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Posts Tagged ‘pendu’

De passage (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



Anthony Lhéritier 1

De passage

Pour mieux jouer mon personnage
J’avais cet orgueil ingénu
De me présenter humble et doux

Et vous ne m’avez pas pendu
Tandis que j’étais parmi vous
Pieds nus
En chemise et la corde au cou

Amis, vous m’avez bien déçu.

Chez nous on meurt par habitude
Pour survivre à titre posthume.

(Anthony Lhéritier)

 

 

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CHANT No X (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

Boris Anguélouchev _Vassil Levski

CHANT No X

Mort aux rats. Pif !
Pif, Pif, Pif, Pif, Kr.
KR. KR. KR.
Le rat agonise au grenier.
Strychnine.
O mes jeunes jours,
Comme le soleil silencieux au grenier.
Du haut du toit me parvient le parfum des tilleuls.
Cre, cre, cre, cre
Crève,
Homme.
Homme.
Homme.
A 8 heures il y a conférence
Sur les idéaux humanistes.
Les journaux publient les photos
Des pendus bulgares.
Les gens ?
Ils lisent et craignent Dieu.
Mais Dieu est en disponibilité.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Boris Anguélouchev

 

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IVRESSE DE MORT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

Otto Dix   Painting 156 [1280x768]

IVRESSE DE MORT

Tout est gris, silence, mort.
Les hommes voltigent
Comme chauves-souris
De pierre en pierre.
Exténués de vol,
Las, tués.

Leurs coeurs sont minéraux,
La sève n’irrigue plus leurs branches,
L’esprit n’enfante plus l’espoir.
Les coeurs sont secs.

Meubles à l’encan,
Coeurs au clou,
Raisons enrôlées,
La foule se pend aux croisées.

Les suicidés,
Les pendus
Oscillent aux fenêtres.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Otto Dix 

 

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Le désordre (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



Avec ce peu de temps qui m’est alloué
peu me soucie le désordre que crée
l’ordre de branle-bas. Perdue d’avance
chaque bataille. Admirez le malchance,
la gare éteinte et les trains déraillés,
les ponts pendus sur les astres noyés.
La nue s’effondre où se perchaient les dieux.
Notre avenir est bien plus ancien qu’eux.

(Jean Grosjean)

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Je la connais (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 


    
Je la connais

Le tintement de l’heure au sommet des églises
scande un pas solitaire et mon ombre perdue
se débat sur les murs en sursauts de pendu
la nuit vient maquiller la maigre fiancée grise

si je dors elle arrive et tempête chez moi
si je dis le vin bon elle brise mon verre
si je gagne au bonheur elle envoie d’un revers
rouler le jeu je ne sais plus ce que je crois

si je serre une main elle crache dessus
si je montre le blanc elle exhibe le noir
elle brille et s’aiguise à la meule du soir
elle rit elle danse et je suis son bossu

ma sans-sommeil ô ma grinçante
ma questionneuse ma rusée
ma radoteuse ma butée
mon frein brûlé ma folle pente

je suis ta chose et tu me hantes
toi le marteau qui sans fin plantes
dans mon étau les treize coins
des questions de ta question.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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CONTE D’HIVER (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




CONTE D’HIVER

La lumière du vent dans les pins :
ces signes de tristesse incandescente,
est-ce que je les comprends ?

Un pendu se balance dans l’arbre marqué de la croix lilas.

Jusqu’au moment où il a réussi à se glisser hors de mon rêve
et à entrer dans ma chambre, par la fenêtre,
avec la complicité du vent de minuit.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration; Vincent Desiderio

 

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L’éclat aveugle et net (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2018




    
Alors qu’on s’entretient tout bas
de ce qui, à jamais, nous dépasse,
l’éclat aveugle et net du drap
pendu au fond du verger, entre deux arbres.

