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Posts Tagged ‘périssable’

Qu’est-ce que le moi ? (Pascal)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2019



Qu’est-ce que le moi ?
Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants,
si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir ?
Non ; car il ne pense pas à moi en particulier.

Mais celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ?
Non ; car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus.

Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on, moi ?
Non ; car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même.

Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme ?
Et comment aimer le corps ou l’âme, sinon pour ces qualités qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu’elles sont périssables ?
Car aimerait-on la substance de l’âme d’une personne abstraitement,
et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste.

On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.
Qu’on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices,
car on n’aime personne que pour des qualités empruntées.

(Pascal)

Illustration: Toshiyuki Enoki

 

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VANITÉS (Jacques Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



VANITÉS

J’ai fait des signes sur le sable
Afin de conserver emmi
Le souvenir impérissable
De l’endroit où j’avais dormi.

J’ai fait une marque au nuage,
Que moi seul saurais retrouver,
Afin de conserver l’image
De l’endroit où j’avais rêvé.

J’ai fait de l’âme de ma lyre
Un petit cercueil bien fermé,
Pour y conserver le délire
De l’endroit où j’avais aimé.

Mais tout est par trop périssable :
Le nuage fuit dans le vent.
La mer vient recouvrir le sable.
Et je n’aime plus comme avant.

(Jacques Richepin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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ETERNEL ET PERISSABLE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Jean-Pierre Augier_les vieux assis [1280x768]

ETERNEL ET PERISSABLE

Nous étions sur le balcon, la nuit tombait.
— ce que la lumière et le jour n’avaient fait —
l’ombre dessinait lentement ton visage
et tes paroles à la tristesse sage.

Comme sous la main d’un artiste et d’un maître
on voit des détails, l’essentiel apparaître,
hors du temps surgit ton image éternelle
rapidement tes paroles te modèlent

L’oeuvre a triomphé de l’ombre et du déclin
tableau de Rembrandt, peut-être du Titien
parfaite et si pure — immortelle, immuable.

Mais j’eus peur de l’oeuvre où tu ne peux vieillir,
pour me rassurer, mes doigts ont dû saisir
tendrement ta main vivante et périssable.

(Gyula Illyès)

Illustration: Jean-Pierre Augier

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Le calme, le silence et la nuit (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



 

 

Comme le clair de lune dort doucement sur ce banc !
Venons nous y asseoir, et que les sons de la musique glissent jusqu’à nos oreilles !
Le calme, le silence et la nuit conviennent aux accents de la suave harmonie.
Assieds-toi Jessica. Vois comme le parquet du ciel
Est partout incrusté de disques d’or lumineux.
De tous ces globules que tu contemples,
Il n’est pas jusqu’au plus petit,
Qui, dans son mouvement, ne chante comme un ange,
En perpétuel accord avec les chérubins aux jeunes yeux !
Une harmonie pareille existe dans les âmes immortelles ;
Mais, tant que cette argile périssable
La couvre de son vêtement grossier, nous ne pouvons l’entendre.

***

How sweet the moonlight sleeps upon this bank!
Here will we sit and let the sounds of music
Creep in our ears: soft stillness and the night
Become the touches of sweet harmony.
Sit, Jessica. Look how the floor of heaven
Is thick inlaid with patines of bright gold:
There’s not the smallest orb which thou behold’st
But in his motion like an angel sings,
Still quiring to the young-eyed cherubins;
Such harmony is in immortal souls;
But whilst this muddy vesture of decay
Doth grossly close it in, we cannot hear it.

(William Shakespeare)

Illustration: Vincent Van Gogh

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L’Olive (Joachim du Bellay)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018


 


Two black olives on branch with leaves isolated on white

 

L’Olive

Si notre vie est moins qu’une journée
En l’éternel, si l’an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,
Si pour voler en un plus clair séjour,
Tu as au dos l’aile bien empanée ?

Là, est le bien que tout esprit désire,
Là, le repos où tout le monde aspire,
Là, est l’amour, là, le plaisir encore.

Là, ô mon âme au plus haut ciel guidée !
Tu y pourras reconnaître l’Idée
De la beauté, qu’en ce monde j’adore.

(Joachim du Bellay)

 

 

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Je n’appelle, ni ne pleure (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Jacques Muller
    
Je n’appelle, ni ne pleure, ni ne regrette rien,
tout passe comme brume de pommiers en fleurs.
Miné désormais par l’or de défloraison
je ne connaîtrai plus la jeunesse.

Tu ne battras plus comme avant
désormais, coeur transi,
plus ne t’incitera à flâner pieds nus
la terre du bouleau et du calicot.

Esprit follet qui attisa mes lèvres
comme tu te fais rare, rare aujourd’hui.
Flots d’émotion, pétulance du regard,
ô ma fraîcheur d’âme perdue.

De désirs même je deviens avare.
Ma vie ! Ou ne fut-ce qu’un songe ?
Comme si par un bruissant matin de printemps
j’eusse passé au galop sur un destrier rose.

Tous en ce monde, tous sont périssables,
lentement s’écoule le cuivre de l’érable…
Béni sois-tu néanmoins dans les siècles
toi qui es venu éclore et mourir.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Approchez-vous (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Anne-Marie Zylberman
    
Approchez-vous, baissez les yeux sur mon amour,
Que je cherche en vos mains une chère figure
Pour vivre et m’en aller encor le long des jours
Périssables avec une douceur qui dure.

Ces veines, bleus ruisseaux ne faisant pas de bruit,
Je les veux suivre au bout de leur grande aventure
Qui va du poignet mince au fond des doigts subtils,
Toujours sous le regard perdu de la nature.

Après avoir erré dans d’étranges pays,
Je fermerai la porte aux formes de la Terre
Et, tenant dans mes mains vos paumes prisonnières,
Je referai le monde et les nuages gris
Et les oiseaux qui vont se poser sur la mer.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les Astres (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
Les Astres

Chétives sont nos voix
Parmi le chant des sphères
Vains sont nos cris
Précaires nos fables
Périssables nos corps
Liés au persistant univers

Face au monde sans confins
A la magie des actres
Que peuvent nos mots
En leur membrane singulière ?

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Seuls aux fenêtres (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration
    
Seuls aux fenêtres des fleuves
Les grands visages éclairés
Rêvent qu’il n’y a rien de périssable
Dans leur paysage carnassier.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pourquoi, mon coeur (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
Pourquoi, mon coeur,
rester captif dans la terre éphémère ?

Envole-toi de ta prison :
tu es un oiseau du monde spirituel.

Tu es un tendre ami,
toujours au delà du voile secret :

Pourquoi faire ta maison
de ce monde périssable ?

Vois ta misère,
et élance-toi !

Quitte Cette prison du monde formel
pour la prairie des Idées !

(Mawlana Rûmî)

 

 

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