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MER IDÉALE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Edmund Dulac

MER IDÉALE

Nous nageons, tous les deux,
— eau de fleurs ou de fer —
en nos doubles vies.

— Moi, dans la mienne et dans la tienne ;
toi, dans la tienne et dans la mienne —.

Soudain, tu te noies dans ta vague,
moi dans la mienne ; et, soumises,
ta vague, sensitive, me soulève,
te soulève la mienne, pensive.

***

MAR IDEAL

Los dos vamos nadando
—agua de flores o de hierro —
por nuestras dobles vidas.

—Yo, por la mía y por la tuya;
tú, por la tuya y por la mía—.

De pronto, tú te ahogas en tu ola,
yo en la mía; y, sumisas,
tu ola, sensitiva, me levanta,
te levanta la mía, pensativa.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Edmund Dulac

 

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Ô ma parole (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 Alexander Nedzvetskaya   8d7da0

Ô ma parole,
Qui troubles à peine un peu,
De tes ailes,
L’air de silence bleu !

Ô parole humaine,
Parole où, pensive, j’entends
Enfin mon âme même,
Et son murmure vivant !

Ô parole née
D’un souffle et d’un rêve,
Et qui t’élèves
De mes lèvres étonnées !

Moi, je t’écoute, un autre te voit,
D’autres te comprennent à peine;
Mais tu embaumes mon haleine,
Tu es une rose dans ma voix.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

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La solitude est féminine (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



la solitude est féminine
(comme son nom l’indique)
elle est cette épouse éperdue
que jamais vraiment tu ne quittes

elle se tient au coin du feu
qui s’éteint dans la chambre basse
elle a les yeux clairs les mains bleues
des revenants de ton enfance

elle est là depuis ta naissance
elle est la fée au don précieux
qui pensive tient sa promesse
de veiller jusqu’au dernier soir

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Fabienne Contat

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La demoiselle aux mains légères (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



La demoiselle aux mains légères
a des cascades plein les doigts
Elle leur fait prendre un peu l’air
en les emmenant dans les bois

Un seul regard de la pensive
fait fleurir un oiseau rieur
Il est malin comme l’eau vive
volant ici il est ailleurs

D’où venez-vous oiseau moqueur ?
Je suis né de deux mains légères
Où allez-vous oiseau rôdeur ?
Je vais au caprice de l’air

L’oiseau est vraiment délicieux
La demoiselle aux mains légères
a des étoiles plein les yeux
L’oiseau lui chante son grand air

et leur gaîté réjouit les cieux

(Claude Roy)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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Saison fidèle aux Coeurs… (Charles Guérin)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018




Saison fidèle aux Coeurs…

Saison fidèle aux coeurs qu’importune la joie,
Te voilà, cher Automne, encore de retour.
La feuille quitte l’arbre, éclatante, et tournoie
Dans les forêts à jour.

Les aboiements des chiens de chasse au loin déchirent
L’air inerte où l’on sent l’odeur des champs mouillés.
Gonflés d’humidité, les prés mornes soupirent
En cédant sous les pieds.

Les oiseaux voyageurs, par bandes, dans les rues,
Emigrent vers le Sud et les soleils plus chauds.
Les laboureurs, penchés sur les lentes charrues,
Couronnent les coteaux.

Le soir, à l’horizon, parfois le ciel est rose ;
Des troupes de corbeaux traversent le couchant.
Dans le creux des sillons de la plaine repose,
Pensive, une eau d’argent.

(Charles Guérin)

Illustration

 

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JE VOUDRAIS CISELER POUR TOI (Ruben Dario)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



 

Armand Point  l

JE VOUDRAIS CISELER POUR TOI
(Yo quisiera cincelarte)

Je voudrais ciseler pour toi
une rime
délicate et élégante
telle marguerite d’or,
ou couverte d’irisée
pierrerie,
ou tel joyau d’Orient
ou coupe florentine.

Je voudrais pouvoir te donner
une rime
tel le collier de Zobéide,
fait de perles d’Ormuz,
qui fleurent bon comme les roses
et qui brillent
comme la rosée sur les pétales
de la fleur qui vient d’éclore.

Je voudrais pouvoir te donner
une rime
qui exprimerait l’amertume
de mes peines profondes
dans l’or de la sertissure
des phrases cristallines.

Je voudrais pouvoir te donner
une rime
qui en toi ne provoquerait
ni indifférence ni rire,
mais que tu contemplerais
en ta pâle allégresse,
et qui après l’avoir lue
te laisserait pensive.

(Ruben Dario)

Illustration: Armand Point

 

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Le bouquet sous la croix (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 cimetiere _

Le bouquet sous la croix

D’où vient-il ce bouquet oublié sur la pierre ?
Dans l’ombre, humide encor de rosée, ou de pleurs,
Ce soir, est-il tombé des mains de la prière ?
Un enfant du village a-t-il perdu ces fleurs ?

