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Posts Tagged ‘père’

IN MEMORIAM (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration

    

IN MEMORIAM

Meurs mon cri, meurs, car de toute manière
Des cieux tu ne seras même pas écouté.
Par la nuit la nouvelle lune fut pointée
Comme un couteau sur le cou de la terre.

S’étranglera bientôt soi-même le silence
Avec les aboiements exacerbés des chiens,
Mais la nuit ne cessera point ses violences
Et nul à mon aide ne vient.

Alors pour qui, pour qui tombe-t-on à présent,
Pour soi-même et pour vous faut-il demander grâce
Quand tremblantes d’effroi les étoiles se cachent
Dans les plis de fer du torrent ?

Je ne suspendrai pas ma harpe aux branches d’arbre
Mais pour tous les vents j’en jouerai,
Même en rêve déjà je n’ai plus en partage
Un pays de miel et de lait.

Un souriceau dans mon âme grignote,
Pères, aïeux, votre vieux chant s’abat
La semaine – clouant un astre sur sa porte –
Et il verrouille mon propre Shabbat.

Broyez-moi, broyez-moi, minuscules pépins,
Meules des temps passés et des temps à venir
Si seulement ainsi l’étoile du matin
Comme une pomme peut mûrir.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai marché le jour de l’an (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2020



 

Charles Webster Hawthorne Portrait of Miss Wilson, 1927

J’ai marché
le jour de l’an

près des arbres
que mon père disparu avait plantés

régulièrement le long
de la route

Chacun
parlait

***
I walked
New Year’s Day

beside the trees
my father now gone planted

evenly following
the road

Each
spoke

(Lorine Niedecker)

Illustration: Charles Webster Hawthorne

 

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POÈME À PROPOS DE POÈMES (Izi Harik)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



    

POÈME À PROPOS DE POÈMES

Pourquoi diable ai-je appris à chanter des poèmes :
Ne me suffit donc point l’inquiétude du vent?
Ô toi, ma tête, toi qui es si lasse et inquiète,
Viens, je vais te bercer comme on berce un enfant.

Il ne connaissait rien des poèmes, ton père,
Il épelait difficilement l’A.B.C.
Et tu aurais été cordonnier ordinaire
Et simple comme lui, le corps sain et musclé.

Lorsque s’étoufferait le ciel dans ses couleur
Seul le vent bercerait ton âne sur la sente,
Et comme lui tu chanterais à ton labeur
Ne sachant même pas toi-même que tu chantes.

La fatigue serait dans ton corps plus légère
Et tout serait léger dans ta tête à jamais.
Pourquoi as-tu appris à chanter des poèmes
Ô toi ma tête, toi mon enfant inquiet ?

(Izi Harik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pour clair que soit son coeur (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019



Illustration: Pavel Korin
    
Pour clair que soit son coeur
les ténèbres y roulent
lorsque le père cherche
comment guider son fils

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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PERSONNE NE VIENDRA (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
PERSONNE NE VIENDRA

Dans les bougeoirs brûle la cire,
Calme maison.
Une main, les soufflant, renverse
Les lumignons.

Une autre main soudain s’approche
Les rallumant.
La mère porte un grand suaire
Pour vêtement.

Le père est assis, qui ne bouge
Et ne se plaint –
Mais ce qu’il a dit, quand il parle,
Nul n’en sait rien.

Quelqu’un surgit, et la seconde
Aussitôt sort –
Une autre bougie renversée,
S’éteint encore.

Par la fenêtre à demi close
Regarde alors
L’astre du matin, blanc et rouge,
Le clair d’aurore.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une fois j’eus besoin d’un certain mot (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019




    
Une fois j’eus besoin d’un certain mot.
Je l’ai fait appeler et je l’ai mis à sa juste place.
Soudain j’ai entendu la clameur des mots en tous genres,
jeunes, âgés, neufs ou usés.

J’ai tendu l’oreille et perçu le brouhaha
de la famille perdue du mot, qui l’avait accompagné.
Oncles, tantes, nièces, frères, compatriotes.
Tous se bousculaient et voulaient rester auprès du mot-père.

