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Posts Tagged ‘perpétuité’

LA NUIT (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



LA NUIT

La nuit
Le silence de la nuit
M’entoure
Comme de grands courants sous-marins.

Je repose au fond de l’eau muette et glauque.
J’entends mon coeur
Qui s’illumine et s’éteint
Comme un phare.

Rythme sourd
Code secret
Je ne déchiffre aucun mystère.

À chaque éclat de lumière
Je ferme les yeux
Pour la continuité de la nuit
La perpétuité du silence
Où je sombre.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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Nous voguerons (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Nous voguerons tous les jours glissants et toutes les nuits
Et si le monde part en fumée je veux être dans le même nuage la même perpétuité que toi
L’idée je la vole au penseur exquis de l’Encyclopédie
si jamais l’univers explose nous ferons un seul cumulus avec notre poussière ensemble
C’est une histoire d’atomes crochus à la folie
Nous voguerons tous les jours glissants et toutes les nuits

(Valérie Rouzeau)

 

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Je suis ce nu minéral (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Je suis ce nu
minéral :
écho du souterrain :
je suis joyeux
de venir de si loin,
du fond de tant de terre :
je suis dernier, à peine
viscères, corps et mains,
qui sans savoir pourquoi ont déserté
la roche maternelle,
sans espoir de trouver ici la permanence,
décidé à l’humain, au transitoire,
destiné à vivre et à s’effeuiller.

Ah! ce destin
de la perpétuité enténébrée,
de l’être en soi — granite sans statue,
matière pure, irréductible, froide :
j’ai été pierre : pierre obscure
et violente fut la séparation,
une blessure dans ma naissance étrangère :
je veux revenir
à cette certitude,
à ce repos central, à la matrice
de la pierre mère
d’où je ne sais comment et d’où je ne sais quand
on m’a détaché pour que je me désagrège.

(Pablo Neruda)


Illustration: Lehmbruck

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JE NE RENONCE PAS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



 

JE NE RENONCE PAS…

Je ne renonce pas à découvrir sur mes terres
Des couchants qui rugissent
Des fleurs qui marchent
Des cathédrales d’herbe
Du charbon comestible
Et tout ce qu’on voudra d’aladines splendeurs,
De passages secrets, d’énigmes foudroyées,
Je ne renonce pas aux épiphanies promises
Aux orgies permises
Aux miracles des mots.
Il se peut qu’en moi-même, entre chair et regard,
Entre mes loisirs d’arbre et mes travaux d’insecte
Je trouve un jour l’espace où reposer ma tête
Et la décence
Et le respect
Qui m’auront tant manqué ;
Il se peut que je sache, avant que d’en mourir,
Forcer le coeur de l’homme
Y trouver mon image dont je porte le deuil.
Je ne renonce à rien de ce que je dois devenir ;
Un homme enfin capable de se croire immortel.
Mais aujourd’hui laissez-moi ronger
La neige rouge de ma douleur
Avec la lâcheté que m’ont léguée
Ceux d’autrefois, qui croyaient au péché ;
Laissez-moi me croire coupable
De mon malheur ;
Laissez-moi consentir à la perpétuité de mon impuissance
Et de mon châtiment.

(Jean Rousselot)

Illustration: Melissa Launay

 

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La braise et l’humus (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



La braise et l’humus

Rien n’est changé de mon destin ma mère mes camarades
le chagrin luit toujours d’une mouche à feu à l’autre
je suis taché de mon amour comme on est taché de sang
mon amour mon errance fait mes murs à perpétuité

un goût d’années d’humus aborde à mes lèvres
je suis malheureux plein ma carrure, je saccage
la rage que je suis, l’amertume que je suis
avec ce boeuf de douleurs qui souffle dans mes côtes

c’est moi maintenant mes yeux gris dans la braise
c’est mon coeur obus dans les champs de tourmente
c’est ma langue dans les étages des nuits de ruche
c’est moi cet homme au galop d’âme et de poitrine

je vais mourir comme je n’ai pas voulu finir
mourir seul comme les eaux mortes au loin
dans les têtes flambées de ma tête, à la bouche
les mots corbeaux de poème qui croassent
je vais mourir vivant dans notre empois de mort

(Gaston Miron)

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