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Poésie

Posts Tagged ‘penser’

Toutes les choses au hasard (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Valentine Hugo nostalgie

 

Toutes les choses au hasard
Tous les mots dits sans y penser
Et qui sont pris comme ils sont dits
Et nul n’y perd et nul n’y gagne

Les sentiments à la dérive
Et l’effort le plus quotidien
Le vague souvenir des songes
L’avenir en butte à demain

Les mots coincés dans un enfer
De roues usées de lignes mortes
Les choses grises et semblables
Les hommes tournant dans le vent

Muscles voyants squelette intime
Et la vapeur des sentiments
Le coeur réglé comme un cercueil
Les espoirs réduits à néant

Tu es venue l’après-midi crevait la terre
Et la terre et les hommes ont changé de sens
Et je me suis trouvé réglé comme un aimant
Réglé comme une vigne

A l’infini notre chemin le but des autres
Des abeilles volaient futures de leur miel
Et j’ai multiplié mes désirs de lumière
Pour en comprendre la raison

Tu es venue j’étais très triste j’ai dit oui
C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde
Petite fille je t’aimais comme un garçon
Ne peut aimer que son enfance

Avec la force d’un passé très loin très pur
Avec le feu d’une chanson sans fausse note
La pierre intacte et le courant furtif du sang
Dans la gorge et les lèvres

Tu es venue le voeu de vivre avait un corps
Il creusait la nuit lourde il caressait les ombres
Pour dissoudre leur boue et fondre leurs glaçons
Comme un oeil qui voit clair

L’herbe fine figeait le vol des hirondelles
Et l’automne pesait dans le sac des ténèbres
Tu es venue les rives libéraient le fleuve
Pour le mener jusqu’à la mer

Tu es venue plus haute au fond de ma douleur
Que l’arbre séparé de la forêt sans air
Et le cri du chagrin du doute s’est brisé
Devant le jour de notre amour

Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil
Le poids s’est allégé le fardeau s’est fait rire
Gloire le souterrain est devenu sommet
La misère s’est effacée

La place d’habitude où je m’abêtissais
Le couloir sans réveil l’impasse et la fatigue
Se sont mis à briller d’un feu battant des mains
L’éternité s’est dépliée

O toi mon agitée et ma calme pensée
Mon silence sonore et mon écho secret
Mon aveugle voyante et ma vue dépassée
Je n’ai plus eu que ta présence

Tu m’as couvert de ta confiance.

(Paul Eluard)

Illustration: Valentine Hugo

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Puisque je ne puis pas savoir ce que tu penses (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

Puisque je ne puis pas savoir
Ce que tu penses, je t’écoute;
Ta voix en vain peut se mouvoir,
Je poursuis mon songe et mon doute.

Tu m’étonnes en étant toi,
En ayant ton élan, ta vie;
Je me sens toujours desservie
Par ce que tu prétends ou crois.

Mais quelquefois, dans le silence,
Je sens, comme une calme chance,
Se révéler notre unité,
Et j’entends les mots que tu penses
Et que je n’ai pas écoutés.

(Anna de Noailles)

Illustration: Alberto Galvez

 

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A quoi je pense? (Vicaire)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2017



A quoi je pense?
A rien peut-être.
Je regarde les vaches paître
Et la rivière s’écouler.

(Vicaire)

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On y pense (Benoit Gastou)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (37)

On y pense

On y pense tous mais on ne fait rien
Jamais le temps, toujours le retard
L’excuse se défile et le pardon s’enfuit
Des envies qui devancent nos regrets
En pleurs aisés trop vite séchés
J’y pense, tu y penses, tout le monde y pense
Je ne fais rien, tu ne fais rien, personne ne fait rien
On laisse comme ça et on ne change pas
Reste là.

(Benoit Gastou)

Découvert ici: ailleurssijysuis.wordpress.com

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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CREDO POÉTIQUE (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



    

CREDO POÉTIQUE

Penser et Être sont mêmes.
(PARMÉNIDE)

Je crois dans la poésie comme dans l’être
qui se rencontre dans l’un comme dans l’autre

Pour moi la poésie est être
être en poésie

parce que être et poésie sont mêmes

Poétiser
pour être dans la poésie
ce qu’on n’est pas

Ne pas croire aux croyances

Être en poésie

(Homero Aridjis)

 

Recueil: Les poèmes solaires
Traduction: Ivan Alechine
Editions: Mercure de France

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Si jadis j’avais cru dans un espoir d’enfant (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




Si jadis j’avais cru dans un espoir d’enfant
Que mon âme échappant à tout pourrissement
Emporterait au fond de gouffres insondables
Des pensers éternels, des souvenirs aimables,
Je jure que depuis longtemps j’aurais quitté
Ce monde, et clos ma vie, horrible déité;
Je serais au pays de ces libres délices,
Au pays dépourvu de la mort et des vices,
Où l’esprit vole seul dans le ciel épuré.

Mais je me livre en vain à ce rêve éthéré.
Mon esprit obstiné méprise l’espérance:
Au-delà du tombeau, c’est l’insignifiance.
Eh bien, tant pis, adieu, pensers, premiers amours !
J’ai peur et de nouveau je surveille mes jours.
Je veux vivre longtemps pour qu’une image chère
Illumine en secret mon âme en sa misère.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Patrice Murciano

 

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L’été entre par la fenêtre (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2017




    

l’été entre par la fenêtre et met la chambre dehors
parce que l’été n’aime pas les maisons

et puis les yeux qui regardent font de beaux dessins géométriques
comme on en voit représentés sur les tableaux d’optique

mais les yeux qui regardent ne pensent pas aux dessins qu’ils font
et les choses aiment à être regardées par des yeux
qui les voient pour la première fois

un oeil a bien plus vite jeté un pont qu’un ingénieur
que de charges de joie peuvent passer sur ces ponts

il y avait des jardins des toits et bien d’autres choses encore
mais le regard est venu et a remporté tout ce qu’il a pu

Je me demande où les regards peuvent mettre tout ce qu’ils emportent

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Il y a des courbes (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



    
Il y a des courbes qui tendent les bras en passant
Il a des bras tendus que personne ne voit
C’était deux désirs qui s’étaient donné rendez-vous
Mais qui leur avait dit qu’il était l’heure de partir
Qu’importe si le temps était habillé comme un gueux
Puisqu’un désir a toujours du soleil au moins pour deux
Et puis je ne me rappelle plus rien

Quelque chose est resté assis au soleil et n’y pense plus
Ceux qui se croisent ne se rencontrent pas
Et d’ailleurs il y avait entre eux toute la longueur d’une ombre
Cela s’est fait en plein soleil et nul ne s’en souviendra
Mais on ne sait pas si l’ombre sépare ou réunit
Croyez-vous que la couleur de la robe y soit pour quelque chose

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Je pense encore à trouver à l’amour un relief qu’on puisse saisir (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2017



 

Je pense encore
à trouver à l’amour un relief
qu’on puisse saisir
et présenter sur un plateau
à l’auberge des contemplations

(Aïcha Arnaout)

Illustration: Irina Kotova

 

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Quand je pense à toi (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2017




Quand je pense à toi
tout palpite et vit
autour de moi
le bois, les pierres et les métaux

Quand je pense à toi
ma fenêtre enfante mille papillons
et mon ombre m’oublie
pour te suivre

(Aïcha Arnaout)

 

 

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