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Je n’ai jamais bien su (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2022



    

Je n’ai jamais bien su

Je n’ai jamais bien su le langage des vivants
Et j’essaie en vain d’accorder mon âme
À ceux qui parlent savamment.
Vienne une autre vie avec sa corbeille d’espoir
J’y mettrai mes actions perdues
Mes phrases dérisoires
Et cette étendue sans chaleur
Qui me sépare des humains.
Nommez-moi les choses
Afin que j’apprenne à les tenir dans ma main
Donnez-moi le nom secret des êtres
Afin qu’en eux mon coeur pénètre
Comme une eau douce au mois de Juin.
J’écoute un chant qui ne peut plus s’éteindre
Qui porte en lui tous les bonheurs et tous les cris
Est-ce une flûte? Est-ce une lampe
Que tu me tends ô poésie?
Je marche à la rencontre du jour
Et je vois la beauté invisible du monde
Telle une haute flamme
Dans les regards amis.

(Hélène Cadou)

Cantate des nuits intérieures, Si958.

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Je reste identique (Achille Chavée)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



flèche

Je reste identique
à la flèche du peau-rouge
de mon enfance

Quant à ma carte de visite
je l’ai perdue
il y a bien longtemps
dans un immense champ de blé

(Achille Chavée)

Illustration

 

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Concert dans le jardin (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2022




Concert dans le jardin

Il a plu.
L’heure est un oeil immense.
En elle nous marchons comme des reflets.
Le fleuve de la musique
entre dans mon sang.
Si je dis : corps, il répond : vent.
Si je dis : terre, il répond : où?

S’ouvre, fleur double, le monde :
tristesse d’être venu,
joie d’être ici.

Je marche perdu en mon propre centre.

***

Concierto en el jardin

Llovió.
La hora es un ojo inmenso.
En ella andamos como reflejos.
El río de la música
entra en mi sangre.
Si digo: cuerpo, contesta: viento.
Si digo: tierra, contesta: ¿dónde?

Se abre, flor doble, el mundo:
tristeza de haber venido,
alegría de estar aquí.

Ando perdido en mi propio centro.

(Octavio Paz)

 

 

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La litanie du beau garçon (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




La litanie du beau garçon

I.
La cigale appelle l’hiver
– quand chante la cigale
tout est clair et immobile de par le monde.
Là-bas le ciel est clair
– si tu viens ici que trouveras-tu?
De la pluie, des nuages et des pleurs d’enfer.

II.
Je suis un beau garçon,
je pleure tout le jour,
je t’en prie, mon Jésus,
ne me fais pas mourir.

Jésus, Jésus, Jésus.

Je suis un beau garçon,
je ris tout le jour,
je t’en prie, mon Jésus,
ah, fais-moi mourir.

Jésus, Jésus, Jésus.

III
Aujourd’hui c’est Dimanche,
demain je mourrai,
aujourd’hui je me vêts
de soie et d’amour.

Aujourd’hui c’est Dimanche,
dans les prés, de leurs pieds frais
les enfants sautent,
légers, dans leurs petits souliers.

En chantant à mon miroir,
je me peigne en chantant.
Dans mon oeil, il rit,
le Diable pécheur.

Sonnez ô mes cloches,
repoussez-le!
« Nous sonnons, mais que regardes-tu
en chantant dans les prés? »

Je regarde le soleil
des étés morts,
je regarde la pluie,
les feuilles, les grillons.

Je regarde ce que fut
mon corps d’enfant,
les tristes Dimanches,
et le temps perdu.

« Aujourd’hui on te vêt
de soie et d’amour,
aujourd’hui c’est Dimanche,
demain tu mourras. »

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Edouard Manet

 

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FOEHN (Jean-Pierre Schlunegger)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2022



FOEHN

Novembre. Un fin crachin, une buée
Têtue, portant l’hiver
Sur la vitre perdue où les raisins, les fées
Transparentes, les vins rêvent d’horizons clairs.

Lavaux. Plus loin, la limite des vignes.
J’y ai passé quand mon père veillait sa mort,
Avant guerre. La même route vers le nord
Et le même brouillard, les mêmes signes.

