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Dictamen (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Dictamen

Chercher dans ses pensées les ombres de ses rêves,
Chercher dans le rêve un peu de réalité;
Dans la course folle des minutes si brèves
Chercher l’Eternité,
Et sur un corps de femme un peu de beauté.

Croire à tous les serments, malgré tous les mensonges,
Croire à la Bonté malgré les méchancetés,
Malgré le doute affreux qui broie et qui nous ronge
Croire à la Vérité,
Et malgré l’obscurité croire à la clarté.

Aimer, aimer chaque heure et toutes les femmes,
Aimer malgré les trahisons, les vanités,
Aimer ce qui peine, aimer ce qui réjouit l’âme,
Ce qui la fait pleurer,
Et toujours vouloir, chercher, ailer l’Unité.

(Birago Diop)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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La nuit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

La nuit

I.

Le ciel d’étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l’ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l’onde où luit
Le drap d’or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l’heure, tout écoutait ;
Maintenant nul bruit n’ose éclore ;
Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S’avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure
Le grand Être mystérieux !

II.

Dans ses réflexions profondes,
Ce Dieu qui détruit en créant,
Que pense-t-il de tous ces mondes
Qui vont du chaos au néant ?

Est-ce à nous qu’il prête l’oreille ?
Est-ce aux anges ? Est-ce aux démons ?
A quoi songe-t-il, lui qui veille
A l’heure trouble où nous dormons ?

Que de soleils, spectres sublimes,
Que d’astres à l’orbe éclatant,
Que de mondes dans ces abîmes
Dont peut-être il n’est pas content !

Ainsi que des monstres énormes
Dans l’océan illimité,
Que de créations difformes
Roulent dans cette obscurité !

L’univers, où sa sève coule,
Mérite-t-il de le fixer ?
Ne va-t-il pas briser ce moule,
Tout jeter, et recommencer ?

III.

Nul asile que la prière !
Cette heure sombre nous fait voir
La création tout entière
Comme un grand édifice noir !

Quand flottent les ombres glacées,
Quand l’azur s’éclipse à nos yeux,
Ce sont d’effrayantes pensées
Que celles qui viennent des cieux !

Oh ! la nuit muette et livide
Fait vibrer quelque chose en nous !
Pourquoi cherche-t-on dans le vide ?
Pourquoi tombe-t-on à genoux ?

Quelle est cette secrète fibre ?
D’où vient que, sous ce morne effroi,
Le moineau ne se sent plus libre,
Le lion ne se sent plus roi ?

Questions dans l’ombre enfouies !
Au fond du ciel de deuil couvert,
Dans ces profondeurs inouïes
Où l’âme plonge, où l’oeil se perd,

Que se passe-t-il de terrible
Qui fait que l’homme, esprit banni,
A peur de votre calme horrible,
Ô ténèbres de l’infini ?

(Victor Hugo)

 

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Ce que dit la bouche d’ombre (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2020



 

Illustration: Josephine Wall
    
Ce que dit la bouche d’ombre

Tout parle, l’air qui passe et l’alcyon qui vogue,
Le brin d’herbe, la fleur, le germe, l’élément.
T’imaginais-tu donc l’univers autrement ?
Crois-tu que Dieu, par qui la forme sort du nombre,
Aurait fait à jamais sonner la forêt sombre,
L’orage, le torrent roulant de noirs limons,
Le rocher dans les flots, la bête dans les monts,
La mouche, le buisson, la ronce où croît la mûre,
Et qu’il n’aurait rien mis dans l’éternel murmure ?
Crois-tu que l’eau du fleuve et les arbres des bois,
S’ils n’avaient rien à dire, élèveraient la voix ?
Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûte ?
Crois-tu que l’océan, qui se gonfle et qui lutte,
Serait content d’ouvrir sa gueule jour et nuit
Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit,

