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Poésie

Posts Tagged ‘persister’

La lucide ivresse (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



Illustration: Carrie Vielle
    
la lucide ivresse
du ruissellement
exacerbée
par la conscience
du tragique de la vie

puis la vague te dépose
au creux du quotidien

tu n’en es pas dépité

persistent
la paix et la lumière

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Et avec ça, madame ? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Christian Schloe - Austrian Surrealist Digital painter - Tutt'Art@ (90)

Et avec ça, madame ?

Insiste, persiste, essaye encore.
Tu la dompteras cette bête aveugle qui se pelotonne.
Aujourd’hui des fous et des sots se promènent par la ville.
Parole, on les prend pour des sages.
L’équilibre et la lucidité sont un des cas de la folie humaine.
Insiste, persiste, essaye encore.
Connaissant de ton destin ce qu’homme digne du nom doit en connaître.
Résolu comme un homme digne de ce nom doit être résolu.
Revenu de bien des illusions dans le domaine du rêve et de l’amitié.
Rêvant et aimant autant qu’en ta jeunesse,
Moins la duperie.
Insiste et persiste encore
Capable de parler des étoiles et du ciel et de la nuit et du jour, de la mer,
des montagnes et des fleuves.
Mais plus dupe.
Ni désespéré.
Moins encore résigné.
Dur comme la pierre et t’effritant comme elle.
En marche vers la force dont le chemin est aussi celui de la mort
Mais résolu à aller aussi loin, aussi longtemps que possible.
C’est-à-dire vivre.

(Robert Desnos)

Illustration: Christian Schloe

 

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Au miroir (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Au miroir

Pourquoi persistes-tu, miroir sans fin ?
Pourquoi répètes-tu, frère secret,
Ma main, ses mouvements les plus discrets ?
Pourquoi dans l’ombre ce reflet soudain ?
Le Grec le dit, tu es mon autre moi;
Tu me guettes toujours sur l’éclat pur
De l’eau changeante ou du cristal qui dure.
Être aveugle, à quoi bon, si tu es là.
Ne pas te voir et te sentir si bien
Ajoute à ton horreur, magie qui oses
Multiplier le nombre de ces choses
Que nous sommes et couvrent notre destin.
Moi mort, tu en refléteras un autre,
Et puis un autre, un autre, un autre, un autre.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Penser (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Penser est une insistance incompréhensible,
quelque chose comme allonger le parfum de la rose
ou creuser des trous de lumière
dans un flanc de ténèbres.

Et c’est aussi faire passer quelque chose
dans une manœuvre insensée
d’un bateau imperturbablement coulé
à une navigation sans bateau.

Penser, c’est persister
dans une solitude sans retour.

***

Pensar es una incomprensible insistencia,
algo así como alargar el perfume de la rosa
o perforar agujeros de luz
en un costado de tiniebla.

Y es también trasbordar algo
en insensata maniobra
desde un barco inconmoviblemente hundido
a una navegación sin barco.

Pensar es insistir
en una soledad sin retorno.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Dixième poésie verticale
Traduction: François-Michel Durazzo
Editions: José Corti

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INDIFFÉRENCE AUX DOUCEURS DE L’ÉTÉ (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Illustration
    
INDIFFÉRENCE AUX DOUCEURS DE L’ÉTÉ
Tchan-Jo-Su

Les fleurs de pêcher voltigent,
comme des papillons roses ;

le saule, en souriant,
se regarde dans l’eau.

Cependant mon ennui persiste,
et je ne peux pas faire de vers.

La brise d’est, qui m’apporte le parfum des pruniers,
me trouve insensible.

Oh ! quand la nuit viendra-t-elle,
me faire oublier ma tristesse, dans le sommeil !

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Tu sens bien dans ta voix (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018




    
Tu sens bien dans ta voix ce silence qui
persiste.

(Jean-Louis Giovannoni)

 

Recueil: Les mots sont des vêtements endormis
Traduction:
Editions: Unes

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Dans son silence (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



dans son silence

comme du temps mis de côté
deux gouttes d’eau
persistent sur la vitre
soutenant le regard d’un enfant
parti déjà très loin
dans son silence
vers un monde plus spacieux

(Hédi Kaddour)

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Chansons mortes (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration
    
Chansons mortes

I
oiseaux dans la forêt chantez
tant que le vert persiste
car vite trop vite
tout défleurit

j’étais là-haut j’ai vu
la splendeur du monde
mais pourquoi pleures-tu
rossignol

et je suis descendu
passsant joie et peine
tout a changé le soir
ramène la fatigue

le vent glace
le faible vert
oiseaux adieu
je ne puis vous suivre

2
je me souviens des jours tendres
automne tu dressais
ta fantasmagorie
si colorée si pâle

ma vallée où sont tes frères
aujourd’hui désert
comment te reconnaître
tout est solitude

de ta bouche blafarde
sort une étrange mélodie
la terre s’entr’ouvre
j’aperçois le fond

chante toujours chante
couché je repose
le tilleul fait pleuvoir
sa feuille sur moi

