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Poésie

Posts Tagged ‘penser’

Le Gardeur de Troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



Tout ce que je vois est net comme un tournesol.
J’ai l’habitude d’aller le long des routes
Tout en regardant à droite et à gauche,
Et de temps en temps derrière moi…
Or ce que je vois à chaque instant
Est cela même qu’auparavant jamais je n’avais vu,
Et je sais fort bien m’en rendre compte…
Je sais maintenir en moi l’étonnement
Que connaîtrait un nourrisson si, à sa naissance,
Il remarquait qu’il est bel et bien né…
Je me sens nouveau-né à chaque instant
Dans la sereine nouveauté du monde…

Je crois au monde comme à une marguerite,
parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser, c’est ne pas comprendre…
Le monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(Penser, c’est être dérangé des yeux)
Mais pour que nous le regardions et en tombions d’accord…
Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais c’est que je l’aime, et je l’aime pour cela même,
Parce que lorsqu’on aime, on ne sait jamais ce qu’on aime
Pas plus que pourquoi on aime, ou ce que c’est qu’aimer…

Aimer est la première innocence,
Et toute innocence ne pas penser…

(Fernando Pessoa)

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La mort (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
la mort ne pense pas, la mort ne rêve pas
la mort ne dit rien, ne fait rien, la mort n’est rien

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Traité du vertige
Traduction:
Editions: La Différence

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LETTRE A HÉLÈNE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
LETTRE A HÉLÈNE

Es-tu là
N’es-tu pas là
Dans la chambre où rien ne bouge
Dans ma vie où tu respires

Tu te poses sur la plante
Sur l’oeil triste et muet du chat
Sur le livre qui n’est lourd
Que du poids que tu lui donnes
Je te vois en fermant l’oeil
Dans le champ

Balle perdue
Dans mon coeur
Balle qui trace
L’avenir le souvenir
Je ne pense qu’à toi qui m’aimes
Je ne suis qu’à toi qui bruis.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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J’aimais le riz (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration: Laurent Connabel
    

J’aimais le riz

J’aimais le riz, j’aimais l’intelligence,
j’aimais l’amour mais je ne m’aimais pas.
Les mots sont doux s’ils s’envolent des phrases,
si comme Icare ils fondent au soleil.

Et je suis là, je marche sur la terre
de mon pas lourd. Je vois tant de fantômes
qu’entre eux je glisse en demandant excuse
d’être vivant tout en ne vivant pas.

Quand, libéré, je secouais mes chaînes,
je ne pensais qu’à l’autre me lier.
Oh ! j’ai grand-peur d’être le seul au monde
à ne savoir où poser mon vertige.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Je pense à la femme que j’aime (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
Je pense à la femme que j’aime.
Son visage soudain s’est masqué.
Le vide est à son tour malade.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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Exil (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



Illustration
    
Exil

Devant les portes bien fermées,
Sur un fleuve d’oubli, va la chanson ancienne.
Une lumière pense au loin
Comme à travers un ciel.
Tous dorment peut-être,
Tandis que solitaire il porte son destin.

Fatigue d’être vivant, d’être mort,
Avec du froid au lieu de sang,
Du froid qui sourit s’insinuant
Par les trottoirs éteints.

La nuit l’abandonne, l’aurore le rencontre,
Sur ses traces l’ombre obstinément.

***

Destierro

Ante las puertas bien cerradas,
Sobre un río de olvido, va la canción antigua.
Una luz lejos piensa
Como a través de un cielo.
Todos acaso duermen,
Mientras él lleva su destino a solas.

Fatiga de estar vivo, de estar muerto,
Con frío en vez de sangre,
Con frío que sonríe insinuando
Por las aceras apagadas.

Le abandona la noche y la aurora lo encuentra,
Tras sus huellas la sombra tenazmente.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Les jours ne s’en vont pas longtemps (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Illustration: Théodore Chassériau
    
Les jours ne s’en vont pas longtemps
Mais nous laissent leur poids qui pense.
Mon hiver sert en plat d’argent
Aux jours en grappes de vacances

Sans poids sans ombre, leur ballade
Dévêtit sur mon sol maussade
L’ombre changeante, ou devenir,
Qui s’y répand comme le sang
Interrogeable d’un présent.

Beaux nus dans le soleil mémoire
Volez ou plongez !
nous traitant
De passeurs et de passe-temps
Vers l’ambroisie de notre histoire.
– Allez-vous-en ! pas pour longtemps.

(Olivier Larronde)

 

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Penser à toi (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Montserrat Gudiol
    
Penser à toi
reste mon silence le plus précieux
le plus long le plus orageux silence.
Tu es en moi toujours
comme mon coeur inaperçu
mais comme un coeur qui ferait mal
blessure qui ferait vivre.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Vers ma maison (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Giampaolo Ghisetti
    
Vers ma maison se licitait ta marche
à ton vacarme je pensais que tu étais plusieurs.

Ta transparence éclatait à mes vitres
mais pourtant tu n’arrêtais point
de mettre des roses sur le sable de mon chemin.

Nous sommes seuls
tu as secoué la forêt de tous ses oiseaux
et chassé les vieilles jupes à coups de branches.

Seuls :
écarte le voile invisible
pour m’apporter pour me montrer un visage.

Sois soudain celle que j’aime
casse mes vitres de tes seins
afin que si je ne dors pas cette nuit
ce ne soit point seulement
à cause de ton bruit dehors.

Et que change la saison de la chambre
et que je ne sois plus seulement un meuble tiède
prisonnier de meubles froids.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Je pense que tout est fini (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.

Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le coeur est détruit.
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.

Je pense que tout est fini.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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