Et qu’il voudrait rugir, sous l’ouragan qui vole,
Si son rugissement n’était une parole ?
Crois-tu que le tombeau, d’herbe et de nuit vêtu,
Ne soit rien qu’un silence ? et te figures-tu
Que la création profonde, qui compose
Sa rumeur des frissons du lys et de la rose,
De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,
Ne sait ce qu’elle dit quand elle parle à Dieu ?
Crois-tu qu’elle ne soit qu’une langue épaissie ?
Crois-tu que la nature énorme balbutie,
Et que Dieu se serait, dans son immensité,
Donné pour tout plaisir, pendant l’éternité,
D’entendre bégayer une sourde-muette ?
Non, l’abîme est un prêtre et l’ombre est un poëte ;
Non, tout est une voix et tout est un parfum ;
Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un ;
Une pensée emplit le tumulte superbe.
Dieu n’a pas fait un bruit sans y mêler le verbe.
Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ;
Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi
Tout parle ? Ecoute bien. C’est que vents, ondes, flammes
Arbres, roseaux, rochers, tout vit !

Tout est plein d’âmes.

(Victor Hugo)

 

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A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020



    

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !

(Victor Hugo)

 

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ATTENDS-MOI (Sultan Catto)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2020



Illustration: Patricia Blondel
    
Poem in French, Italian, German, Portuguese, Siciliano, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil , Dutch , Espagnol , Anglais

Poem of the Week Ithaca 636
by SULTAN CATTO, Turkey-USA

─ All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt ─

From: “Bonding”
New Feral Press, Oyster Bay, New York in collaboration with
Cross-Cultural Communications, Merrick, New York, 2018

***

ATTENDS-MOI

Attends-moi, Temps, tu cours trop vite
Attends-moi dans les pages de cette douleur biographique sans fin,
dans cette librairie de livres anciens, dans les eaux du cœur sauvage
Attends mon arrivée dans mon magistral déguisement.

Replace ces bandeaux sur tes yeux,
enlève-les à nouveau dans ce vide, plus grand que la vie
va relire Rumi, cette fourmi presbyte pleine de sagesse,
qu’il tourne tes pensées sur une roue de la fortune
que ses idées se perdent entre les tiennes.

Attends-moi, afin que dans mon plus profond silence tu comprennes
que depuis le temps de ma jeunesse il y a en moi un désir éternel
de n’avoir jamais eu deux cœurs.

Traduction Elisabeth Gerlache

***

ASPETTAMI

Aspettami, Tempo, galoppi troppo in fretta.
Aspettami nelle pagine di questa biografia di dolore senza fine,
in quel negozio di libri rari, nelle acque del cuore selvaggio.
Aspetta il mio arrivo magistralmente travestito.

Metti di nuovo quelle bende sui tuoi occhi,
poi riaprili sul vuoto più grande della vita stessa,
rileggi Rumi, quella saggia e previdente formica,
lascia che egli giri i tuoi pensieri su una ruota della fortuna, lascia che la sua fede si perda nella tua.

Aspettami, così che tu possa comprendere il mio assoluto silenzio. Fin dai giorni della fanciullezza, c’era in me un eterno desiderio di non aver mai avuto due cuori.

Traduzione di Luca Benassi

***

WARTE AUF MICH

Warte auf mich, Zeit, du galoppierst zu schnell.
Warte auf mich auf den Seiten meiner endlos schmerzhaften Lebensgeschichte,
in jenem Laden mit seltsamen Büchern, in den Wassern des wilden Herzens.
Warte auf mein Eintreten in meine gebieterische Verkleidung.

Ziehe die Binde wieder über deine Augen, öffne sie wieder in dieser Leere,
großartiger als das Leben, lese wieder Rumi, jene weise, hellsichtige Ameise,
lass ihn deine Gedanken auf dem Glücksrad kreisen, lass seine Überzeugungen
sich in den deinen verlieren.

Warte auf mich, so kannst du verstehen, in meinem vollkommenen Schweigen.
Seit Kindheitstagen ist in mir ein ewiger Wunsch,
niemals zwei Herzen gehabt zu haben.

Übersetzung Wolfgang Klinck

***

ESPERA POR MIM

Espera por mim, Tempo, estás passando muito rápido.
Espera por mim nas pág
inas dessa interminável biografia dolorosa,
nessa loja de livros raros, nas águas do coração selvagem.
Espera por minha chegada no meu magistral disfarce.

