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Poésie

Posts Tagged ‘percé’

La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Ginkgo biloba (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


La feuille de cet arbre
Qu’à mon jardin confia l’Orient
Laisse entrevoir son sens secret
Au sage qui sait s’en saisir.
Serait-ce là un être unique
Qui de lui-même s’est déchiré ?
Ou bien deux qui se sont choisis
Et qui ne veulent être qu’un ?
Répondant à cette question
J’ai percé le sens de l’énigme
Ne sens-tu pas d’après mon chant
Que je suis un et pourtant deux ?

***

Dieses Baums Blatt, der von Osten
Meinem Garten anvertraut,
Giebt geheimen Sinn zu kosten
Wie’s den Wissenden erbaut.

Ist es ein lebendig Wesen,
Das sich in sich selbst getrennt,
Sind es zwei, die sich erlesen,
Daß man sie als eines kennt.

Solche Fragen zu erwiedern
Fand ich wohl den rechten Sinn,
Fühlst du nicht an meinen Liedern
Daß ich eins und doppelt bin.

(Goethe)

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Percé de lucarnes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018



Percé de lucarnes

Débusque ce battement-de-nous
gravé dans l’énigme

Explore cette trame-de-nous
où l’univers s’avive

Le coeur percé de lucarnes
Reconnais la rencontre

Sacre l’éphémère.

(Andrée Chedid)

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Primevère et Perce-neige (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Primevère et Perce-neige

—Primevère! Primevère! réveille-toi!
—Qui m’appelle?
—C’est Perce-Neige, ton ami, qui a froid et qui voudrait se réchauffer à ton haleine!
—Pourquoi ai-je dormi si longtemps! Il fait si bon respirer la brise printanière,
voir l’herbe verte, sentir la tiède odeur des bourgeons,
se mirer dans le clair ruisseau!
—Sans moi tu dormirais encore, c’est à moi que tu dois
les sourires de cette riante matinée d’avril.
Si tu savais comme tu es jolie dans ton petit corsage blanc,
comme tes joues sont fraîches,
comme tu t’inclines gracieusement sous la brise qui t’effleure!
Penche vers moi ta corolle, et laisse-moi te donner un baiser.
—Le printemps n’aime pas l’hiver; la jeunesse n’aime pas la vieillesse.
Tu vas mourir et tu parles d’aimer!
—Mes forces se sont épuisées à percer les dures neiges de l’hiver;
mais ton parfum me ranime, Primevère; l’amour me fera revivre.
—N’entends-tu pas dans l’air comme un battement d’ailes invisibles?
Il arrive le jeune Zéphire;
c’est lui que je veux aimer, c’est lui qui aura mon premier baiser.
—J’ai fleuri jusqu’à ce jour malgré la glace; je sens venir le printemps;
me faudra-t-il mourir sans entendre le doux chant des oiseaux,
sans sentir la chaleur vivifiante du soleil et de l’amour!
—Les vieillards ne sont faits ni pour le soleil ni pour l’amour;
l’air chaud du printemps et des passions brise leur poitrine débile.
Malheur à celui qui aime trop tard!

Pendant qu’elle parlait, Zéphire planait sur la Primevère;
haleine et parfum, tout se confondit.
Le vent, ému de ce baiser, passa sur la tête du Perce-Neige;
il mourut tué par la première brise.

(J.J. Grandville)

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ET D’UN AUTOMNE ENCORE (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



ET D’UN AUTOMNE ENCORE

Nous avions oublié les ruines de l’automne
Les grands châteaux du soir emportés dans le ciel
Les chevaux dénoués l’écume flagellée
Et la bête mourant dans l’ornière luisante

Nous avions oublié sous ces mains de fougère
L’âcre odeur on ne sait d’hier ou de demain

Nous avions oublié sentinelle de brume
Sur les confins de terres vaines le chasseur
Qui va percer au coeur le dimanche immobile

Nous avions oublié les vitres sans chemin
Où brodent pour nos fronts la buée et le songe
Sur un sable plus blanc les barques renversées
Et le temps se parlant dans sa langue d’aïeul

Nous avions oublié cette flamme dernière
De l’arbre du regard de la mer et du jour
Et le doigt patient qui tisse maille à maille
Une cage de vide autour d’un oiseau mort.

(René Guyomard)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Il était une feuille (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

(Robert Desnos)

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IL ÉTAIT UNE FEUILLE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



    

IL ÉTAIT UNE FEUILLE

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de coeur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de coeur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de coeur
Coeur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de coeur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Fortunes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Enigme d’un jour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Enigme d’un jour

Quel jour crie aux gorges des oiseaux ?
— si longtemps sans mourir, si longtemps sans souffrir. –

Voici la vie et le vent sur le toit des maisons
les oiseaux ont peur, les oiseaux ont froid
les feuilles courent sur les toits voici la vie, mon pauvre coeur.

Tu es là sous la pierre silencieuse et froide
la lumière encense ton regard en brisant la vitre
des gestes bruissent : une forêt de serpents noirs
tu es là sous la pierre.

Voici la fronde de l’enfant
voici la tête folle d’où choit le sang de la lumière
le regard injecté de ciel voici qu’il vise
fuis vers le plus froid des eaux.

Tu es là seul et nu, seul sous la couronne de songes
seul cerné de sève
percé d’un doigt de feu, coeur sans amour
au mitan d’une chair, au soir d’un jour.

– Si longtemps sans mourir, si longtemps sans souffrir. —

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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TIREZ (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Zdzislaw Beksinski   20_beksinski [1280x768]

TIREZ

Tirez des salves de désespoir!
Tirez!
Tirez!
Tirez sur les âmes!

Que l’homme malade tombe,
Ames malades, consumez-vous!
Fondez!
Avec de nouvelles ailes vers le jour.

Le ciel est percé,
Le coeur est percé
Et tout
Tout en vain…

(Srecko Kosovel)

Illustration: Zdzislaw Beksinski 

 

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Les arrosoirs (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



 

Les arrosoirs

C’était un arrosoir
Percé de douze trous.
Il vous raconte son histoire
Pas drôle du tout.

— J’étais un arrosoir célèbre
Respecté de tout le monde
Et comme tous les arrosoirs à l’époque
Je n’avais pas de trous.

Nous n’avions pas de pomme,
Nous avions une anse
Ça ne regardait personne.
Nous vivions en silence.

Mais un jour un jardinier
Vint en traînant ses gros pieds.
Il me saisit brutalement par l’anse
Il me saisit avec violence !

— Tu vas arroser les roses !
— Arroser les roses?
Que les roses s’arrosent
Si ça leur plaît,

(Robert Desnos)

Illustration: Patrick Martin

 

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