Ce soir, fut-il laissé par quelque âme pensive
Sous la croix où s’arrête un pauvre voyageur ?
Est-ce d’un fils errant la mémoire naïve
Qui d’une pâle rose y cacha la blancheur ?

De nos mères partout nous suit l’ombre légère ;
Partout l’amitié prie et rêve à l’amitié ;
Le pèlerin souffrant sur la route étrangère
Offre à Dieu ce symbole, et croit en sa pitié !

Solitaire bouquet, ta tristesse charmante
Semble avec tes parfums exhaler un regret.
Peut-être es-tu promis au songe d’une amante :
Souvent dans une fleur l’amour a son secret !

Et moi j’ai rafraîchi les pieds de la Madone
De lilas blancs, si chers à mon destin rêveur ;
Et la Vierge sait bien pour qui je les lui donne :
Elle entend la pensée au fond de notre coeur !

(Marceline Desbordes-Valmore)

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Où ai-je vu ce lilas de Perse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



J’arracherai ce jour de ta mémoire
Pour que ton regard, brumeux, désemparé,
Demande: où ai-je vu ce lilas de Perse,
Ces hirondelles, cette maison de bois ?
En m’entendant nommer, tu te rappelleras
La soudaine douleur des désirs indicibles,
Dans des villes pensives tu chercheras
Cette rue qui n’est sur aucun plan.
En voyant arriver une lettre inattendue,
En entendant derrière une porte une voix
Tu penseras: «C’est elle, elle-même,
Qui vient au secours de mon peu de foi.»

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Ô CHAMPS plein de silence (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (54) [1280x768]

 

Ô CHAMPS plein de silence,
Où mon heureuse enfance
Avait des jours encor
Tout filés d’or!

Ô ma vieille Font-Georges,
Vers qui les rouges-gorges
Et le doux rossignol
Prenaient leur vol!

Maison blanche où la vigne
Tordait en longue ligne
Son feuillage qui boit
Les pleurs du toit!

Ô claire source froide,
Qu’ombrageait, vieux et roide,
Un noyer vigoureux
A moitié creux!

Sources! fraîches fontaines!
Qui, douces à mes peines
Frémissiez autrefois
Rien qu’à ma voix!

Bassin où les laveuses
Chantaient insoucieuses
En battant sur leur banc
Le linge blanc!

Ô sorbier centenaire,
Dont trois coups de tonnerre
Avaient laissé tout nu
Le front chenu!

Tonnelles et coudrettes,
Verdoyantes retraites
De peupliers mouvants
A tous les vents!

Ô vignes purpurines,
Dont, le long des collines,
Les ceps accumulés
Ployaient gonflés;

Où, l’automne venue,
La vendange mi-nue
A l’entour du pressoir
Dansait le soir!

Ô buissons d’églantines,
Jetant dans les ravines,
Comme un chêne le gland,
Leur fruit sanglant!

Murmurante oseraie,
Où le ramier s’effraie,
Saule au feuillage bleu,
Lointains en feu!

Rameaux lourds de cerises!
Moissonneuses surprises
A mi-jambe dans l’eau
Du clair ruisseau!

Antres, chemins, fontaines,
Âcres parfums et plaines,
Ombrages et rochers
Souvent cherchés!

Ruisseaux! forêts! silence!
Ô mes amours d’enfance!
Mon âme, sans témoins,
Vous aime moins

Que ce jardin morose
Sans verdure et sans rose
Et ces sombres massifs
D’antiques ifs,

Et ce chemin de sable,
Où j’eus l’heur ineffable,
Pour la première fois,
D’ouï sa voix!

Où rêveuse, l’amie
Doucement obéie,
S’appuyant à mon bras,
Parlait tout bas,

Pensive et recueillie,
Et d’une fleur cueillie
Brisant le cœur discret
D’un doigt distrait,

A l’heure où les étoiles
Frissonnant sous leurs voiles
Brodent le ciel changeant
De fleurs d’argent.

(Théodore de Banville)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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EN MÉMOIRE DE MOI (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



Shoji Ueda  1

 

EN MÉMOIRE DE MOI

Simplement m’être arrêté.

Comme si je pouvais commencer
là où ma voix s’est arrêtée, moi-même
le son d’un mot

que je ne peux prononcer.

Tant de silence
à faire naître
dans cette chair pensive, battement
de tambour des mots
au-dedans, tant de mots

perdus dans le vaste monde
au-dedans de moi, et de ce fait avoir compris
que malgré moi

je suis là.

Comme si c’était le monde.

(Paul Auster)

Illustration: Shoji Ueda

 

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