Põe a venda sobre os teus olhos novamente, abra-os
nesse vazio maior do que a vida, vá, releia Rumi, a vidente formiga,
deixe que revolva teus pensamentos na roda da fortuna,
deixa tuas crenças perderem-se dentro de ti.

Espera por mim, assim me compreenderás no meu absoluto silêncio.
Desde os dias da minha infância existe em mim
um eterno desejo de nunca ter dois corações.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia

***

ASPETTAMI

Aspettami, tempu, troppu viloci stai currennu.

Aspettami ntra li pagini di sta biografia ca non finisci mai, nta
li libbrarii di libbra rari, nta li acqui di lu cori sarvaggiu.
Aspetta ca yo arrivu cu lu me travistimentu magistrali.

Mettiti la benna supra l’occhi, riaprili nta lu nenti chiù granni di la vita, va leggi
Rumi, dda saggia previdenti furmicula,

fatti girari d’idda li pinzera nta la rota dâ fortuna, lassa ca i so pinzeri si
cunfunnanu cu li to.

Aspettami, in modu ca tu pozza capiri lu me silenziu assolutu. Di quannu era
nicareddu, ci ha statu in mia
un disidderiu eternu di non aviri mai avutu dui cori.

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

AȘTEAPTĂ-MĂ

Așteaptă-mă, timpule, prea repede galopezi.
așteaptă-mă-n paginile interminabilei biografii chinuite,
în acel magazin de cărți rare, în apele sălbaticei inimi.
Așteaptă să vin, deghizat în strai magistral.

Înfășoară-ți ochii la loc, redeschide-i apoi
în vidul acela, mai grandios decât viața,
mai citește-l o dată pe Rumi, clarvăzătoare furnică înțeleaptă,
dă-i voie, gândurile să ți le-nfășoare pe-o roată a norocului,
părerile, lasă-l să și le piardă printre-ale tale credințe.

Așteaptă-mă, ca să poți să-mi pătrunzi tăcerea profundă.
Din vremea copilăriei port cu mine mereu
dorința nestinsă de a nu fi avut nicicând două inimi.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

POCZEKAJ NA MNIE

Poczekaj na mnie, Czasie, zbyt szybki twój galop.
Poczekaj na mnie na kartach nieustannego bólu istnienia,
w sklepach niezwykłych ksiąg, w wodach dzikiego serca.
Poczekaj na mnie, aż przyjdę w szatę mistrza przebrany.

Zawiąż znów oczy przepaską, i jeszcze raz je otwórz
w pustce godniejszej od życia, czytaj na nowo Rumiego,
mrówkę dalekowzroczną i mądrą,
myślami twymi mu pozwól zakręcić na kole fortuny,
niech jego przekonania wśród twoich się zatracą.

Czekaj na mnie, byś pojąć mógł moją kompletną ciszę.
Od dni dziecięcych jest we mnie nieustanne życzenie
bym nigdy nie musiał mieć dwóch serc.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΠΕΡΙΜΕΝΕ ΜΕ

Περίμενε με, Χρόνε, τρέχεις πολύ
στις σελίδες πόνου της βιογραφίας μου
στο μαγαζί σπανίων βιβλίων, στα νερά ατίθασης καρδιάς.

Περίμενε με να εμφανιστώ με τη μαγευτική μου φορεσιά.
Δέσε τα μάτια σου, μη βλέπεις, λύσε τα, κοίταξε
το μεγαλειώδες αυτό κενό, διάβασε Ρούμι, εκείνο το σοφό
μακριά που ατενίζει μυρμηγκάκι, άστο να οδηγήσει το
μυαλό σου στης τύχης τον τροχό, κι άφησε τα πιστεύω του
να μπερδευτούν με τα δικά σου.

