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LE LION ET LE MOUCHERON (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



LE LION ET LE MOUCHERON

« Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre!  »
C’est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L’autre lui déclara la guerre.
« Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie ?
Un boeuf est plus puissant que toi :
Je le mène à ma fantaisie.  »
A peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le Trompette et le Héros.
Dans l’abord il se met au large ;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du Lion, qu’il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son oeil étincelle ;
Il rugit ; on se cache, on tremble à l’environ ;
Et cette alarme universelle
Est l’ouvrage d’un Moucheron.
Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle :
Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L’invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu’il n’est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs,
Bat l’air, qui n’en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue, l’abat : le voilà sur les dents.
L’insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin
L’embuscade d’une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.

Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

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Tout comme une mère (Bouddha)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017




    
Tout comme une mère protégerait son unique enfant
au péril de sa propre vie,
cultive un cœur sans limite envers tous les êtres.

Laisse tes pensées d’amour illimité
se répandre dans le monde entier.

(Bouddha)

 

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Vers les Sirènes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Vers les Sirènes

Vous craignez le désir, ô compagnons d’Ulysse !
Aveugles et muets, l’âme close au péril
De la voix qui ruisselle et du rire subtil,
Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse,
Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice,
Moi seul ose l’amour et le divin péril.

Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et du regret des morts,
S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps.
Elles chantent… Leur voix se mêle aux clairs accords
Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’amour qui corrode les veines
Comme un venin, et fait pleurer les yeux des morts…

Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure
Je donne l’existence humaine ! Pour un chant
Vaguement répété par la mer au couchant,
Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure,
J’accepte le silence où le néant demeure,
Le silence où périt la mémoire du chant…

(Renée Vivien)

Illustration: Victor Mottez

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Si je n’aime de tout mon cœur (Pierre Corneille)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Si je n’aime de tout mon cœur,
Iris dont le bel œil s’est rendu mon vainqueur,
Par une simple œillade,
Si de suivre d’autres appas,
Jamais l’amour me persuade,
Je veux que sa beauté qui m’a rendu malade,
Ne me guérisse pas.

Oui, si je n’aime constamment,
Et si jamais mépris ou mauvais traitement,
Me rendent infidèle,
O grands Dieux, à qui je promets
De l’aimer et douce et cruelle,
Je veux bien que le feu dont je brûle
Ne la brûle jamais.

Ma raison par de vains discours,
A beau me faire voir le péril que je cours,
Quoi qu’elle me conseille,
Beaux yeux qui paraissez si doux,
Beau teint, belle bouche vermeille,
Beaux cheveux, belle Iris, adorable merveille,
Je veux mourir pour vous.

(Pierre Corneille)

Illustration: Guillaume Seignac

 

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Tout s’enfle contre moi, tout m’assaille, tout me tente (Jean de Sponde)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017




Tout s’enfle contre moi, tout m’assaille, tout me tente,
Et le Monde et la Chair, et l’Ange révolté,
Dont l’onde, dont l’effort, dont le charme inventé
Et m’abîme, Seigneur, et m’ébranle, et m’enchante.

Quelle nef, quel appui, quelle oreille dormante,
Sans péril, sans tomber, et sans être enchanté,
Me donneras-tu ? Ton Temple où vit la Sainteté,
Ton invincible main, et ta voix si constante ?

Et quoi ? Mon Dieu, je sens combattre maintes fois
Encor avec ton Temple, et ta main, et ta voix,
Cet Ange révolté, cette Chair, et ce Monde.

Mais ton Temple pourtant, ta main, ta voix sera
La nef, l’appui, l’oreille, où ce charme perdra,
Où mourra cet effort, où se rompra cette onde.

(Jean de Sponde)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Parce que (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



Parce que

Parce que les autres se masquent mais toi non
Parce que les autres usent de la vertu
Pour acheter ce qui est sans rémission.
Parce que les autres ont peur mais toi non.

Parce que les autres sont des tombes blanchies
Où germe silencieuse la pourriture.
Parce que les autres se taisent mais toi non.

Parce que les autres s’achètent et se vendent
Et que leurs gestes donnent des dividendes.
Parce que les autres sont malins mais toi non.

Parce que les autres vont se mettre à l’abri
Et que toi tu vas main dans la main avec les périls.
Parce que les autres calculent mais toi non.

***

Porque

Porque os outros se mascaram mas tu não
Porque os outros usam a virtude
Para comprar o que não tem perdão
Porque os outros têm medo mas tu não

Porque os outros são os túmulos caiados
Onde germina calada a podridão.
Porque os outros se calam mas tu não.

Porque os outros se compram e se vendem
E os seus gestos dão sempre dividendo.
Porque os outros são hábeis mas tu não.

