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Poésie

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Un regard en arrière (Mary Low)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2016



Un regard en arrière

J’écoute le lent et continu tic-tac des ténèbres,
Et questionne, comme parfois jadis :
« Es-tu là ? »

Le vent bâille, je l’ennuie ;
sa longue main caressante
réconforte les feuilles énervées,
applatit leurs pennes.

De hautes ombres se dressent
comme statues contre le ciel.
La nuit est tombée sans qu’on s’en aperçoive.
Me voici seule, derechef.

« Es-tu là ? »
Bien sûr que non.
Personne n’est jamais là.
Je savais déjà la réponse.
Alors pourquoi questionner ?

Je referme mes lèvres sur l’air sans état d’âme,
j’accepte tout
j’embrasse l’obscurité.

Pas question de pleurer :
à mon âge les larmes coûtent cher,
trop dures à produire,
et regrettées ensuite comme diamants perdus.

Je sais que tu n’es pas là,
que tu ne le seras jamais plus.
Quelle différence, au fond ?
Donne-moi ta main.

(Mary Low)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr /

 

 

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La cascade (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2015



La cascade

Quelle flèche a percé le ciel et le rocher?
Elle vibre. Elle étale, ainsi qu’un paon, sa queue
Ou, comme la comète à minuit vient nicher,
Le brouillard de sa tige et ses pennes sans noeuds.

Que surgisse le sang de la chair entr’ouverte,
Lèvres taisant déjà le murmure et le cri,
Un doigt posé suspend le temps et déconcerte
Le témoin dans les yeux duquel le fait s’inscrit.

Silence? nous savons pourtant les mots de passe,
Sentinelles perdues loin des feux de bivouac
Nous sentirons monter dans les ténèbres basses
L’odeur du chèvrefeuille et celle du ressac.

Qu’enfin l’aube jaillisse à travers tes abîmes,
Distance, et qu’un rayon dessine sur les eaux,
Présage du retour de l’archer et des hymnes,
Un arc-en-ciel et son carquois plein de roseaux.

(Robert Desnos)

Illustration

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LA CHANSON DES NOCHERS DE L’AIR (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015




LA CHANSON DES NOCHERS DE L’AIR

Nous partîmes, un soir fulgurant et vermeil
Comme en forgent les ciels d’été sur leurs enclumes,
Et notre prime essor fut si prompt que nous eûmes
L’immense illusion d’entrer dans le soleil.

Nos grands oiseaux de toile éployèrent leurs pennes
Et, se servant du vain effort des vents debout,
Ils prirent le plein ciel, lentement, sans à-coup,
Sur l’émerveillement des cités et des plaines.

Et depuis, nous voguons du zénith au nadir,
Toujours plus haut, toujours plus loin, nos mains tendues
Vers le silence bleu des vastes étendues
D’où nous voyons Phébus, à chaque aube, bondir.

*

Nous ne savons plus rien des faiblesses des hommes,
Rien de leurs gestes fous, rien de leurs mots menteurs.
Le murmure des vents, le chant de nos moteurs,
Sont le seul bruit perçu dans l’espace où nous sommes.

En voyant nos regards où flambent nos orgueils,
Les aigles attardés qui regagnent leurs aires
Disent entre eux : « Fuyons, ce sont les Téméraires.
Nous sommes les nochers de la mer sans écueils.

Nous sommes les coureurs de la route infinie,
Les Jasons du soleil, les Gamas de l’éther.
L’inextinguible feu qui brûle notre chair
N’est qu’un éclair jailli de l’éternel génie.

*

Quand, penchés sur les bords de nos vaisseaux ailés,
Nous regardons peiner les foules dans les villes,
Nous plaignons les rancoeurs, les besognes serviles
Et les rêves rampants des siècles en allés.

Nous, dont le vol s’éploie en libre théorie
Sous l’oeil indifférent des constellations,
Nous prenons en pitié les chocs des nations
Car nous sommes les seuls et les vrais sans-patrie.

Et si toujours plus haut nous entrons dans les cieux,
C’est qu’un désir ardent bouillonne dans nos moelles :
Aborder, quelque jour, sur l’une des étoiles,
Pour, n’enviant plus rien, nous croire enfin des dieux !

(Pascal Bonetti)

Illustration: Patrice Rivoallan

 

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