Περίμενε με απ’ την απόλυτη σιωπή μου να με καταλάβεις
από τα παιδικά μου ήθελα δύο καρδιές να είχα
αν γινόταν.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη//translation by Manolis Aligizakis

***

等等我

等等我,时间,你奔跑太快了。
等等我,在这无尽痛苦传记的书页里,在那珍稀书籍的商店里,在
这狂野心灵的水域里。
在我机巧的装扮中等我到来。
把那些
眼罩放置你的眼睛上,在比生命更空虚宏伟中重新睁开眼睛
,去重读诗人鲁米,那聪明、有远见的蚂蚁,
让他把你们的思想旋转在一轮命运上,让他的信仰迷失在你们自己
之中。
等等我,你便可以领悟于我的深沉默想中。从小以来,我内心深处
就曾拥有
一个不具二心的永恒愿望。
原 作:土耳其/美国 苏丹·卡托
汉 译:中 国 周道模 2020-6-13

Chinese translation: William Zhou

***

اِنتظرني

اِنتظرني، أيها الوقت، فأنت تجري بأقصى سرعة.
انتظرني بصفحات هذا األلم الالمتناهي في حياتي،
هناك في متجر الكتب النادرة، وفي دفق المشاعر القاسية.
اِنتظرني سأصل إليك بهيئة مهيبة لن تعرفها.

ضع تلك العصابة على عينيك،

وحاول أن تفتحهما مرة أخرى في ذلك الفراغ األكبر من الحياة،
اِمض لتقرأ « الرومي » تارة أخرى، تلك الكينونة الحكيمة بعيدة النظر،

دعه يدور أفكارك في عجلة الحظ، اسمح لمعتقداته أن تذوب وسط ما تؤمن به.

انتظرني، كي تتفهمني في صمتي المطبق.
فمنذ طفولتي، اضطرمت في داخلي رغب أبدية بأال أملك قلبين.
سلطان كاتو، تركيا/الواليات المتحدة األمريكية

ترجمة: سارة سليم

عن:
Arab translation by Amal Bouchareb

***

எனக்காகக் காத்திரு!

எனக்காக்க் காத்திரு, நேரமே, நீ வெகு விரைவில் பாய்ந்து செல்கிறாய்
எனக்காகக் காத்திரு, முடிவில்லாத இந்த வரலாற்று வலியின் பக்கங்களில்
அரிதான புத்தகங்களின் கடையில், வகட்டுப்படுத்த முடியாத இதயத்தின் தண்ணீரில்

எனது நடுவர் வேடத்தில் எனது வருகைக்காகக் காத்திரு
உனது கண்களின் மேல் கண்மூடும் திரைகளைப் போர்த்திவை

வாழ்க்கையைவிட அருமையான அந்த வெற்றிடத்தில் மீண்டும் அத்திரைகளைத் திறந்துவை
செல், மீண்டும் அந்த கெட்டிகார, தொலைநோக்குள்ள ரூமி எரும்பின் வாழ்வைப்படி
அதிருஷ்டச் சக்கரத்தின்மேலான உனது எண்ணங்களைச் சுற்றி வரட்டும் அது
உனது நம்பிக்கைகளிடையே அதன் நம்பிக்கைகள் மறையட்டும்

எனக்காகக் காத்திரு, எனது அமைதியின்,நிசப்தத்தின் பொருளைப் புரிந்துகொள்ள இயலும்

எனது குழந்தைப்பருவத்திலிருந்து, என்னிடம் உள்ளது
இரண்டு இதயங்கள் இருக்கக் கூடாது என்ற காலம் காலமான ஆவல்

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

私を待って

時間よ、待って
あなたは早くかけて行き過ぎる
その希少本を扱う書店で売られる伝記の
終わりない痛みのページの中で
私を待って
未開の心の水の中で
私が威厳を持って現れるのを待って

その目隠しをもう一度つけなさい
人生よりも壮大な空間でもう一度開きなさい
Rumiを読み直すの
あの賢く先見の明を持つアリを
運命の車輪の上で
彼にあなたの考えを回させなさい
彼があなたの信念の中で迷うくらい

