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Poésie

Posts Tagged ‘perdre de vue’

Le nom (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Le nom

Je vous aime vous et votre nom séparément
personnes séparées
Je vous aime vous et votre nom pour
des raisons différentes
Je ferme les yeux et je suis avec votre
nom Je les ouvre et je vous trouve
Je ferme les yeux et
je suis avec vous je les ouvre et je trouve votre nom

Ah c’est
une longue histoire dont je ne puis raconter qu’un petit bout
Il était une fois votre nom et une route
Votre nom était tout seul sur la route Il savait que j’allais
passer par là et il m’attendait
C’est arrivé comme ça Je suis passée
Vraiment par hasard Nous nous sommes dit bonjour
Et sommes restés côte à côte Nous n’avons pas dit pour toujours
comme les amants d’autrefois mais nous avons écrit au fond de
la mer ou dans le repaire de l’arbre qui nous abrita jusqu’à
l’aube quelque chose d’autre
qui voulait dire la même
chose

Nous sommes partis nous perdant de vue Mais
inespérément un jour votre nom vient de nouveau
à ma rencontre Il me monte de nouveau aux lèvres

je savoure de nouveau toutes ses syllabes ses consonnes et
ses voyelles une à une je reconnais leurs sons
leurs contours
dans ma gorge dans ma peau dans mon sang
Puis
nous sommes partis chacun de notre côté sans plus nous voir
jusqu’au jour où de nouveau
à un autre virage du temps
votre nom
Là toujours vivants
les arêtes
le stylet des semi-voyelles
Et par-dessus le pic de la plus
escarpée de la plus seule
la petite goutte de sang jamais
coagulé avec laquelle au-delà de la mort tu m’assistes
adolescent tu me souris
et quelque peu impatient
tu m’attends
Toi
le véritable détenteur
du nom

***

O nome

Gosto de si e do seu nome separadamente
pessoas separadas
Gosto de si e do seu nome por
razôes diferentes
Fecho os olhos e estou corn o seu
nome Abro-os e encontro-o a si
Fecho os olhos e
estou consigo abro-os e encontro o seu nome

Ah é
uma historia comprida de que so posso contar um
bocadinho
Era uma vez o seu nome e uma estrada
O seu nome estava sozinho na estrada Sabia que eu
ia passar por ele e esperava-me
Assim foi passei
Tâo por acaso Dissemos bom dia um ao outro
E ficâmos lado a lado Nâo dissemos para sempre como
os amantes de antigamente mas escrevemos no fundo
do mar ou na toca da ârvore que nos deu abrigo até de
madrugada qualquer coisa outra
que queria dizer
a mesma coisa

Partimos e perdemo-nos de vista Mas
inesperadamente um dia o seu nome vem de novo
ao meu encontro Sobe-me de novo aos lâbios

Saboreio-lhe de novo todas as sîlabas as consoantes e
as vogais uma por uma reconheço-lhes o som
os contornos
na garganta na pele no sangue
Depois
fomos à vida cada um à sua e deixàmos de nos ver
Até que um dia de novo
a outra esquina do tempo
o seu nome
Là estâo elas sempre vivas
as arestas
o estilete das semi-vogais
E por cima do pico da mais
ingreme da mais sô
a gotinha de sangue nunca
coagulada corn que para além da morte me assistes
adolescente me sorris
e um tanto impaciente
me esperas
Tu
o verdadeiro detentor
do nome

(Teresa Rita Lopes)

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Relier (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



Manier l’outil et les mots
Tendre le filet des lignes
Encocher les paroles
Ajuster l’image

Elargir le sens
Fouiller la taille
Affranchir ou retenir
Perdre de vue ou cibler

Enfin accoster l’autre
Relier

(Andrée Chedid)


Illustration: Vladimir Kush

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Chanson pour un soir de clair de lune (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Tu déplaces les rues.
La ville est un labyrinthe.
J’aboutis toujours à ta rue.

Tu changes de nom.
Les jours sont mes échelons.
Ta fenêtre est si haute.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire

Je te perds de vue.
A ta porte, un voleur
s’attaque à la serrure.

Tu bordes mes rêves.
Tu échappes à la terre,
A l’hiver, aux larmes.

(Edmond Jabès)

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Quand je te perdais de vue (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018



quand je te perdais de vue
t’abandonnais à toi-même
c’est que la nuit
me submergeait

(Charles Juliet)

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Elle craint de perdre de vue son image (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



 

Elle craint de perdre de vue son image
de ne plus savoir à quoi elle ressemble
de perdre de vue sa maison
de ne plus savoir si la porte s’ouvrait à l’ouest
d’apprendre qu’un chemin a pénétré chez elle
empilé les chaises sur la table
que le platane du rond-point s’accoude sur sa rambarde

sa crainte de ne plus savoir éteindre le soleil
pour évacuer le sanglot à l’étroit dans sa gorge

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Adamov Alexey

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Parfaite comme la grande vacuité (Seng Ts’an)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016



Parfaite comme la grande vacuité
sans manque ni excès
Choisir entre accepter ou renoncer
nous la fait perdre de vue

Ne recherchez pas le monde extérieur
ne vous attardez pas dans le vide intérieur
Demeurez serein dans l’Unité
et le dualisme disparaîtra de lui-même

En cessant d’agir pour retourner à la quiétude
la passivité vous agitera davantage
Le dualisme est obstruction
mieux vaut s’accorder à l’Unité

(Seng Ts’an)

Illustration

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