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Poésie

Posts Tagged ‘pelage’

Le chou (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020




    
Le chou

Un chou se prenant pour un chat
léchant son museau moustachu,
sa bedaine de pacha,
à ses feuilles s’arracha,
pour prouver que sous son poncho
couleur d’artichaut,
son pelage était doux et chaud,
sa queue de soie, sa robe blanche.

En miaulant à belle voix,
le chou se percha sur un toit,
puis dansa le cha-cha-cha
de branche en branche.
Or, le chou n’était pas un chat
aux pattes de caoutchouc,
sur la ramure il trébucha,
et c’est ainsi que le chou chut
fâcheusement et cacha
sa piteuse mésaventure
dans un gros tas d’épluchures.

(Charles Dobzynski)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration

    
BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL

Tes doigts distraits, à force d’indolence,
de se dénouer, d’effleurer tes cheveux,
tes doigts légers, écheveau d’impatience,
ont inventé un pelage et deux yeux.

Un écureuil se glisse auprès de moi,
courtois et roux comme un bois en automne
sensible aux mots, aux regards, à la voix,
un écureuil, attentive personne.

Il me regarde et je regarde ailleurs.
Comment répondre à son appel discret ?
La vie est là, et moi toujours ailleurs,
pas plus que lui je ne sais le secret.

Être écureuil est un jeu difficile
hors des forêts, très loin des noisetiers.
Notre lit n’est pas arbre ni asile,
être écureuil ici devient très malaisé.

Tes doigts distraits, à force d’innocence,
ont effacé en peignant tes cheveux
cet écureuil, ce timide non-sens
qui vit ici – parce que je le veux.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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CE QUE DIT L’OUVRIER (Zalman Shneour)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019




    
CE QUE DIT L’OUVRIER

De petits hommes capturent les baleines géantes
Pour transformer leurs fanons en corsets ;
Ils prennent à la queue du casoar deux ou trois plumes,
Au tigre, son pelage bigarré
Pour faire une carpette au pied d’un lit bourgeois.
Moi, la ville m’a capturé
Pour coudre sans fin des boutons.
Fil par-ci, aiguille par-là…
Tant de sensations et de chants nostalgiques
Tant de rêves et tant d’humaines passions
Et tout cela ne donne que boutons,
Fil par-ci, aiguille par-là,
Et reboutonne et déboutonne
La joie de créer, la pensée,
Ainsi jour et nuit jusqu’à l’heure
Où l’on entre dans la mort.
Il me semble déjà moi-même être un bouton.
Je me couds, je me couds à la vie
Sans pouvoir m’attacher,
Bouton dessus, forces perdues,
Je ne puis, bouton, me coudre moi-même.

(Zalman Shneour)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Genêt (Frédéric Jacques Temple)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2019



Illustration

    
Genêt

Gouttes d’or
en suspens
entre le ciel
et le pelage
des garrigues.

(Frédéric Jacques Temple)

 

Recueil: Dans l’erre des vents
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Animal (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Animal

Madame un jour je caressais quelque pelage
D’égaré ou de fantasque au soleil poudreux
C’était un chat soyeux, tigre ou chat des chartreux
Qu’importe si ce chat était tendre ou sauvage

Ou si le nombre des félins par moi flattés
Dépasse le millier par toutes les années
Où j’ai choyé leur patience illimitée
Dans tellement de fourrures et de fumets

Que je les confonds tous, parfum fort et souplesse
Dans le même creuset où leur ardeur se coule
Mais ce jour-là c’est la toison de toi,
Maîtresse

Qui s’est creusée à mes doigts souples sur la fente
Où l’animal cède à la rondeur de la pente
Sûre de sa ferveur et d’humidité soûle

(Jacques Chessex)

 

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L’AMOUREUSE (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2019



L’AMOUREUSE

Aussi mystérieuse en sa blancheur qu’une bête en son pelage,
elle attend l’effrayant plaisir. La douceur de ses seins ne la protège plus.

Pour qu’il ne regarde que ses yeux elle les fait radieux,
suppliant qu’elle ne soit pas une vision tenue à bout de hanches.

Elle a tant fait pour être présente et que le malheur soit comblé…
Elle se renverse dans son double, d’un bloc, comme une pelletée de terre dans un fossé.

La ville peut refermer son dos sur eux.
Elle sortira par les petits guichets du matin,
la peau à vif couverte jusqu’au menton.

(Guy Bellay)

 

 

 

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Onctueux le chat (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

Onctueux le chat
se coule dans un rêve
lui impose son rythme

Liquide il abolit
la densité des os
étire son squelette

Au creux des arbres
il flaire ses origines
feuillage et pelage

Son royaume sans âge
de courbes et frémissements
et d’envols furtifs

Vigilant fainéant
s’endort attentif
au silence des oiseaux

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Le chat noir (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018




    
Le chat noir

Un fantôme est encor comme un lieu
où ton regard se heurte contre un son;
mais contre ce pelage noir
ton regard le plus fort est dissous :

ainsi un fou furieux, au paroxysme
de sa rage, trépigne dans le noir
et soudain, dans le capitonnage sourd
de sa cellule, cesse et s’apaise.

Tous les regards qui jamais l’atteignirent,
il semble en lui les recéler
pour en frémir, menaçant, mortifié,
et avec eux dormir.

Mais soudain, dressé vif, éveillé,
il tourne son visage — dans le tien :
et tu retrouves à l’improviste
ton regard dans les boules d’ambre
jaune de ses yeux : enclos
comme un insecte fossilisé.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Ivre (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018




    
Ivre, les yeux ouverts dans la maison stérile,
n’évitant pas les feux dans le creux des collines,
si je tiens un roseau leur souffle le consume
et laisse dans ma chair une longue brûlure
et la sensation de la fragilité.

Ô réserve et repos, dans un étrange exil,
sur tous les bords du ciel, des sources et des brises,
où l’étincelle change en parcelle de neige,
où de grandes clartés éblouissant l’espace,
ignorent que je marche à travers les périls,

parfois dévale un des torrents de l’insomnie,
là vivent à leur aise et trouvent leurs amours
les animaux sans nom, les charmantes figures
qui fixeront sur moi pendant une seconde
leur œil étincelant d’un singulier génie,

l’un d’eux va me sauver, l’un d’eux va me guider,
son pelage inondé de l’innocente averse,
vers le seuil ruisselant, siège des arcs-en-ciel
où viennent s’abreuver les oiseaux des présages,
le sang nouveau se mêle à la jeune rosée
et la biche aux yeux clairs qui vint guider mes pas
disparaît, quand mes bras s’ouvrent dans le printemps.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES ZOOLOGIES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018


 


 

Igor Morski -9 [1280x768]

LES ZOOLOGIES

Un poisson nage au fond de ma poitrine,
Un oiseau plane au creux de mon cerveau.
Je me soumets à leurs libres critiques :
Ils ont la grâce éclatante des mots
Venus tout droit de leurs zoologies.

Ce manuscrit, qu’en dirait le coyote,
Et ce roman, plairait-il au lézard ?
Cette musique, est-ce toi qui la portes
Ou l’hirondelle ou le sage cafard ?
Et si mon corps n’était que faune et flore !

Jamais genette ici ne put survivre.
Les animaux fiancés à la mort,
En s’enfermant dans leurs prisons de cuivre
Ont fait chanter mon âme un peu plus fort.
Je les aimais du fond de mes élytres.

Zèbre ici-bas de pampas se contente
Et zèbre ailleurs marche au fond de la mer.
Un rouge-gorge est un bijou qui chante,
Une prunelle un oiseau toujours vert
Et chaque lèvre un frisson d’eau dormante.

Ils sont tous là : aigles, poissons, virgules
Et double V, redoutable animal.
Tout leur cortège en ma phrase circule,
Un cri s’élève : amour est le fanal,
Je suis gardé par ses tendres globules.

Il n’est qu’ara pour parler de contrainte,
Il n’est que lièvre à dévorer le vent.
Je me soumets, animaux, à vos plaintes.
Toute douleur est préface du chant,
Vivez en moi, frères venus des limbes.

Imprimez-vous en ma peau, lettres vives,
Et gardez-moi d’oublier vos pelages.
Qu’un livre soit le jumeau, le sosie
Des animaux échappant à nos cages.
Un tigre d’or circule dans mes phrases,
La coccinelle est au bout de ma ligne,
Tout livre est jungle où la parole est libre.

(Robert Sabatier)

Illustration: Igor Morski

 

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