待って
そしたら私の完全な沈黙を理解できるから
子供の頃からずっと
私の中には二つの心を持ちたくないという
永遠の願いがあるのだから

(サルタン・カット・トルコ/アメリカ

Japanese translation by Manabu Kitawaki

***

برایم صبر کن

برایم صبر کن، ای زمان، خیلی سریع می تازی.
برایم صبر کن در صفحات این درد بی پایان زندگی نامه ام، در آن فروشگاه
کتابهای نایاب ، در دریای قلب مجنون.
منتظر رسیدنم با تغییری آمرانه باش.
آن چشم بندها را بر چشمان خود بگذار ، دوباره چشمانت را در آن پوچی غمناکتر
از زندگی برگشا، مولانا را دوباره بخوان، آن خردمند ،مورچه دور انديش ،
به او اجازه بده افکارت را بر روی چرخ روزگار بچرخاند ، اجازه بده عقایدش در
عقاید تو گم شود.
برايم صبر كن، تا سکوت مطلقم را درک کنی. کودکی را کنار بگذار. من هرگز
نخواسته ام دو قلب داشته باشم.

سلطان کاتتو، ترکیه/ آمریکا
ترجمه سپیده زمانی

از کتاب دلبستگی
نشر نیوفرال پرس
با همکاری کراس کالچرال

Farsi translation by Sepideh Zamani

***

BÍDDU MÍN

Bíddu mín, Tími, þú hleypur of hratt.
Bíddu mín á síðum endalausu ævisögukvalanna,
í búð með sjaldgæfar bækur, í vötnum villta hjartans.
Bíddu þess að ég komi dulbúinnn sem dómari.

Bintu aftur fyrir augu þín, opnaðu þau aftur í tóminu
sem er stórfenglegra en lífið,
farðu að lesa Rumi aftur, þann vitra, framsýna maur,
láttu hann snúa hugsunum þínum með lukkuhjólinu,
láttu skoðanir hans hverfa með þínum eigin.

Bíddu mín, svo að þú öðlist skilning á algerri þögn minni.
Frá barnæsku bý ég yfir
eilífri þrá að hafa aldrei átt tvö hjörtu.

Þór Stefánsson þýddi úr: Bonding

***

ПОДОЖДИ МЕНЯ

Подожди меня, Время, ты мчишься слишком быстро.
Подожди меня на страницах этих болезненных бесконечных
биографий,
в магазине редких книг, в омуте дикого сердца.
Подожди, пока я приду – я буду в другом обличье.

Снова завяжи на глазах повязку,
а потом сними ее в пустоте, что больше самой жизни,
пойди перечитай Руми, этого умного, прозорливого муравья,
позволь ему прокрутить твои мысли на колесе судьбы,
позволь им смешаться с твоими.

Подожди меня, чтобы в полной тишине стало ясно,
что с юности я желал лишь об одном – никогда не иметь целых два
сердца.

Из: «Единение» – “Bonding”

Издательство «Нью Ферал Пресс», Ойстер Бей, Нью-Йорк в сотрудничестве с
издательством «Кросс-культурные коммуникации», Нью-Йорк, 2018

Russian translation by Daria Mishueva

***

HINTAYIN MO AKO

Oras, hintayin mo ako, kay bilis mo namang tumalon.
Hintayin mo ako sa mga pahina nitong mga walang patid na kirot ng aking talambuhay,
Sa tindahan ng mga aklat, sa mga tubigan ng mga pusong ligaw.
Hintayin mo ang aking pagdating sa aking marangyang pagbabalatkayo.

Ibalik mo ang takip sa iyong mga mata,
Muli mong buksan sa higit na malawak na kahungkagan kaysa sa buhay,
Humayo ka basahin mo uli si Rumi, yaong marunong na may ga langgam na malayong pananaw sa buhay

Hayaan mong umikot ang iyong mga saloobin sa mga gulong ng kapalaran,
Hayaan mong ang kanyang mga paniniwala ay maglaho sa iyong mga isipan.
Hintayin mo ako, upang maunawaan mo ang aking katahimikan.
Mula sa panahon ng pagkabata, nariyan na ako
Isang walang hanggang hangarin na hindi kailanman kailangang magkaroon ng
dalawang puso.

