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Poésie

Posts Tagged ‘pépin’

Les pommes respirent (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2017




    
Les pommes respirent

Ne laissez pas l’amour s’échapper de ses pommes.
Ce sont des fruits mordus, sucrés, puis oubliés.
On trouve dans l’herbage ce qui reste d’un homme ;
pulpes mortes et fraîches, chair qui perdit son nacré.

Le pommier a fleuri dans le gel d’hiver ;
ses pétales ont été emportés au loin par un vent sec.
L’écorce s’est fendue, la mousse est sa misère ;
une roue a écrasé ses pépins, la neige les enterre.

L’amour charnu bouge dans le vent froid,
pomme jaunie par les soucis :
c’est un nomade abandonné sans être en vie,
quel amant a choisi d’être un dieu sans carquois ?

Amour rouge et rond telle une pomme douce,
on retrouve des traces de dents sur la peau neuve.
Est-ce un baiser perdu dont la sève s’abreuve ?
On oublie le pas discret d’une saison trop rousse.

Amour, quoi de plus secret, perdu, abandonné,
la guêpe a mordu son cœur qui fut le tien.
Tu roules sur le chemin avec les chiens,
tu te laisses enfermer dans un blanc compotier.

Amour comestible dont le jus fait du bien.

(Jean Cayrol)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Chacun vient avec son silence
Traduction:
Editions: Points

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LE GRAND LIVRE (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



    

LE GRAND LIVRE

Quelque part dans un tuyau d’orgue
dans les carafes et le sang des libellules
dans les villes mentales
et la ménagerie des fantômes

On est allé. on s’est dissous
dans l’étonnement. on a postulé
le coeur de la terre. puis on s’est tu
avec le couteau qui se repose.

Quelque part dans la résine ou les pépins de pomme
dans des ferveurs d’hirondelle
dans une serpillière et la trompette qui éclate
dans l’écurie aux morsures fraîches

On s’est frayé un chemin égarant.
On s’est repu de patience et de nuages
et d’obscurité sans limites.
On s’est évanoui dans la splendeur.

Quelque part dans le bois ou l’espèce de sourire
des chaises fracassées. dans la langue affaiblie
des violettes. dans la main froide des étrangers
et les petites créatures paisibles.

Dans le chant limpide des fenêtres
et la poussière vivante. dans le moustique scintillant.
les stèles, les arcs. et le fouet des tempêtes.
dans la sphère exacte de la bulle.

On s’est inscrit. on s’est enfoui. on a germé.
on est devenu la Terre.
on s’est rassemblé. on s’est accepté.
on a regardé le Grand Livre.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Le nom perdu
Editions: Gallimard

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C’était dans cette impénétrable retraite (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
[…]

C’était dans cette impénétrable retraite
que dormait,

entouré par l’univers,
ceinturé par le zodiaque,
environné par l’horizon,
enveloppé par l’océan,
enclos dans le récif,
emprisonné dans les montagnes,
niché dans sa chambre,
ceint de l’insigne royal,
serré entre des bras,
replié sur lui-même,

l’indivisible Donjalolo,
monarque absolu de Juam

– amande au coeur de sa triple écorce,
étincelle au plus secret du rubis,
pépin blotti dans la pulpe juteuse d’une orange dorée,
royal noyau de pourpre dans la pêche efféminée,
sphère encapsulée au centre des sphères.

(Herman Melville)

 

Recueil: Mardi et le voyage qui y mena

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Sanguine (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Sanguine

La fermeture éclair a glissé sur tes reins
Et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
Au beau milieu de l’ombre
A éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parqué ciré
N’a pas fait plus de bruit
Qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
Ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
Joli fruit
La pointe de ton sein
A tracé une nouvelle ligne de chance
Dans le creux de ma main
Sanguine
Joli fruit
Soleil de nuit

(Jacques Prévert)


Illustration

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SANGUINE (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017


 


 

Ljubomir Ivankovic 1953 - Serbian-born Canadian painter -   (41) [1280x768]

SANGUINE

La fermeture éclair a glissé sur tes reins
et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
au beau milieu de l’ombre
a éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parquet ciré
n’a pas fait plus de bruit
qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
joli fruit
la pointe de ton sein
a tracé une nouvelle ligne de chance
dans le creux de ma main
Sanguine
joli fruit

(Jacques Prévert)

Illustration: Ljubomir Ivankovic

 

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COMME PAR MIRACLE (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017


 


 

