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Poésie

Posts Tagged ‘pêche’

Nulle reine (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019


monet

Nulle reine
mais la terrasse hospitalière
de ta joue
violente comme une pêche à l’aube
reçoit le soleil d’orange

(Tahar Bekri)

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Le ciel, laque bleue, s’assombrit; on entend mieux chanter l’ocarina (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Le ciel, laque bleue, s’assombrit;
On entend mieux chanter l’ocarina.
Ce n’est qu’un chalumeau d’argile.
Il n’a aucune raison de se plaindre.

Qui lui a raconté mes péchés ?
Pourquoi veut-il me pardonner?…
Est-ce que cette voix répète
Les derniers vers que tu as faits pour moi?…

(Anna Akhmatova)

Illustration

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Scène de pêche (Gao Fenghan)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2019



Scène de pêche

(Gao Fenghan)

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Sans Mots Dire (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Olivier G. Boiscommun
    
Sans Mots Dire

Tel un martyr, tu gis dans mes draps, Ies bras en croix.
Toucher, caresser, lécher, sucer…
Tout ce qui peut te contenter serait aisé
Si l’on pouvait oublier que ce péché si décrié
N’existe qu’en vue de te troubler!
Et que c’est juste de l’amour!
Tout court!

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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Ton rire (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Ton rire

Les fleurs se prosternent
Devant tes pas menus
Tu ris dans l’herbe
Sous un gai soleil
Ou sous la pluie
Qui te fait cet adorable visage
Mouillé qui reste enjoué
Et qu’on a envie d’essuyer
Non avec un mouchoir
Mais avec des baisers
Et dans la candeur de l’aube
Ton regard en prend la couleur

Tu ris sous le feuillage attentif
D’un arbre qui songe
Déjà à une abondance de fruits
Rien que pour te faire plaisir
Car il aime te voir croquer ses pommes
Et danser autour de lui
Dans le pré verdoyant
En légère robe d’été
Qui incite au péché.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Kendrick Sydney

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POUR MON ENFANT FRAIS (Denise Jallais)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



POUR MON ENFANT FRAIS

Comme une petite pêche mûre
Tu vas tomber dans ma vie
Et je te cueillerai avec soin
Pour garder longtemps
Ton odeur de fruit
Et ta peau d’aurore
Tu dormiras
Tes cils sur ta joue
Comme de l’herbe marine
Et je te regarderai
Etonnée d’être à la fois
L’arbre
Et la terre (…)

Noël est plein de sapins
Les repas de famille
Sentent le gigot et l’ennui
Toi
Tu n’y comprends rien
Tu voudrais manger les bougies
Alors
Je te donne Bambi la biche
Et pour mieux t’endormir
Tu lui mords l’oreille

(Denise Jallais)

Illustration: Julia Pappas

 

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Péché originel (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018



Péché originel :
Je suis condamnée, étant née,
A jeter l’ombre humaine;
Nous voilons chacun notre soleil,
Sans avoir fait, mais en étant, ce mal.

***

Original sin :
I stand condemned, being born,
To cast the human shadow;
We darken each our sun,
Who have not done, but are, that wrong.

(Kathleen Raine)

Illustration: Teresa Carbonell

 

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DEUX INVOCATIONS DE MORT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




DEUX INVOCATIONS DE MORT

I

Mort, je me repens
De ces mains, de ces pieds
Qui pendant quarante ans
Ont été les miens
Et je me repens
De la chair et de l’os,
Du coeur et du foie,
Des cheveux et de la peau
Délivre-moi, mort,
Du visage et de la forme,
De tout ce que je suis.

Et je me repens
Des formes de la pensée,
Des habitudes de l’esprit
Et du coeur perclus
Par l’ancienne douleur,
Des traces de mémoire
Flétries et usées
Des lieux évanouis
Et de ces visages
Qui n’ont pas été
Bien vus ni compris,
Délivre-moi, mort,
Des mots dont j’ai usé.