Translated in Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

חַכֵּה לִי, זְמַן, אַתָּה דּוֹהֵר מַהֵר מִדַּי.

חַכֵּה לִי בְּדַפֵּי הַכְּאֵב הָאֵינְסוֹפִי הַזֶּה שֶׁל הַבִּיּוֹגְרַפְיָה, בְּתוֹךְ
אוֹתָהּ חֲנוּת שֶׁל סְפָרִים נְדִירִים, בְּמֵי הַלֵּב הַפִּרְאִי.
חַכֵּה לִי שֶׁאוֹפִיעַ בַּמַּסְוֶה הַסַּמְכוּתִי שֶׁלִּי.

שִׂים אֶת כִּסּוּיֵי הָעֵינַיִם הָהֵם חֲזָרָה עַל עֵינֵיךָ, פְּקַּח אוֹתָם מֵחָדָשׁ
בְּאוֹתוֹ חָלָל שֶׁהוּא גָּדוֹל יוֹתֵר מֵהַחַיִּים, לֵךְ לִקְרֹא שׁוּב אֶת רוּמִי, אוֹתָהּ נְמָלָה

חֲכָמָה,
חַדַּת הַבְחָנָה,

תֵּן לוֹ לַהֲפֹךְ שׁוּב וְשׁוּב בְּמַחְשְׁבוֹתֶיךָ עַל גַּלְגַּל הֶעָתִיד, תֵּן

לֶאֱמוּנוֹתָיו לָלֶכֶת לְאִבּוּד יַחַד עִם שֶׁלְּךָ.

חַכֵּה לִי, כָּךְ שֶׁתּוּכַל לִתְפֹּס אֶת הַדְּמָמָה הַמֻּחְלֶטֶת שֶׁלִּי.

מֵאָז יְמֵי הַיַּלְדוּת, יֵשׁ בְּתוֹכִי

תְּשׁוּקָה נִצְחִית שֶׁלְּעוֹלָם לֹא יִהְיֶה לִי לֵב חָצוּי.

משורר אמריקאי-טורקי
צילום: ג’רמיין דרוגנברודט
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן

Tamil translation by Dr. Subbaraman N.V.

***

WACHT OP MIJ

Wacht op mij, Tijd, je loopt te snel.
Wacht op mij in de pagina’s van deze eindeloze, biografische pijn,
in die winkel van zeldzame boeken, in de wateren van het wilde hart.
Wacht op mijn aankomst in mijn magistrale vermomming.
Plaats die blinddoeken terug over je ogen,
neem ze weer af in die leegte, grootser dan het leven
ga Roemi herlezen, die wijze, verziende mier,
laat hem jouw gedachten doen draaien op een rad van het lot,
laat zijn meningen tussen de jouwe verdwalen.
Wacht op mij, zodat je in mijn diepste stilte kan begrijpen,
dat er sinds de tijd van mijn jeugd er in mij een eeuwig verlangen is
nooit twee harten te hebben gehad.

Dutch translation by Germain Droogenbroodt

***

ESPÉRAME

Espérame, tiempo, vas galopando demasiado rápido,
espérame en las páginas de este dolor incesante de la biografía,
en esa tienda de libros raros, en las aguas del corazón salvaje,
espera mi llegada vestido de magistrado.
Vuelve a ponerte las vendas en los ojos,
reábrelos en aquel vacío mayor que la vida,
vuelve a leer a Rumi, esa hormiga sabia y previsora,
déjale que gire tus pensamientos con la rueda de la fortuna,
deja que sus creencias se dispersen entre las tuyas.
Espérame para poder comprender mi absoluto silencio.
Desde los días de la infancia, hay en mí
un eterno deseo de no haber vivido con dos corazones.

Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

WAIT FOR ME

Wait for me, Time, you’re galloping too fast.
Wait for me in the pages of this endless pain of biography,
in that shop of rare books, in the waters of the wild heart.
Wait for my arrival in my magisterial disguise.
Place those blindfolds back over your eyes,
re-open them in that void grander than life,
go re-read Rumi, that wise, far-seeing ant,
let him revolve your thoughts on a wheel of fortune,
let his beliefs get lost among your own.
Wait for me, so you can comprehend in my utter silence.
Since the days of childhood, there is in me
an eternal desire to have never had two
hearts.

Traduction en Anglais Stanley Barkan

***

(Sultan Catto)

 

Recueil: ITHACA 636
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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NOTRE-DAME-DES-ILES (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



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NOTRE-DAME-DES-ILES

Bretagne, ma demeure
il faut que survive
le kyrie dans ton âme de sel
idem il faut jeter au ciel
la drisse
des piétés et des miséricordes
idem il faut poursuivre les troménies
dans la croyance des bocages
idem relire les portulans
il le faut

idem faire son évangile
de la pensée du soleil
il le faut.
Et cependant, mère, aber
dans le suaire des grèves
roulent
des monceaux de chiens et d’enfants.

J’ai vu dans tes abysses
errer les cerveaux et les poulpes
Ah quand ressusciteront les ossuaires pourrissants
dans le soleil des baies ?
Ah quand reviendront mes amis morts
ah quand reviendront mes chevreuils massacrés
mes chevaliers mes disparus mes trépassés ?
Ah quand dans les monts d’Arrée
surgiront les cèdres du Liban
les jasmins, les cyprès ?

Ah quand donc reviendront les poulains en fleurs
dans la féerie des colzas
et le bagad de Pâque à Tronoën et à Lanmeur ?

(Xavier Grall)

Illustration

 

 

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Mille chemins, un seul but (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020




    

Mille chemins, un seul but

Le chasseur songe dans les bois
À des beautés sur l’herbe assises,
Et dans l’ombre il croit voir parfois
Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins
Tout en veillant sur les empires,
Et dans ses souvenirs lointains
Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu
L’heure où son étoile paisible
Va s’épanouir, fleur de feu,
Au bout d’une tige invisible.

Regarde-les, regarde encor
Comme la vierge, fille d’Ève,
Jette en courant dans les blés d’or
Sa chanson qui contient son rêve !

Vois errer dans les champs en fleur,
Dos courbé, paupières baissées,
Le poète, cet oiseleur,
Qui cherche à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots
Implorant la terre embaumée,
Lassés de l’écume des flots,
Et demandant une fumée !

Se rappelant quand le flot noir
Bat les flancs plaintifs du navire,
Les hameaux si joyeux le soir,
Les arbres pleins d’éclats de rire !

Vois le prêtre, priant pour tous,
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.

Vois s’élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprit dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor,
La mère contempler, ravie,
Son enfant, cœur sans ombre encor,
Vase que remplira la vie !

Tous, dans la joie ou dans l’affront,
Portent, sans nuage et sans tache,
Un mot qui rayonne à leur front,
Dans leur âme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur,
Le mot qu’on voit pour tous varie ;
– L’un a : Gloire ! l’autre a : Bonheur !
L’un dit : Vertu ! l’autre : Patrie !

Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même ;
Il y chante ou gémit tout bas ;
Et ce mot, c’est le mot suprême !

C’est le mot qui peut assoupir
L’ennui du front le plus morose !
C’est le mystérieux soupir
Qu’à toute heure fait toute chose !

C’est le mot d’où les autres mots
Sortent comme d’un tronc austère,
Et qui remplit de ses rameaux
Tous les langages de la terre !

C’est le verbe, obscur ou vermeil,
Qui luit dans le reflet des fleuves,
Dans le phare, dans le soleil,
Dans la sombre lampe des veuves !

Qui se mêle au bruit des roseaux,
Au tressaillement des colombes ;
Qui jase et rit dans les berceaux,
Et qu’on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois
Les feuilles, les souffles, les ailes,
La clémence au cœur des grands rois,
Le sourire aux lèvres des belles !

C’est le nœud des prés et des eaux !
C’est le charme qui se compose
Du plus tendre cri des oiseaux,
Du plus doux parfum de la rose !

