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Posts Tagged ‘perce-neige’

Le printemps est là, superbe! (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Le printemps est là, superbe!

Il est là, le printemps, le superbe printemps!
De longs bateaux légers, le vieux Danube rêve.
Il est là, le printemps, le printemps plein de sève!
Entends…
Et vois le vent d’avril qui roule et qui soulève
Les senteurs de nos prés. Avec elles, joyeux,
Le vent joue au cerceau. Sens-tu son allégresse?
Dis-le! Sais-tu ce que je veux?
Il me faudrait une maîtresse
Sous le venteux éveil,
Une maîtresse au souffle frais, vermeil,
A la carnation de perce-neige.
« Etreins-moi, Belle Biche! Encore! » lui dirai-je.
Chaque enfant est un rire au savoureux solfège.
II est là, le printemps,
Le joyeux cri du ciel! Entends!
II est venu, dis-tu, plus tôt que de coutume?
L’hiver aurait-il existé?
Il n’a jamais été!
Avant de naître, il fut posthume!
Eclose ton grand cœur! Jaillissent les bourgeons
Issus de nos poumons!
Monte le vent d’avril plus léger que la plume!

(Attila Jozsef)


Illustration: François-Joseph Durand

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Si mon amour pouvait franchir le soi désert (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Je les vois maintenant à travers un vide
Plus large, plus profond que le temps et l’espace.
Tout ce que j’ai fini par être
Sépare mon coeur et la rose,
La flamme, l’oiseau, le brin d’herbe.
Les fleurs sont voilées ;
Dans un univers d’ombres, les apparences
Passent sur une grande toile vide
Où l’image vacille, disparaît,
Où rien n’existe, et tout n’est que semblant.
Mais toujours l’esprit, désireux d’aller plus avant,
Les a suivies, tandis qu’elles s’éloignaient
Au fond de leurs espaces intérieurs,
Il arrachait les pétales des fleurs, les ailes des mouches,
Pourchassait le coeur au scalpel,
Disséminait sous une loupe la poussière de la vie ;
Mais les plus inaccessibles, étranges
Écailles iridescentes, cellules, fuseaux, chromosomes,
Simplement toujours sont :
Avec la grêle, les cristaux de neige, les montagnes, les étoiles,
Le renard au crépuscule, les éclairs, les moucherons dans l’air du soir
Tous partagent le mystère de la nature,
Proclament JE suis, et demeurent sans nom.

Parfois, de très loin,
Les créatures me font signe :
Une violette sourit au bord pâle de l’obscurité,
Une goutte de pluie suspendue au toit m’appelle,
Et un jour, dans l’herbe haute humide,
Un jeune oiseau m’a regardée.
Leur être est digne d’amour, est amour ;
Et si mon amour pouvait franchir le soi désert
Qui sépare tout ce que je suis et tout ce qui est,
Elles sauraient pardonner et bénir.

***

I see them now across a void
Wider and deeper than time and space.
All that I have come to be
Lies between my heart and the rose,
The flame, the bird, the blade of grass.
The flowers are veiled;
And in a shadow-world, appearances
Pass across a great toile vide
Where the image flickers, vanishes,
Where nothing is, but only seems.
But still the mind, curious to pursue
Long followed them, as they withdrew
Deep within their inner distances,
Pulled the petals from flowers, the wings from flies,
Hunted the heart with a dissecting-knife
And scattered under a lens the dust of life;
But the remoter, stranger
Scales iridescent, cells, spindles, chromosomes,
Still merely are:
With hail, snow-crystals, mountains, stars,
Fox in the dusk, lightning, gnats in the evening air
They share the natural mystery,
Proclaim I AM, and remain nameless.

Sometimes from far away
They sign to me;
A violet smiles from the dim verge of darkness,
A raindrop hangs beckoning on the eaves,
And once, in long wet grass,
A young bird looked at me.
Their being is lovely, is love;
And if my love could cross the desert self
That lies between all that I am and all that is,
They would forgive and bless.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Ecole buissonnière (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Ecole buissonnière

Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril,
Moqueuse au moucheron subtil
Ma pensée est une églantine ;
Si parfois tremble son pistil
Sa corolle s’ouvre mutine.
Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril.

Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes,
Un peu rude au doux abandon
Ma pensée est comme un chardon ;
Tu viens le visiter, bourdon ?
Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes.

Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux
Aux chants des eaux et des oiseaux,
Ma pensée est une insensée.
Les roseaux font de verts réseaux,
Lotus sans tige sur les eaux
Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux.

Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête
Couleur, parfum et trahison,
Ma pensée est l’âcre poison,
Fleur frêle, pourprée et coquette
Qu’on trouve à l’arrière-saison
Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête.

Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid
Sans souci d’heure ni d’endroit
Ma pensée est un perce-neige.
Si son terrain est bien étroit
La feuille morte le protège,
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid.

