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Poésie

Posts Tagged ‘percer’

Chacun reste seul (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Benoit Colsenet
    
Chacun reste seul sur le coeur de la terre
percé par un rayon de soleil
et soudain c’est le soir.

***

Ognuno eta Bolo sul cuor sella ferra
trafitto da un raggio di sole
ed è subito sera.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet
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FLEURS DE CARÊME (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
FLEURS DE CARÊME

Primerose, anémone, mousse et campanule
Poussent au royaume de la croix

Et le bourgeon pourpre du frêne
Dresse l’épée qui verse Son sang.

Les épines qui percent Son front,
De tendres pétales les entourent

Car dans chaque fleur réside le secret
De l’arbre qui crucifie.

Jardin près de l’eau claire
Tous ceux qui entrent ici doivent mourir !

***

LENTEN FLOWERS

Primrose, anemone, bluebell, moss
Grow in the kingdom of the cross

And the ash-tree’s purple bud
Dresses the spear that sheds his blood.

With the thorns that Pierce his brow
Soft encircling pelais grow

For in each flower the secret lies
Of the tree that crucifies.

Garden by the water clear
All must die that enter here !

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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CONTEMPLATION (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018




    
CONTEMPLATION

Avec une peur ancienne se lamentent ou pleurent les voix.
Des formes fugitives venues pour la cérémonie
où elles arracheront de toi le coeur de ta figure lointaine.

La nuit fulgure au dedans de ton masque.
Elles te percent de croassements,
elles te martèlent d’oiseaux noirs.

Des couleurs ennemies s’unissent dans la tragédie.
Quand nous sommes arrivés au centre de l’obscurité
le bois s’est ouvert.

Les formes épouvantées de la nuit sont mortes
et il n’y a plus eu ni dehors ni dedans.

Elles t’ont précipitée,
tu as disparu le masque à la main.
Et plus rien n’a eu l’air d’un coeur.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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La fente (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration:  Gustave Courbet
    
La fente

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

(Jacques Chessex)

 

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Amour (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018




    
Amour m’a fait la cible de la flèche,
Je suis neige au soleil, cire dans le feu,
Brume que vent disperse. Ma voix s’enroue,
Ma dame sans pitié, à vous crier « Grâce ».

Vos yeux, c’est eux qui m’ont porté le coup mortel
Que ne pourront ni temps ni lieu guérir,
De vous seule dépendent, et c’est votre jeu,
Le soleil, le feu et le vent dont je suis la proie.

Car les pensées sont flèches, soleil est ce visage,
Et feu est le désir. Et de ces armes
Amour me perce, m’aveugle, me consume.

Cependant que ce chant, ces mots dignes des anges,
Et cette douce haleine qui me tue,
Sont la brise qui fait que ma vie dérive.

***

Amor m’à posto corne segno a strale,
corne al sol neve, corne cera al foco,
et corne nebbia al vento; et son già roco,
donna, mercé chiamando, et voi non cale.

Dagli occhi vostri uscfo ‘l colpo mortale,
contra cui non mi val tempo né loco;
da voi sola procede, et parvi un gioco,
il sole e ‘l foco e ‘l vento ond’io son tale.

I pensier’ son saette, e ‘l viso un sole,
e ‘l desir foco: e ‘nseme con quest’arme
mi punge Amor, m’abbaglia et mi distrugge;

et l’angelico canto et le parole,
col dolce spirto ond’io non posso aitarme,
son l’aura inanzi a cui mia vita fugge.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Ne crie pas… (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 Illustration: Pascal Renoux
    
Ne crie pas…

Ne crie pas
sollicite à voix basse la sueur écarlate
traîne-la par les cheveux hors du mur circulaire
et de sa rouge meurtrière

Humecte la ligne de partage entre aine et plaine
là où guette l’abeille
celle qui perce le vide
étourdit le sang
enfume labyrinthe et gosier

Ne crie pas te dis-je si tu veux entraîner le monde dans ta noyade
nage en amont en abysses dans un bruit de vagues et de vasques

Refoule l’écume
elle encombre le seuil
obstrue la voûte
réveille par son clapotis barque et timonier

