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Posts Tagged ‘perpétuer’

SULTANERIE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017


 


 

SULTANERIE

Dans tes cheveux, flot brun qui submerge le peigne
Sur tes seins frissonnants, ombrés d’ambre, que baigne
L’odeur des varechs morts dans les galets le soir,
Je veux laisser tomber par gouttes les essences
Vertigineuses et, plis froids, les patiences
Orientales, en fleurs d’or sur tulle noir.

Éventrant les ballots du pays de la peste,
J’y trouverai, trésor brodé, perlé, la veste
Qui cache mal ta gorge et laisse luire nus
Tes flancs. Et dans tes doigts je passerai des bagues
Où, sous le saphir, sous l’opale aux lueurs vagues,
Dorment les vieux poisons aux effets inconnus.

Dans l’opium de tes bras, le haschisch de ta nuque,
Je veux dormir, malgré les cris du monde eunuque
Et le poignard qui veut nous clouer cœur sur cœur.
Qu’entre tes seins, faisant un glissement étrange,
Ton sang de femme à mon sang d’homme se mélange,
La mort perpétuera l’éclair d’amour vainqueur !

(Charles Cros)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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LA DAME EN PIERRE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

gisant

LA DAME EN PIERRE

Sur ce couvercle de tombeau
Elle dort. L’obscur artiste
Qui l’a sculptée a vu le beau
Sans rien de triste.

Joignant les mains, les yeux heureux
Sous le voile des paupières,
Elle a des rêves amoureux
Dans ses prières.

Sous les plis lourds du vêtement,
La chair apparaît rebelle,
N’oubliant pas complètement
Qu’elle était belle.

Ramenés sur le sein glacé
Les bras, en d’étroites manches,
Rêvent l’amant qu’ont enlacé
Leurs chaînes blanches.

Le lévrier, comme autrefois
Attendant une caresse,
Dort blotti contre les pieds froids
De sa maîtresse.

*

Tout le passé revit. Je vois
Les splendeurs seigneuriales.
Les écussons et les pavois
Des grandes salles.

Les hauts plafonds de bois, bordés
D’emblématiques sculptures,
Les chasses, les tournois brodés
Sur les tentures.

Dans son fauteuil, sans nul souci
Des gens dont la chambre est pleine,
À quoi peut donc rêver ainsi,
La châtelaine ?

Ses yeux où brillent par moment
Les fiertés intérieures,
Lisent mélancoliquement
Un livre d’heures.

*

Quand une femme rêve ainsi
Fière de sa beauté rare,
C’est quelque drame sans merci
Qui se prépare.

Peut-être à temps, en pleine fleur,
Celle-ci fut mise en terre.
Bien qu’implacable, la douleur
En fut austère.

L’amant n’a pas vu se ternir,
Au souffle de l’infidèle,
La pureté du souvenir
Qu’il avait d’elle.

La mort n’a pas atteint le beau.
La chair perverse est tuée,
Mais la forme est, sur un tombeau,
Perpétuée.

(Charles Cros)

Illustration

 

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D’une main l’autre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



Illustration: ArbreaPhotos
    
D’une main l’autre
Le secret avoué
demeure secret
À l’instar
de l’ombre transparente
ou de l’opaque clarté
Qui s’attarde
Entre
La carafe remplie de vin
Et le bol
au cœur vide

Offrande
à l’Inespéré
Que perpétuent
jour après jour
Deux mains jointes

(François Cheng)

 

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Quelque chose s’attarde ici (Mu Tan)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



Le soleil se couche.
Une brise
effleure la surface des champs
Quelque chose s’attarde ici
vieux comme le temps.
Ce rien qui meut le paysage
m’émeut aussi le cœur;
Il coule vers toi, depuis
l’Origine, puis s’endort.

La force qui donne forme
aux arbres et aux rochers
Va perpétuer mon désir
en cet instant jailli;
Et toute la beauté
née de son passage
M’apprend la manière
de t’aimer, de me transformer.

(Mu Tan)

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Un poème est une forme d’habitation (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2016



Un poème est une forme d’habitation
Un abri sommaire
Contre les intempéries de l’oubli
Perpétuant l’ombre tressée d’une clarté
Près d’un chemin au bord de son effacement
Sous le seuil de l’herbe

(Heather Dohollau)

 Illustration

 

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Nous reverrons-nous un jour ? (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016


Accorde-nous de boire l’eau céleste
Aussi pure que les perles de crapaud
sous l’éclair de la lune

De surgir une fois encore du sol
Des chairs meurtries au gré de la tige
du bambou réduite aux os

De ne pas oublier le cou du cygne
Plus tendre qu’un rêve de paradis
au cœur de la foule en perdition

De perpétuer les mots non dits à jamais
Lèvres d’iris effleurées par la brise
émanant du volcan d’origine

« Nous reverrons-nous un jour ? » « Mais… »

(François Cheng)

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Les nuages parfois s’enlisent (Pierre-Albert Jourdan)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2016




Les nuages parfois s’enlisent
sur des terres trompeuses.
L’orage oublie ses étranges pouvoirs.
Nous sommes là,
perpétuant par des plaintes absurdes
cet oubli d’un jardin.
Les dieux nous sont maintenant
comme ce duvet de chardon dans l’espace.
Pierres éclatées le champ rendu ―
ouvert au délire ―
la nuit trop lourde bascule.

L’aube, encore, sublime,
la pièce de soleil jetée par compassion
dans l’aveugle écuelle.

(Pierre-Albert Jourdan)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

 

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Quel souvenir (Jean-Claude Izzo)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2016


Nul ne sait
quel souvenir
l’envol de l’oiseau
perpétue.

(Jean-Claude Izzo)

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Ses mains qu’elle tend (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2015



Ses mains qu’elle tend

Ses mains qu’elle tend comme pour des théurgies,
Ses deux mains pâles, ses mains aux bagues barbares ;
Et toi son cou qui pour la fête tu te pares !
Ses lèvres rouges à la clarté des bougies ;
Et ses cheveux, et ses prunelles élargies

Lourdes de torpeur comme l’air autour des mares ;
Parmi les bêtes fabuleuses des simarres,
Vous ses maigreurs, vous mes suprêmes nostalgies ;

O mirages que ma tendresse perpétue,
Echos fallacieux de l’heure qui s’est tue,
Malgré votre carmin et malgré vos colliers,
Et vos noeuds de brocart, et vos airs cavaliers,
Pauvres ! Vous êtes morts, ô vous tous elle toute,
Elle toute et mon coeur, nous sommes morts, sans doute.

(Jean Moréas)

Illustration: Andor Novák

 

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Les hirondelles du soir (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Douloureuses langoureuses
Les hirondelles du soir

Perpétuent une famille
Qui ne connaît que chaleur

Une seule saison sonne
Un seul souci de bonheur

(Paul Eluard)

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