond au néant

qu’on me donne de bons yeux
pour dévorer les paysages

les mots censés protéger mon corps
qu’ils m’apportent l’abîme

l’étoile prendra racine sur mon front
la source déshumanisera mon visage —

puis tu t’éveilleras silencieux
dans les paumes de l’immobilité

au coeur des choses

(Zbigniew Herbert)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A terre, épouvanté (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



A terre, épouvanté,
dans sa pose anguleuse d’insecte mort,
l’arbre gît, dépouillé du chant qui le hantait.

Faille bleue au paysage.
Quelle saison saura combler
les vertiges de l’absence?

Comme le geste inachevé
de ma main vers ta chevelure
qu’un vent de cauchemar disperse dans la nuit.

(Jean Joubert)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :