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Poésie

Posts Tagged ‘pelle’

L’Ennemi (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




L’Ennemi

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

— O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

(Charles Baudelaire)

Illustration: Francisco Goya

 

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PLUTOT QUE DE DEVOIR MOURIR (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



 

Igor Morski   (4)

PLUTOT QUE DE DEVOIR MOURIR

Homme, plutôt que de devoir mourir,
Que n’accepterais-tu de devenir ?
Bien volontiers tu descendrais l’échelle
Et de bon coeur tu manierais la pelle,
Toi comte, si fier de ton rang hautain,
Tu accepterais d’être ton larbin,
Et dépouillant bagues, bracelet-montre,
Tu décrotterais les chevaux sans honte.
Toi, l’évêque, pour qu’on ne cloue tes planches,
De ton linceul, tu trousserais les manches.
Pour mieux serrer l’outil, grand magistrat,
Tu graisserais tes paumes d’un crachat.
Où s’en vont les morts? Effrayant mystère…
Tu serais vacher, pour rester sur terre,
Voire équarisseur — et non pour un an,
Mais pour tout un siècle. Des nuits durant,
Bringueballant par la boue et le noir,
Tu ferais le maquignon dans les foires.
Tu irais encor plus bas sans façon :
Tu passerais les briques au maçon ;
Tu laverais les tripes nauséeuses
Dans des cours glacées, pauvre miséreuse…
Car tu accepterais de devenir
N’importe quoi plutôt que de mourir :
Bohémienne, s’il le fallait, ou nègre,
Esquimau, nain, bouffon… D’un coeur allègre,
Tu abandonnerais même à jamais
Ton humaine forme, et tu te ferais
Oiseau migrateur, corbeau, ou encore
Renard affamé, cheval aux yeux morts ;
Ou rien qu’un arbre, un rosier, par exemple,
Voire un saule creux… Ou l’herbe qui tremble,
Ou l’insecte qui habite dessous ;
Moins encore : un ver ou même la boue,
Ignoble berceau mais qui a sa part
Du chaud soleil et lui rend son regard.

(Gyula Illyès)

Illustration: Igor Morski 

 

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Les os des morts (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



Les os des morts

Les os des morts
savent poudrer d’une glace subtile
les bouches de ceux qui aimèrent.
A tout jamais ils les empêchent d’embrasser !

Les os des morts
jettent leur blancheur à 1a pelle
sur la flamme brûlante de la vie.
Ils lui tuent toute ardeur!

Les os des morts
ont un pouvoir plus grand que la chair des vivants.
Car bien qu’épars ils sont de durs chaînons
qui nous retiennent, soumis et captifs!

***
Los huesos de los muertos

Los huesos de los muertos
hielo sutil saben espolvorear
sobre las bocas de los que quisieron.
¡Y éstas no pueden nunca más besar!

Los huesos de los muertos
en paletadas echan su blancor
sobre la llama intensa de la vida.
¡Le matan todo ardor!

Los huesos de los muertos
pueden más que la carne de los vivos.
¡Aun desgajados hacen eslabones
fuertes, donde nos tienen sumisos y cautivos!

(Gabriela Mistral)


Illustration


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L’ANXIÉTÉ (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
L’ANXIÉTÉ

Au-dessus du précipice
passent des nuées
lorsque s’assombrissent les champs
dans le silence de veillée
que la pelle à feu
en tombant sur la pierre
fait frémir la paysanne
qui dans l’anxiété
fait un bouquet
de fleurs et feuilles
puis faiblement chante
en souvenir
de son fils le meilleur.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un jour, un âne tomba dans un puits (Conte Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018




    
Un jour, un âne tomba dans un puits.
Durant des heures, l’animal gémit pitoyablement
et le fermier à qui appartenait l’âne se demanda quoi faire.
Finalement, il décida que l’animal était vieux
et que le puits pouvait disparaître.
De toute façon, ni l’un ni l’autre n’était plus rentable.

Il demanda à quelques voisins de venir l’aider.
Tous prirent une pelle et commencèrent à boucher le puits.
Au début, quand l’âne réalisa ce qui se passait,
il se mit à braire horriblement.
Puis, à la stupéfaction générale,
il se tut. La besogne se poursuivit.