Est-ce le monde, ce retour d’images brèves ?
Soudain j’ai peur d’être si lourd, si chaud de rêves.

Je suis hanté d’une longue terreur,
Imprégné d’herbe rousse, de fougères, de bois,
Et j’apparais, un peu hagard, à la lisière
Des forêts, noires sous le foehn, comme autrefois,

Pour m’échouer contre la porte familière
Ouverte sur fa nuit : j’y hume le chevreuil
Le doux retour du fils, la flamme, la lumière
Dans les regards heureux. Mais je suis voyageur.

Je dis bonjour, je dis bonsoir, levant mon verre.
La pluie reprend. On a changé les coeurs.
Je revois la forêt, je vois la route immense,
La sente herbeuse où, pâle, je m’enfuis
Sans retour et pourtant jamais sans espérance,
Et joue à joue avec les larmes de la nuit.

(Jean-Pierre Schlunegger)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Jour de canicule (Masaoka Shiki)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2022



    

Illustration: Ogata Gekko

(Masaoka Shiki)

 

Recueil: Les plus beaux HAÏKU(S)
Traduction: Akié Boulard
Editions: Arichi

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Nocturne (Germaine Beaumont)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2022



Illustration: George Hyde Pownall
    
Nocturne

Des Irlandaises vendaient sous les portes
des pommes de terre qui me brûlaient les doigts.
Quel vent désolé vous apporte
Londres, mon Londres d’autrefois ?

Les chats cousaient les maisons l’une à l’autre
d’un fil noir, d’un fil roux, d’un fil blanc.
Ils faufilaient le jour et la nuit l’un à l’autre.
Des « derelicts » dormaient, distingués, sur des bancs.

La Tamise montait, mais en nappes légères
d’odeurs et de brouillards ténus.
Que de songes ainsi, dans l’ombre, sont venus
se prendre à vos chapeaux, nocturnes passagères !

L’Adelphi, vers le flot glissait en froides pentes
qu’une lanterne transperçait.
Et l’ivresse nouait sa forme titubante
aux « street lamps » qu’elle enlaçait.

Parfois un rat, qu’un bruit insolite déloge
s’enfonçait dans la vase avec un sifflement.
L’éternité bat dans vos cœurs comme une horloge,
Pèlerins de la nuit qui marchez en dormant.

J’ai frôlé, jeune encor, sans mesurer le risque,
ces épaves du temps perdu,
Cléopâtre dressant sa petite obélisque,
montrait le ciel d’un doigt tendu.

Elle perçait de l’aiguille,
votre opaque intensité,
nuit de Londres où scintille,
l’astre du déshérité.

Le bruit d’un pas, ce tendre ami des rues désertes
sonne encor dans mon souvenir.
Mon cœur attend au seuil d’une porte entrouverte,
ce qui ne peut plus revenir.

Mon cœur perçoit au loin le convoi qui déraille
avec ses morts et ses vivants.
Quelqu’un court dans la nuit derrière un brin de paille
mais c’est le vent, mais c’est le vent.

(Germaine Beaumont)

 

Recueil: Poésie au féminin
Traduction:
Editions: Folio

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Ô beaux yeux brun (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



 

Alexandr Sulimov -   (27)

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues,
Ô jours luisants vainement retournée !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô milles morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destiné !

Ô ris, ô front, cheveux bras mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d’endroits d’iceux mon cœur tâtant,
N’en ait sur toi volé quelque étincelle.

(Louise Labé)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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Sur la Haute Terrasse (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Sur la Haute Terrasse

Du haut de la terrasse, pour dire adieu :
Fleuve et plaine perdus dans le crépuscule
Sous le couchant reviennent les oiseaux
L’homme, lui, chemine, toujours plus loin

(Wang Wei)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Vivre en montagne (Hanshan Deqing)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2022



Illustration: Roselyne Pegeault    
    
Vivre en montagne

Au printemps les nuages s’ouvrent dans la lumière
D’où vient-il ce parfum mystérieux des prunus?
Irai-je le chercher dans des vallées perdues
Alors que sur mon mur, une branche se penche.

(Hanshan Deqing)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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