Arbrealettres

Poésie

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Sensations (Hippolyte Taine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Sensations

Des cils roides et longs, antennes hérissées,
Font sentinelle autour de son nez frémissant ;
Et le plus léger bruit qui le frôle en passant
Élargit sur son front ses oreilles dressées.

Quand la nuit a brouillé les formes effacées,
Il voit ; le monde noir à son regard perçant
Ouvre ses profondeurs ; il distingue, il pressent ;
Ses sens plus acérés aiguisent ses pensées.

Des craquements de feu courent sur son poil roux ;
Tout le long de sa moelle un tressaillement doux
Conduit l’émotion en son âme inquiète.

Les poils de son museau vibrent à l’unisson,
Et sa queue éloquente a le divin frisson,
Comme une lyre l’or aux mains d’un grand poète.

(Hippolyte Taine)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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À la Muse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



À la Muse

La Muse ma soeur m’a regardée en face,
Son regard est clair, perçant.
Elle m’a retiré la bague d’or,
Premier cadeau du printemps.

Muse ! vois comme toutes sont heureuses
Les filles, les femmes, les veuves…
Plutôt mourir sur la roue
Que ces chaînes.

Je sais : pour connaître l’avenir, à mon tour d’effeuiller
La douce fleur, la marguerite,
À chacun ici-bas de subir
La torture amoureuse.

Je brûle jusqu’à l’aube une chandelle à la fenêtre
Et ne languis après personne,
Mais je ne veux pas je ne veux pas je ne veux pas
Savoir comment on en embrasse une autre.

Demain, en riant, les miroirs me diront :
« Ton regard n’est ni clair ni perçant… »
Et doucement je répondrai: « Elle m’a repris
Le don divin ».

(Anna Akhmatova)

 

 

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A… l’inconnue (Jan Hanlo)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017




    
A… l’inconnue

Tu as produit un roucoulement perçant
comme si la fête allait commencer
Comme un coq — jeune fille — un vautour enchanté
un gnou en plein désarroi
de toutes façons quelque chose de sauvage

Tu t’es mis aussi à danser comme quelque chose de sauvage
un marabout excité ou quelque nom de bête
Toute en aiguilles et en saccades
Tu as pointé tes fesses dans tous les sens
mais surtout vers moi
Et dans tes yeux déjà l’inoubliable
Pourtant tu ne t’es pas jetée dans mes bras
car je n’ai pas dit Viens donc mon amour

(Jan Hanlo)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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