Au bout d’un moment,
le fermier finit par regarder au fonds du puits.
Il fut consterné par ce qu’il vit.
Après chaque pelletée qui tombait sur lui,
l’âne s’ébrouait pour rejeter la terre et la piétinait.

Un peu plus tard, l’âne apparut,
sortit du puits et se mit à gambader…

(Conte Anonyme)

 

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FASTES (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017




    
FASTES

L’été chantait sur son roc préféré quand tu m’es apparue,
l’été chantait à l’écart de nous qui étions silence, sympathie, liberté triste,
mer plus encore que la mer dont la longue pelle bleue s’amusait à nos pieds.

L’été chantait et ton cœur nageait loin de lui.
Je baisais ton courage, entendais ton désarroi.
Route par l’absolu des vagues vers ces hauts pics d’écume
où croisent des vertus meurtrières pour les mains qui portent nos maisons.
Nous n’étions pas crédules.
Nous étions entourés.

Les ans passèrent.
Les orages moururent.
Le monde s’en alla.
J’avais mal de sentir que ton cœur justement ne m’apercevait plus.
Je t’aimais.
En mon absence de visage et mon vide de bonheur.
Je t’aimais, changeant en tout, fidèle à toi.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le malheur à ma mesure (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




Le malheur à ma mesure

J’ai mesuré le malheur avec une pelle
puis avec une petite cuiller
je me suis servi d’une louche
d’une écumoire (c’était malin)

j’ai chassé le malheur avec une pelle
avec un balai puis avec un torchon
j’ai essayé l’aspirateur
et même un simple éventail

je me suis imaginé des tas de choses
j’ai vécu comme j’ai pu
et me revoilà – à mon âge –
mesurant le malheur à ma propre mesure

(Raymond Queneau)

Illustration: Valentina Solovyov

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Exécution (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Exécution

Je creuse ma fosse comme il faut, comme ils le disent.
Je cherche dans la terre aujourd’hui un réconfort.

Une poussée et un coup – et un ver en sort :
Il tremble en dessous de moi, brisant mon cœur.

Ma pelle le traverse – et miracle, je vois:
Le ver se divise – il devient deux, il devient trois.

Je le coupe à nouveau : ils sont quatre, ils sont cinq –
Était-ce moi qui ai créé toutes ces vies ?

Puis le soleil perce à travers mon âme sombre
Et un nouvel espoir me rend fier et fort :

Si même un ver ne meurt pas sous la lame,
Peux-tu toi homme, dire que tu es moins d’un ver ?

(Avrom Sutzkever)

 

 

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BALLADE DES MAUVAISES PERSONNES (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

Mark Kostabi 882 [1280x768]

BALLADE DES MAUVAISES PERSONNES

Qu’on vive dans les étincelles
Ou qu’on dorme sur le gazon
Au bruit des râteaux et des pelles,
On entend mâles et femelles
Prêtes à toute trahison,
Les personnes perpétuelles
Aiguisant leurs griffes cruelles,
Les personnes qui ont raison.

Elles rêvent (choses nouvelles !)
Le pistolet et le poison.
Elles ont des chants de crécelles,
Elles n’ont rien dans leurs cervelles
Ni dans le coeur aucun tison,
Froissant les fleurs sous leurs semelles
Et courant des routes (lesquelles ?)
Les personnes qui ont raison.

Malgré tant d’injures mortelles
Les roses poussent à foison
Et les seins gonflent les dentelles
Et rose est encor l’horizon ;
Roses sont Marie et Suzon !
Mais, les autres, que veulent-elles ?
Elle ne sont vraiment pas belles,
Les personnes qui ont raison.

ENVOI
Prince, qui, gracieux, excelles
A nous tirer de la prison,
Chasse au loin par tes ritournelles
Les personnes qui ont raison.

(Charles Cros)

Illustration: Mark Kostabi

 

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Ah! baiser la main d’une femme d’une monde (Serge Gainsbourg)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



Ah! baiser la main d’une femme d’une monde
Et m’écorcher les lèvres à ses diamants
Et puis dans la jaguar
Brûler son léopard
Avec une cigarette anglaise
Et s’envoyer des dry au Gordon
Et des Pimm’s
Number one
Avant que de filer chez Maxim’s
Grand seigneur
Dix sacs au chasseur
Enfin
Poser
Ma pelle
Et chauffer
Ma gamelle

(Serge Gainsbourg)

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