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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Si je suis dans ton сoeu (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Si je suis dans ton сoeuг écoute mes pensers
Que ta main soit belle ta main droite
Que ton sein soit blanc bleuté irisé de jaune, ton
coeuг gauche
Avec sa pointe en mouvement de rose vieille

Que ton ventre poli
Soit doux amer
Urne blonde pendue
Sur ses grands cintres

Que ton dos s’achève en montagnes triomphantes
Par delà les vallées sans crainte
Que la gravité de ta voix soit l’écho de l’odeur secrète

Que le silence de tes cheveux se répande sur tes
épaules pour faire dans une boucle se dérouler
l’éternel.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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TOMBEAU DU NÉANT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Alexandre Folliot
    
TOMBEAU DU NÉANT

Ci-gît la vie,
ci-gît le rire,
ci-gît tout ce qui planait sur la montagne,
tout ce qui dansait au son de la résine ;
ci-gît un homme qui n’eut que le tort d’exister,
ci-gît un enfant qui crut saisir un peu d’espace.

Mort l’arc-en-ciel, vieux châle décrépi ;
morte la comète, d’avoir voulu se reposer ;
et l’arbre s’est pendu du haut de sa propre cime,
et le vautour s’est étranglé de son aile puissante,
et le poisson explosa en découvrant la brise pure.

« Désolées », disent les roches, et les voilà qui se réduisent en amadou ;
« Peinées », disent les vagues, et les voilà qui se transforment en écailles.
Où est celui qui s’obstinait à devenir lui-même ? on l’a tué ;
où est celui qui cherchait à savoir pourquoi l’on parle
pourquoi l’on pleure ? nulle part, il fut écorché vif.

Ci-gît quoi donc ? personne n’ose en discuter.
Ci-gît, pourquoi le dire ? quelqu’un sur qui déjà galope la bourrasque;
ci-gît ce qui est trop éphémère pour qu’on l’appelle mort ;

ci-gît…
qui donc encore comprend l’épitaphe ?
qui donc encore conçoit le deuil ?
qui donc encore s’émeut de voir
les gens tomber, les choses disparaître ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ballade des pendus (Fabrizio De André)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Ballade des pendus

Nous mourûmes tous à grand peine
avalant un dernier cri
donnant des coups de pied au vent
nous vîmes la lumière s’estomper.

Le hurlement emporta le soleil
l’air se resserra
des cristaux de mots
le dernier blasphème.

Avant que tout ne fût fini
nous rappelâmes aux vivants
que le prix à payer pour mal
fait en une heure est la vie.

Puis nous glissâmes dans le froid
d’une mort sans abandon
récitant l’antique credo
de ceux qui meurent sans pardon.

Que celui qui se moqua de notre défaite,
de la grande honte, d’être
étouffé de la sorte
apprenne à connaître le nœud.

Que celui qui répandit la terre sur nos os
et reprit tranquillement son chemin
rejoigne lui aussi la fosse hagard
dans la brume du petit matin.

Que la femme qui cacha derrière un sourire
la gêne de se souvenir de nous
découvre chaque nuit sur son visage
une insulte du temps et une scorie.

Nous cultivons pour tous une rancœur
qui a l’odeur du sang coagulé
ce qu’alors nous appelâmes douleur
n’est qu’une conversation suspendue.

***

Ballata degli impiccati

Tutti morimmo a stento
ingoiando l’ultima voce
tirando calci al vento
vedemmo sfumar la luce.

L’urlo travolse il sole,
l’aria divenne stretta
cristalli di parole
l’ultima bestemmia detta.

Prima che fosse finita
ricordammo a chi vive ancora
che il prezzo fu la vita
per il male fatto in un’ora.

Poi scivolammo nel gelo
di una morte senza abbandono
recitando l’antico credo
di chi muore senza perdono.

Chi derise la nostra sconfitta
e l’estrema vergogna ed il modo
soffocato da identica stretta
impari a conoscere il nodo.

Chi la terra ci sparse sull’ossa
e riprese tranquillo il cammino
giunga anch’egli stravolto alla fossa
con la nebbia del primo mattino.

La donna che celò in un sorriso
il disagio di darci memoria
ritrovi ogni notte sul viso
un insulto del tempo e una scoria.

Coltiviamo per tutti un rancore
che ha l’odore del sangue rappreso
ciò che allora chiamammo dolore
è soltanto un discorso sospeso.

(Fabrizio De André)

 

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