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Poésie

Posts Tagged ‘pente’

Partir le coeur vide (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



Partir
le coeur vide
la tête sans mémoire,

sur les paumes
le tracé des cols
la pente des fleuves,

dans le poing
l’emplacement des ports.

Partir
nu,
n’emporter que soi
sur les épaules.

(Gérard Le Gouic)

Illustration: Alberto Giacometti

 

 

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Cette impression (Pascal Commère)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2020



Carry Akroyd   'feeding' screen print

 

Cette impression, marchant, certains jours d’être
de la famille d’un poème et sa lumière sans
pouvoir franchir la cendre des mots vides
cependant que le chemin monte (lichens
vos beaux yeux peints) ainsi nous allons
toute herbe derrière nous refermée et qui bruit
par le travers des pentes (soleil
bousier qui saigne — hameau noir
dans le jour naissant) qu’est-c’ qui nous
émerveille plus que vous — fleurs plurielles

(Pascal Commère)

Illustration: Carry Akroyd 

 

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Rondeauderdrome des vagues (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2020



Illustration
    
Rondeauderdrome des vagues

Les vagues touchent le sable
Montent la pente s’affaissent
Avec leurs rouleaux d’écume
Et retournent dans la mer
Les vagues touchent le sable
L’une après l’autre les vagues
Montent la pente s’affaissent
Et retournent dans la mer
L’une après l’autre les vagues
Avec leurs rouleaux d’écume
Les vagues touchent le sable

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nox (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Nox

Sur la pente des monts les brises apaisées
Inclinent au sommeil les arbres onduleux ;
L’oiseau silencieux s’endort dans les rosées,
Et l’étoile a doré l’écume des flots bleus.

Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,
Une molle vapeur efface les chemins ;
La lune tristement baigne les noirs feuillages ;
L’oreille n’entend plus les murmures humains.

Mais sur le sable au loin chante la Mer divine,
Et des hautes forêts gémit la grande voix,
Et l’air sonore, aux cieux que la nuit illumine,
Porte le chant des mers et le soupir des bois.

Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines
Entretien lent et doux de la Terre et du Ciel !
Montez, et demandez aux étoiles sereines
S’il est pour les atteindre un chemin éternel.

O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,
Vous m’avez répondu durant mes jours mauvais ;
Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,
Et dans mon coeur aussi vous chantez à jamais !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Tina Palmer

 

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LA ROUE (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



LA ROUE

I
Chante, étranger sur le trottoir
Ta voix n’écarte aucun volet

Au soleil blanc reste en arrêt
Chante plus fort chante plus noir

Dos au mur aveuglant
Face au fronton des façades

La note frappera la seule vitre en flammes
Aux mille éclairs vois le sourire du temps

Comme
un grand visage
qui se nomme

II
O doux éclatement
Le livre s’est ouvert
et j’ai vu du coeur qui ne ment
déborder les souvenirs de mon enfance

Comment
dis-moi comment
ce passé s’est ouvert
que tu gardais si pieusement
pour habiter ce coeur d’abondance

La bouche de blessure
avait-elle mis son secret
dans la grenade mûre
Si longtemps
si longtemps après

C’est bien ma solitude
comme une ancienne fleur
qui plus tard a germé dans ce feu
Où donc
jadis perdue

III
La parole est morte
Et le monde est venu
Et les rues sont pleines de monde

Personne ne passe la porte
Tout se nomme refus
Et les ruines s’enivrent de monde

Au fond de la chaussée
une grande fleur d’encre
qui rature la joie

L’attente folle
couleur de fuite
un souvenir géant
qui efface tout

IV
Coeur dévasté pour rire
beauté usée par les sales regards

Le triste et le gai
comme des éventails
et la blessure comme un loup

L’histoire finit
lorsqu’il n’est plus temps

V
La rue suit sa pente
Les hommes leur chemin
ou suivent les passantes
Moi seul je me souviens
Le soleil las poursuit sa route
Les fenêtres s’entrouvrent
au silence à la fraîcheur

Une grande roue tourne
et tourne grande roue
où les hommes s’usent

La terre mâche la terre

(Robert Guiette)

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Gravissant la pente du printemps (Mayuzumi Madoka)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2019



Illustration: Ogata Gekko 
    
Gravissant la pente du printemps
elle s’en va déposer
ses ex-voto d’amour

***

(Mayuzumi Madoka)

 

Recueil: Haikus du temps présent
Traduction: Corinne Atlan
Editions: Philippe Picquier

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SACRÉ-CŒUR ! (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019




    
SACRÉ-CŒUR !