C’est l’hymne que le gouffre amer
Chante en poussant au port des voiles !
C’est le mystère de la mer,
Et c’est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement éternel
De la seconde des deux Romes,
C’est Foi dans la langue du ciel,
Amour dans la langue des hommes !

Aimer, c’est avoir dans les mains
Un fil pour toutes les épreuves,
Un flambeau pour tous les chemins,
Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c’est comprendre les cieux.
C’est mettre, qu’on dorme ou qu’on veille,
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille !

C’est se chauffer à ce qui bout !
C’est pencher son âme embaumée
Sur le côté divin de tout !
Ainsi, ma douce bien-aimée,

Tu mêles ton cœur et tes sens,
Dans la retraite où tu m’accueilles,
Aux dialogues ravissants
Des flots, des astres et des feuilles !

La vitre laisse voir le jour ;
Malgré nos brumes et nos doutes,
Ô mon ange ! à travers l’amour
Les vérités paraissent toutes !

L’homme et la femme, couple heureux,
À qui le cœur tient lieu d’apôtre,
Laissent voir le ciel derrière eux,
Et sont transparents l’un pour l’autre.

Ils ont en eux, comme un lac noir
Reflète un astre en son eau pure,
Du Dieu caché qu’on ne peut voir
Une lumineuse figure !

Aimons ! prions ! les bois sont verts,
L’été resplendit sur la mousse,
Les germes vivent entr’ouverts,
L’onde s’épanche et l’herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous
Suive ses routes insensées.
Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées !

L’amour, qu’il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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Je marche dans la parole plurielle (Louis Bertholom)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Je marche dans la parole plurielle
d’un pays de haut vol.

Respirer un peu d’espace
est ma prière,
ma peine, fluidifiée
sur les herbes rases.

Rugissement de l’océan
autant de discours
du Grand Gardien du temps.

Un chemin céleste se dessine,
trace en moi le panthéos de l’aube.

Tout commence dans une goutte d’eau
où se lit le monde,
une bulle le respire,
un grain de sable le ferme,
dans les cercles des siècles …

Les rivages sont de fausses ruptures,
simplement des frontières
où s’échangent des densités.

La mer avale sa bave
dans une épilepsie de baleine,
reprend souffle,
râle les métamorphoses à venir …

J’entrevois tes pensées toi l’invisible,
l’habité du silence.

(Louis Bertholom)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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A TIRE-D’AILE (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



A TIRE-D’AILE

Comme la première hirondelle
J’ai pris le chemin de l’azur,
Je volerai de l’aube au crépuscule,
La nuit ne sera qu’un repos,

Pour repartir avec le premier cri du jour
Suivi de la première hirondelle
A jamais éveillé et plus près du soleil
Que de la terre, à tire-d’aile.

*

Matin midi et même soir
L’oeil ouvert à rompre son orbite
Cherche au large du ciel sans limites
Le chemin d’un énorme savoir.

La fleur ouverte sur sa tige
Inondée de lumière mais jamais
Satisfaite en oublie ses racines,
Sans avoir vu se flétrit au sommet.

L’eau des rivières et des fleuves
Se précipite vers la mer
Dans le grand large sans fond ni rives
Où sa hâte d’exil ne trouve que désert.

Mon oeil voyant fait de deux yeux qui se résorbent
Dans le cercle élargi de l’unité sans bords,
Va ton chemin de soir de minuit et d’aurore
Astre qui ne connais ni le Sud ni le Nord,

Vers ce là-bas que rien n’indique ni ne signe
Grand ouvert et tout plein de l’obscure clarté
Des désirs accomplis et des pensées insignes
Là où jamais les yeux séparés n’ont été.

(Franz Hellens)

Illustration

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L’improbable (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



L’improbable

Une plume entre
en voltigeant
par les barreaux
de la prison.

Une plume blanche
au fond de l’ombre
s’est posée.

Parmi toutes les pensées
du monde
d’où vient cette intention
de l’oiseau

et du vent?

(Jean Mambrino)

 

 

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