Comme par miracle
Des oranges aux branches d’un oranger
Comme par miracle
Un homme s’avance
Mettant comme par miracle
Un pied devant l’autre pour marcher
Comme par miracle
Une maison de pierre blanche
Derrière lui sur la terre est posée
Comme par miracle
L’homme s’arrête au pied de l’oranger
Cueille une orange l’épluche et la mange
Jette la peau au loin et crache les pépins
Apaisant comme par miracle
Sa grande soif du matin
Comme par miracle
L’homme sourit
Regardant le soleil qui se lève
Et qui luit
Comme par miracle
Et l’homme ébloui rentre chez lui
Et retrouve comme par miracle
Sa femme endormie
Emerveillé
De la voir si jeune si belle
Et comme par miracle
Nue dans le soleil
Il la regarde
Et comme par miracle elle se réveille
Et lui sourit
Comme par miracle il la caresse
Et comme par miracle elle se laisse caresser
Alors comme par miracle
Des oiseaux de passage passent
Qui passent comme cela
Comme par miracle
Des oiseaux de passage qui s’en vont vers la mer
Volant très haut
Au-dessus de la maison de pierre
Où l’homme et la femme
Comme par miracle
Font l’amour
Des oiseaux de passage au-dessus du jardin
Où comme par miracle l’oranger berce ses oranges
Dans le vent du matin
Jetant comme par miracle son ombre sur la route
Sur la route où un prêtre s’avance
Le nez dans son bréviaire le bréviaire dans les mains
Et le prêtre marchant sur la pelure d’orange jetée par l’homme au loin
Glisse et tombe
Comme un prêtre qui glisse sur une pelure d’orange et qui tombe sur une route
Un beau matin.

(Jacques Prévert)

Illustration

 

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Les singes mangent des bananes (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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Les singes mangent des bananes
parce que les oranges contiennent des pépins.
Tous les singes ne sont pas cinglés.
King-Kong n’a fait qu’une erreur,
c’est de tomber amoureux d’une créature humaine.

(Jean-Claude Demay)

 

 

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La pomme et l’escargot (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2016



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La pomme et l’escargot

Il y avait une pomme
A la cime d’un pommier ;
Un grand coup de vent d’automne
La fit tomber sur le pré !

Pomme, pomme,
T’es-tu fait mal ?
J’ai le menton en marmelade
Le nez fendu
Et l’oeil poché !

Elle tomba, quel dommage,
Sur un petit escargot
Qui s’en allait au village
Sa demeure sur le dos

Ah ! stupide créature
Gémit l’animal cornu
T’as défoncé ma toiture
Et me voici faible et nu.

Dans la pomme à demi blette
L’escargot, comme un gros ver
Rongea, creusa sa chambrette
Afin d’y passer l’hiver.

Ah ! mange-moi, dit la pomme,
puisque c’est là mon destin ;
par testament je te nomme
héritier de mes pépins.

Tu les mettras dans la terre
Vers le mois de février,
Il en sortira, j’espère,
De jolis petits pommiers.

(Charles Vildrac)

 

 

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Le raisin (Anne-Marie Chapouton)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2016



Le raisin

Grappe
de raisin
raisin blanc
raisin noir
ou vert
un pépin
craque
sous la dent
grappe
de raisins
grains
de soleil

(Anne-Marie Chapouton)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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PREMIERE LETTRE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



 

Ardith Starostka (4)

PREMIERE LETTRE

Puisque nous avons seize ans,
Vivons, mon vieux camarade,
Et cessons d’être innocents ;
Car c’est là le premier grade.

Vivre c’est aimer. Apprends
Que, dans l’ombre où nos coeurs rêvent,
J’ai vu deux yeux bleus, si grands
Que tous les astres s’y lèvent.

Connais-tu tous ces bonheurs ?
Faire des songes féroces,
Envier les grands seigneurs
Qui roulent dans des carrosses,

Avoir la fièvre, enrager,
Etre un coeur saignant qui s’ouvre,
Souhaiter d’être un berger
Ayant pour cahute un Louvre,

Sentir, en mangeant son pain
Comme en ruminant son rêve,
L’amertume du pépin
De la sombre pomme d’Eve ;

Etre amoureux, être fou,
Etre un ange égal aux oies,
Etre un forçat sous l’écrou ;
Eh bien, j’ai toutes ces joies !

Cet être mystérieux
Qu’on appelle une grisette
M’est tombé du haut des cieux.
Je souffre. J’ai la recette.

Je sais l’art d’aimer ; j’y suis
Habile et fort au point d’être
Stupide, et toutes les nuits
Accoudé sur ma fenêtre.

(Victor Hugo)

Illustration: Ardith Starostka

 

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