Porque os outros vão à sombra dos abrigos
E tu vais de mãos dadas com os perigos.
Porque os outros calculam mas tu não.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Claude Weisbuch

 

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Mort en avion (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Mort en avion

Je m’éveille pour la mort.
Je me rase, m’habille, me chausse.
C’est mon dernier jour: un jour
entamé d’aucun pressentiment.
Tout fonctionne comme toujours.
Je sors dans la rue. Je vais mourir.

Je ne mourrai pas maintenant. Un jour
entier se profile devant moi.
Un jour comme c’est long. Combien de pas
dans la rue, que je traverse. Et que de choses
dans le temps, accumulées. Sans faire attention,
je suis mon chemin. Bien des visages
se pressent dans mon agenda.

[…]

Je vis
mon instant final et c’est comme
si je vivais depuis bien des années
avant et après ce jour,
une vie continue, sans rupture,
où il n’y aurait pauses ni syncopes ni sommeils,
tant est moelleux dans la nuit cet engin et tant aisément il fend
l’air en blocs de plus en plus gros.

Je suis vingt dans la machine
qui suavement respire,
entre des panneaux stellaires et de lointains souffles de la terre,
je me sens normal à des milliers de mètres d’altitude,
ni oiseau ni mythe,
je garde conscience de mes pouvoirs,
et sans mystification je vole,
je suis un corps volant et j’ai toujours des poches, des montres, des ongles,
relié à la terre par la mémoire et par l’habitude des muscles,
chair sur le point d’exploser.

Ô blancheur, sérénité sous la violence
de la mort sans préavis,
précautionneuse et pourtant irrésistible approche d’un péril atmosphérique,
coup percuté dans l’air, lame de vent
dans le cou, éclair
choc fracas fulguration
nous roulons pulvérisés
je pique verticalement et me transforme en fait divers.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Cœur en péril (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



Cœur en péril

Que m’importe que l’Infante de Portugal
Ait le visage rond ou bien ovale
Et une cicatrice sous le sein droit,
Qu’elle ait l’air d’une fille de roi
Ou d’une gardeuse d’oies,
Que m’importe ?

Peu me chaut que la princesse de Trébizonde
Soit rousse, châtaine ou blonde,
Qu’elle ait l’humeur prompte et le verbe haut
Peu me chaut.

Point n’ai souci que la marquise de
Carabas Soit veuve et veuille reprendre mari
Pour faire ici-bas son paradis !
Point n’ai souci !

Mais il suffit, jeune étourdie,
Du seul clin d’un de vos yeux moqueurs
Aux reflets irisés
Pour que mon pauvre cœur
Batte à se briser.

***

Heart in Peril

What do I care that the Infanta of Portugal
Has a round face, or an oval one
And a scar beneath her right breas,
That she looks like the daughter of a king
Or a goose-keeper,
What do I care?

It little bothers me that the Princess of Trebizond
Is a redhead, brunette or blonde;
That she has a ready mind and proud words
Little bothers me.

I couldn’t care if the Marquess of Carabas
Is a widow and wants to marry again
To make her paradise here below!
I couldn’t care!

But it is enough, silly young thing,
That one of your mocking eyes gives a single wink
With its iridescent reflections
For my poor heart
To beat fit to burst.

(René Chalupt)

Illustration: Tamara de Lempicka

 

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Lorsque le bateau sera à quai (Josyane De Jesus-Bergey)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



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Lorsque le bateau
Sera à quai
Que je quitterai mon ombre
Un reste de ma terre
Collée aux talons

Ébloui
Par ce soleil de liberté
Avec l’envie
De pétrir un autre pain
De marcher du même pas
Que le tien

Moi qui n’ai que ma peau d’homme
Aide-moi s’il te plaît
À ne plus être
«Carte de séjour»

Ne me laisse pas au péril des flots
Je suis cet autre toi !

(Josyane De Jesus-Bergey)

 

 

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Chant de l’amour unique (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



Chant de l’amour unique

J’ai détourné le cours de la rivière
Et tes yeux noirs ont cessé de pleurer.
Emporte-moi vers le pays des biches
Nous serons l’herbe offerte à leurs désirs.
Jeune mouette, ô deviens mon amie
Nous danserons sur la pointe des flots
Et tu seras ma prime caravelle.

Mon doux péril, ma secrète menace
Mon couteau d’or contre le flanc du jour.
Danse des buis dans l’hiver immobile,
Simple parole où peut naître un printemps,
Je te regarde et tu rêves mon âme.
Je meurs en toi comme un grillon dans l’âtre
Pour que tu sois la cendre où je respire.

Roule en mes bras, roule comme un fruit mûr
Car je t’attends en bas de la colline
Avec mes mains qui déjà te caressent,
Avec ma bouche où tu coules déjà.
Ma passagère aux lames de l’avril
Pour que je nage un siècle dans un fleuve
Qui soit le même et reçoive mes os
Sur ce rivage où la mort se retire.

(Robert Sabatier)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

 

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