Je tentais de me les concilier.
Je leur dis : «Je n’ai pas de place et de toute façon
je n’ai nul besoin d’une aussi nombreuse famille. »
Mais ils s’en sont tenu à leur principe :
tous en même temps ou rien.

Finalement, avec les oncles,
tantes, neveux, beaux-frères et concitoyens du mot,
j’ai dû aligner tout un paragraphe.
Rien à faire pour m’en dépêtrer!

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans le miroir (Murakami Kijô)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2019



Ce matin l’automne –
dans le miroir
le visage de mon père

(Murakami Kijô)

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Déclaration (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



Didier Delamonica - French Mystical Fantasy painter -    (37) [1280x768]
Illustration: Didier Delamonica
    
Déclaration

Je déclare l´état de bonheur permanent
Et le droit de chacun à tous les privilèges.
Je dis que la souffrance est chose sacrilège
Quand il y a pour tous des roses et du pain blanc.
Je conteste la légitimité des guerres,
La justice qui tue et la mort qui punit,
Les consciences qui dorment au fond de leur lit,
La civilisation au bras des mercenaires.
Je regarde mourir ce siècle vieillissant.
Un monde différent renaîtra de ses cendres
Mais il ne suffit plus simplement de l´attendre :
Je l´ai trop attendu. Je le veux à présent.
Que ma femme soit belle à chaque heure du jour
Sans avoir à se dissimuler sous le fard
Et qu´il ne soit plus dit de remettre à plus tard
L´envie que j´ai d´elle et de lui faire l´amour.
Que nos fils soient des hommes, non pas des adultes
Et qu´ils soient ce que nous voulions être jadis.
Que nous soyons frères camarades et complices
Au lieu d´être deux générations qui s´insultent.
Que nos pères puissent enfin s´émanciper
Et qu´ils prennent le temps de caresser leur femme
Après toute une vie de sueur et de larmes
Et des entre-deux-guerres qui n´étaient pas la paix.

Je déclare l´état de bonheur permanent
Sans que ce soit des mots avec de la musique,
Sans attendre que viennent les temps messianiques,
Sans que ce soit voté dans aucun parlement.

Je dis que, désormais, nous serons responsables.
Nous ne rendrons de compte à personne et à rien
Et nous transformerons le hasard en destin,
Seuls à bord et sans maître et sans dieu et sans diable.

Et si tu veux venir, passe la passerelle.
Il y a de la place pour tous et pour chacun
Mais il nous reste à faire encore du chemin
Pour aller voir briller une étoile nouvelle.

Je déclare l´état de bonheur permanent.

(Georges Moustaki)

 

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Joseph (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

Georges de La Tour - Saint Joseph charpentier [1280x768]

Joseph

Voilà c´que c´est, mon vieux Joseph
Que d´avoir pris
La plus jolie
Parmi les filles de Galilée
Celle qu´on appelait Marie

Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Prendre Sarah
Ou Deborah
Et rien ne serait arrivé
Mais tu as préféré Marie

Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Rester chez toi
Tailler ton bois
Plutôt que d´aller t´exiler
Et te cacher avec Marie

Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Faire des petits
Avec Marie
Et leur apprendre ton métier
Comme ton père te l´avait appris

Pourquoi a-t-il fallu, Joseph
Que ton enfant
Cet innocent
Ait eu ces étranges idées
Qui ont tant fait pleurer Marie

Parfois je pense à toi, Joseph
Mon pauvre ami
Lorsque l´on rit
De toi qui n´avais demandé
Qu´à vivre heureux avec Marie

(Georges Moustaki)

Illustration: Georges de La Tour

 

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Mousse (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



mousse rl

Mousse : il est donc marin, ton père ?…
— Pêcheur. Perdu depuis longtemps.
En découchant d’avec ma mère,
Il a couché dans les brisants…

Maman lui garde au cimetière
Une tombe — et rien dedans —
C’est moi son mari sur la terre,
Pour gagner du pain aux enfants.

Deux petits. — Alors, sur la plage,
Rien n’est revenu du naufrage ?…
— Son garde-pipe et son sabot.

La mère pleure, le dimanche,
Pour repos… Moi : j’ai ma revanche
Quand je serai grand — matelot ! —

(Tristan Corbière)

 

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