À main basse te dis-je

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Flèche-d’eau (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Flèche-d’eau

« Vogue ma barque, fends le courant rapide;
elle m’appelle à l’autre bord, j’entends sa voix qui me protège! »

Ainsi chantait le pêcheur, et s’appuyant sur sa rame, il
divisait le flot en laissant après lui un sillon argenté.
Sa barque volait comme l’hirondelle; déjà les saules du rivage
laissaient voir leur chevelure verte.
Le pêcheur redouble d’efforts.
Tout-à-coup il lui sembla que sa barque, rebelle à la rame,
était entraînée doucement vers un point opposé.
Au même instant la lune se voila; il vit au milieu des joncs
se dresser lentement une belle femme, et il entendit une
voix qui chantait:

« Où vas-tu, jeune pêcheur?
Écoute, je suis la blanche reine de l’onde.
La rive est pleine de désillusions;
suis le courant qui t’entraîne vers moi;
je te montrerai le chemin qui conduit dans mes bleuâtres royaumes,
vers mon palais de cristal.
Ne me connais-tu pas! Le soir, c’est moi qui t’endors
au bruit de mes soupirs expirant sur la grève;
c’est ma fraîche haleine
que tu respires le matin sur le seuil de ta chaumière.
Vois, ta barque d’elle même marche vers moi.
Laisse-toi aller, pêcheur, suis le courant qui te guide. »

Le pêcheur, pâle d’effroi, gardait le silence.
Le malheureux s’était approché de cet endroit mystérieux
où s’élève la flèche d’eau au milieu de mille plantes aquatiques.
Les rameurs qui ont obéi à son appel n’ont plus reparu au village,
on les a trouvés bien loin sur le rivage, frappés de nombreuses blessures.
La menteuse divinité les avait percés de ses dards.
Ces histoires se présentèrent à l’esprit du pêcheur,
mais l’ondine chantait toujours,
une fascination involontaire le privait de ses forces,
il allait abandonner l’aviron.
Tout-à-coup son nom répété trois fois retentit sur la rive.

« Vogue ma barque,  » s’écria le pêcheur ranimé,
 » fends le courant rapide: elle m’appelle à l’autre bord,
j’entends sa voix qui me protège!  »

Il s’éloigne, et l’ondine disparaît ne laissant après elle
qu’un cercle d’argent sur l’eau.

(J.J. Grandville)

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Que la route est longue (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



    

Que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

Et lourdes sont les épines de la rose, le long du chemin tracé :

Saint Ignace
blanc et flamboyant
passant près d’une rose
se jeta sur le buisson
et meurtrit sa chair

avec la cloche de son habit noir
il voulait assourdir
la beauté du monde
jaillissant de la terre comme d’une blessure

gisant au fond
du berceau de piquants
il vit
le sang couler de son front
se figer sur ses cils
en forme de rose

et sa main aveugle
cherchant les épines
fut percée
du doux toucher des pétales

le saint dupé pleurait
au milieu des moqueries des fleurs

épines et roses
roses et épines
nous cherchons le bonheur

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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Parabole (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Illustration: René Baumer
    
Parabole

Le poète imite les voix des oiseaux
il étire son long cou
et sa pomme d’adam saillante
est comme un doigt maladroit sur l’aile de la mélodie

en chantant il croit vraiment
hâter le lever du soleil
la chaleur de son chant en dépend
et la pureté de ses aigus

le poète imite le sommeil des pierres
la tête dans les épaules
il est comme un fragment de sculpture
à la respiration rare et pénible

en dormant il croit que lui seul
percera le secret de l’existence
et que sans l’aide des théologiens
il happera l’éternité de sa bouche assoiffée

que serait le monde
s’il n’était plein
de l’incessant va-et-vient du poète
parmi les pierres et les oiseaux

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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ICI S’ACHÈVE LE CORPS (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
ICI S’ACHÈVE LE CORPS

ici s’achève le corps
les paroles cèdent
comme les piliers mal agencés
d’une galerie de mine
elles s’effondrent
et le corps s’achève
de nouveau il faudra
percer les tunnels
de nouveau il faudra que son frisson
soit dit

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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