Sacré-Coeur !
je te vois
Ô Biberon
avec ta grosse tétine en forme de croix

Sacré-Coeur !
mais vous êtes sept biberons !
je vous aperçois très bien du bas de la pente
square Saint-Pierre
trois petits biberons
trois moyens biberons
et un gros

C’est le soir
la gloire du ciel s’écarte
pour que les anges viennent téter
trois petits biberons
trois moyens biberons

Mais toi
gros biberon
tu es pour l’Enfant Jésus
ah !
puisse-t-il ne pas se blesser les lèvres
sur ta tétine en forme de croix

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Traduction:
Editions: Gallimard

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La vague étrangère à la terre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Guillaume Seignac
    
La vague étrangère à la terre

De l’obscurité arrive, comme si souvent, une résonance,
Parcourant de haut en bas les cloisons ténues.
Je prête l’oreille et pense à ce jour
Qui, à peine passé, me rappelle à lui.

Mais même le jour ne peut tant me lier
Et par-dessus moi étendre son bras.
Je suis entièrement réveillée et entends un martèlement
Qui actionne mon coeur de lourds battements.

Je presse et ferme les paupières éveillées.
Les eaux des mers m’enserrant brusquement dans un rugissement,
Je les laisse s’élever autour de moi en me souvenant
Et j’ai glissé sur la pente de rêves obscurs.

Ce ne fut pas un rêve, ce fut seulement une heure,
Qui m’appela au rivage, chaude et ardente.
Tu étais, fraîche et claire, la vague d’argent,
Qui me baigne encore dans le crépuscule et le sommeil.

Je lève vers la nuit des bras chauds et tendres
Dans l’attente de la délivrance,
Quand à ma fenêtre frappent des papillons tardifs
Apportant un souffle de ton imminence.

***

Die unirdische Welle

Aus Dunkel kommt, wie schon so oft ein Tönen,
Die schmalen Wände auf und niederströmend.
Ich lausche auf und denke dieses Tages,
Der kaum vergangen, mich zu sich noch ruft.

Doch auch der Tag kann mich so sehr nicht binden
Und über mich mit seinem Arme greifen.
Ich bin ganz wach und höre einen Hammer,
Der mir das Herz bewegt mit schweren Schlägen.

Ich presse die erwachten Lieder zu.
Der Meere Wasser, die mich jäh umrauschen
Lass ich erinnernd höher um mich steigen
Und bin zu dunklen Träumen abgeglitten.

So war kein Traum, so war nur eine Stunde,
Die heiss und glühend mich zum Strande rief.
Du warst die kühle, silberhelle Welle,
Die noch im Dämmer mich, und Schlaf umspühlt.

Die warmen Arme hebe ich zur Nacht
Und warte den Erlösungen entgegen,
Wenn an mein Fenster späte Falter schlagen
Und einen Hauch von deiner Nähe bringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Levant les yeux (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Kazuya Akimoto
    
Levant les yeux

Qu’après une jouissance insipide
Humiliée, amère et sans lumière
Je me ressaisisse et me reprenne,
Me redonne un peu d’estime.
Je suis un fleuve
Avec des vagues qui cherchent les rives,
L’ombre des buissons sur le sable,
La chaleur des rayons du soleil,
Ne serait-ce qu’une seule fois.

Mais mon chemin est sans pitié.
Sa pente me pousse vers la mer.
Grande, sublime mer !
Je ne connais pas d’autre souhait
Que de m’engloutir en me répandant
Dans la plus infinie des mers.

Comment un désir
De saluer des rives plus douces
Peut-il me retenir
Tant que du sens ultime
Je connais l’existence !

***

Aufblickend

Daß ich nach schalem Genusse,
Erniedrigt, bitter und lichtlos
Mich fasse und in mich greife,
Macht mich noch wert.
Ich bin ein Strom
Mit Wellen, die Ufer suchen,
Schattende Büsche im Sand,
Wärmende Strahlen von Sonne,
Wenn auch für einmal nur.

Mein Weg aber ist ohne Erbarmen.
Sein Fall drückt mich zum Meer.
Großes, herrliches Meer!
Ich weiß keinen Wunsch auf diesen,
Als strömend mich zu verschütten
In die unendlichste See.

Wie kann ein Begehren,
Süßere Ufer zu grüßen,
Gefangen mich halten,
Wenn ich vom letzten Sinne
Immer noch weiß!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Je la connais (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 


    
Je la connais

Le tintement de l’heure au sommet des églises
scande un pas solitaire et mon ombre perdue
se débat sur les murs en sursauts de pendu
la nuit vient maquiller la maigre fiancée grise

si je dors elle arrive et tempête chez moi
si je dis le vin bon elle brise mon verre
si je gagne au bonheur elle envoie d’un revers
rouler le jeu je ne sais plus ce que je crois

si je serre une main elle crache dessus
si je montre le blanc elle exhibe le noir
elle brille et s’aiguise à la meule du soir
elle rit elle danse et je suis son bossu

ma sans-sommeil ô ma grinçante
ma questionneuse ma rusée
ma radoteuse ma butée
mon frein brûlé ma folle pente

je suis ta chose et tu me hantes
toi le marteau qui sans fin plantes
dans mon étau les treize coins
des questions de ta question.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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