(Charles Cros)

Illustration

 

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LA SEMAISON (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



nature  a (6)

 

LA SEMAISON

Notes pour des poèmes

I
Nous voudrions garder la pureté,
le mal eût-il plus de réalité.

Nous voudrions ne pas porter de haine
bien que l’orage étourdisse les graines.

Qui sait combien les graines sont légères
redouterait d’adorer le tonnerre.

II
Je suis la ligne indécise des arbres
où les pigeons de l’air battent des ailes;
toi qu’on caresse où naissent les cheveux
Mais sous les doigts déçus par la distance
le soleil doux se casse comme paille.

III
La terre ici montre la corde. Mais qu’il pleuve
un seul jour, on devine à son humidité
un trouble dont on sait qu’elle reviendra neuve.
La mort, pour un instant, a cet air de fraîcheur
de la fleur perce-neige…

IV
Le jour se carre en moi comme un taureau :
on serait près de croire qu’il est fort…

Si l’on pouvait lasser le torero
et retarder un peu la mise à mort!

V
L’hiver, l’arbre se recueille.

Puis le rire un jour bourdonne
et le murmure des feuilles,
ornement de nos jardins.

Pour qui n’aime plus personne,
la vie
est toujours plus loin.

(Philippe Jaccottet)

 

 

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Oh, le plaisir de ta venue (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018




Oh, le plaisir de ta venue,
Oh, l’impatience retenue,
Contenue, continue,
De ton baiser chagrin.
Oh, ta gorge d’espoir bombée
Ta présence du ciel tombée,
Dérobée, absorbée
Par mes voeux souverains.

Perce-neige des matinées
Dans la neige des destinées,
Fleur aimée, condamnée
Aux sources de mes mains.
Oh, battement des nuits prochaines
Fantôme-roi de mes domaines,
Oh, ma reine en neuvaine
Je suis ton pèlerin.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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Chanson de Régine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Chanson de Régine

1
J’ai une fleur que j’aime
D’un tendre coeur
C’est un perce-neige
Que j’ai fait naître beige
A côté d’autres fleurs
Ne réponds plus mon coeur
Même à la rose
Reine des fleurs
J’ai une fleur, j’ai une fleur
Que j’aime d’un tendre coeur
D’un tendre coeur
D’un tendre coeur.

2
Voici bien des années
Que dans mon coeur
Ton image aimée
Fidèle est demeurée
Elle est mon seul bonheur
Le trésor de mon coeur
C’est de revoir
Tes grands yeux noirs
Dans un rêve intime et très doux
Qui m’accompagne partout
La nuit le jour
Rêve d’amour.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Valse de Régine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



    

Valse de Régine

L’amour, ce bel enfant
Doux et rieur
Qui sème le printemps
Au fond des coeurs
Fit fleurir en moi-même
Un frais jardin
O belles fleurs que j’aime
Qu’il vienne enfin!
Tu resteras toujours
Mon éternel amour
J’ai voulu te le dire
Et n’ai pu que sourire…
J’ai cueilli pour toi la fleur de mai,
Le perce-neige au parfum si frais
Mais toi, tu dédaignas
Ce bouquet délicat
Que ma timidité
Ose à peine effeuiller!
Tu resteras, chéri,
Mon unique souci
Tu resteras toujours
Mon seul amour!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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S’abaisser jusqu’à l’humus (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

S’abaisser jusqu’à l’humus où se mêlent
Larmes et rosées, sangs versés
Et source inviolée, où les corps suppliciés
retrouvent la douce argile,
Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
rien ne soit perdu.

S’abaisser jusqu’à l’humus où se loge
La promesse du souffle originel. Unique lieu
De transmutation où se frayeurs et douleurs
Se découvrent paix et silence. Se joignent alors
Pourri et nourri, ne font qu’un terme et germe.
Lieux du choix : la voix de mort mène au néant,
Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu,
Pour que tout ait une fin et que pourtant
toute fin puisse être naissance.

S’abaisser jusqu’à l’humus, consentir
A être humus même. Unir la souffrance portée
Par soi à la souffrance du monde ; unir
Les voix tues au chant d’oiseau, les os givrés
Au vacarme des perce-neige !

(François Cheng)

 

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Retouche à ta cousine (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



retouche à ta cousine

l’odeur d’ortie de la chambre des filles
laisse au miroir une ombre verte
et la pâleur des perce-neige

à terre le valet de coeur est roi des cartes
et l’endroit clos semble subir un siège
mais le temps ressemble au chat câlin lisse et tiède

(Daniel Boulanger)

 

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L’envie vite et fort de hurler (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



L’envie vite
et fort
de hurler
presque vide
Pour retrouver
le poing serré
des poumons
Ce soleil enragé
qui ronge
l’ombre
où tu prononces

L’asparagus léger de l’air
entre les tiges droites
du parfum
Alors qu’il promène
sur l’eau mince du cou
ses mains qui te hissent
en cascades
Ta lenteur de perce-neige
enrochée
au vieux pan de mur
de mon visage

(Werner Lambersy)


Illustration

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