Non pas tel ou tel acte
Mais tout est mal
De ce que j’ai fait,
Et j’ai vu
Douleur et péché
Souiller le monde —
Délie-moi, mort,
Pardonne, efface
Des lieux et du temps
La trace de tout
Ce que j’ai été.

II

Je suis venue d’un lieu
En dehors du temps,
Née du battement d’un coeur
Ignorant la douleur.
Le soleil et la lune,
Le vent et le monde,
Le chant et l’oiseau
Ont traversé ma pensée
Dans un temps sans limite.
Connaîtrai-je enfin
Mon bonheur perdu ?

Dis-moi, mort,
Combien de temps dois-je pleurer
Ma propre douleur.
Alors que je demeure
Le monde finit,
Les forêts s’écroulent,
Les soleils s’effacent,
Alors que je suis là
L’aujourd’hui finit
Et dans mes bras
Les vivants meurent.
Arriverai-je enfin
Au commencement perdu ?

Des mots et des mots
Pleuvent dans mon esprit
Comme du sable dans la coquille
Du labyrinthe de l’oreille,
Le désert du cerveau
Fait de villes, de solitudes,
Rêves, rêveries
Et l’immense oubli.
Apprendrai-je enfin
Le sens perdu ?

Oh mon amour perdu
Je t’ai vu t’envoler
Au loin comme un oiseau,
Comme un poisson me fuir,
Comme une pierre m’ignorer,
Dans le dédale d’un arbre
Tu as fermé contre moi
Les espaces de la terre,
Prolongé la distance
Infinie des étoiles,
Et tes yeux étranges
Ne m’ont pas reconnue,
Epine tu m’as blessée,
Feu tu m’as brûlée,
Griffes tu m’as déchirée.
Combien de temps devrai-je endurer
Le moi et l’identité —
Trouverai-je enfin
Mon être perdu ?

***

TWO INVOCATIONS OF DEATH

I

Death, I repent
Of these hands and feet
That for forty years
Have been my own
And I repent
Of flesh and bone,
Of heart and liver,
Of hair and skin —
Rid me, death,
Of face and form,
Of all that I am.

And I repent
Of the forms of thought,
The habit of mind
And heart crippled
By long-spent pain,
The memory-traces
Faded and worn
Of vanished places
And human faces
Not rightly seen
Or understood
Rid me, death,
Of the words I have used.

Not this or that
But all is amiss,
That I have done,
And I have seen
Sin and sorrow
Befoul the world
Release me, death,
Forgive, remove
From place and time
The trace of all
That I have been.

From a place I came
That was never in time,
From the beat of a heart
That was never in pain.
The sun and the moon,
The wind and the world,
The song and the bird
Travelled my thought
Time out of mind.
Shall I know at last
My lost delight?

Tell me, death,
How long must I sorrow
My own sorrow?
While I remain
The world is ending,
Forests are falling,
Suns are fading,
While I am here
Now is ending
And in my arms
The living are dying.
Shall I come at last
To the lost beginning?

Words and words
Pour through my mind
Like sand in the shell
Of the ear’s labyrinth,
The desert of brain’s
Cities and solitudes,
Dreams, speculations
And vast forgetfulness.
Shall I learn at last
The lost meaning?

Oh my lost love
I have seen you fly
Away like a bird,
As a fish elude me,
A stone ignore me,
In a tree’s maze
You have closed against me
The spaces of earth,
Prolonged to the stars’
Infinite distances,
With strange eyes
You have not known me,
Thorn you have wounded,
Fire you have burned
And talons torn me.
How long must I bear
Self and identity —
Shall I find at last
My lost being?

(Kathleen Raine)

Illustration: Ibara

 

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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A une mendiante rousse (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Toulouse-Lautrec jpg [800x600]

A une mendiante rousse

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu’une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d’un haillon trop court,
Qu’un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;

En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d’or
Reluise encor ;

Que des noeuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l’escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d’un Valois !

– Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Toulouse-Lautrec

 

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