3
déjà le retour des oiseaux
des chansons d’autrefois
ma jeunesse insouciante
revient-elle avec eux

mais je suis fou je pense
en voyant les nuages chasser
au vent d’automne les oiseaux
j’ai cru le printemps

sur la montagne un arbre abrite
le départ bruyant des oiseaux
l’arbre est las il agite
une dernière fois ses rameaux

4
en rêve je me suis vu
devant la maison de mon père
regardant l’heureuse vallée
de mon enfance
l’air était doux et jouait
parmi les feuilles printanières
l’essaim de pétales tombait
sur ma poitrine et mes cheveux

je m’éveille la lune
luit au coin du bois
sa pâle lueur éclaire
un pays inconnu de moi
je regarde et je vois
pétales de glace
le paysage blanc de neige
et mes cheveux d’âge

5
joie de l’aube des feuilles
les étoiles abîmées
migrent dans le coeur
célestes pensées

6
te rappelles-tu le jardin
le château au-dessus des arbres
et comme nous attendions
le printemps

est arrivé le musicien
le même chaque année
nous sommes sortis ensemble
dans le monde en fleurs

nous avons voyagé
envoyés dispersés
quand je demande de tes nouvelles
personne ne me répond

adieu château
que le couchant dore
dort le musicien
ivre de rêves

les parents sont morts
depuis longtemps
ceux qui sont restés
ne nous connaissent plus

***

Nachklänge

I
Lust’ge Vögel in dem Wald,
Singt, solang es grün,
Ach wer weiß wie bald, wie bald
Alles muß verblühn !

Sah ich’s doch vom Berge einst
Glänzen überall,
Wußte kaum, warum du weinst,
Fromme Nachtigall.

Und kaum ging ich über Land,
Frisch durch Lust und Not
Wandelt’ alles, und ich stand
Müd im Abendrot.

Und die Lüfte wehen kalt,
Übers falbe Grün,
Vöglein, euer Abschied hallt —
Könnt ich mit euch ziehn !

2
O Herbst, in linden Tagen
Wie hast du rings dein Reich
Phantastisch aufgeschlagen,
So bunt und loch so bleich !

Wie öde, ohne Brüder,
Mein Tal so weit und breit,
Ich kenne dich kaum wieder
In dieser Einsamkeit.

So wunderbare Weise
Singt nun dein bleicher Mund,
Es ist, als öffnet’ leise
Sich unter mir der Grund.

Und ich ruht’ überwoben,
Du sängest immerzu,
Die Linde schüttelt oben
Ihr Laub und deckt’ mich zu.

3
Schon kehren die Vögel wieder ein,
Es schallen die alten Lieder,
Ach, die fröhliche Jugend mein
Kommt sie wohl auch noch wieder ?

Ich weiß nicht, was ich so töricht bin !
Wolken im Herbstwind jagen,
Die Vögel ziehn über die Wälder hin,
Das klang wie in Frühlingstagen.

Dort auf dem Berge da steht ein Baum,
Drin jubeln die Wandergäste,
Er aber, müde, rührt wie im Traum
Noch einmal Wipfel und Aste.

4
Mir träumt’, ich ruhte wieder
Vor meines Vaters Haus
Und schaute fröhlich nieder
Ins alte Tal hinaus,
Die Luft mit lindem Spielen
Ging durch das Frühlingslaub,
Und Blütenflocken fielen
Mir über Brust und Haupt.

Als ich erwacht, da schimmert
der Mond vom Waldesrand,
Im falben Scheine flimmert
Urn mich ein fremdes Land,
Und wie ich ringsher sehe :
Die Flocken waren Eis,
Die Gegend war vom Schnee,
Mein Haar vom Alter weiß.

5
Es schauert der Wald vor Lust,
Die Sterne nun versanken,
Und wandeln durch die Brust
Als himmlische Gedanken.

6
Gedenkst du noch des Gartens
Und Schlosses überm Wald,
Des träumenden Erwartens :
Ob’s denn nicht Frühling bald ?

Der Spielmann war gekommen,
Der jeden Lenz singt aus,
Er hat uns mitgenommen
Ins blühnde Land hinaus.

Wie sind wir doch im Wandern
Seitdem so weit zerstreut !
Frägt einer nach dem andern,
Doch niemand gibt Bescheid.

Nun steht das Schloß versunken
Im Abendrote tief
Als ob dort traumestrunken
Der alte Spielmann schlief’.

Gestorben sind die Lieben,
Das ist schon lange her,
Die wen’gen, die geblieben,
Sie kennen uns nicht mehr.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Au creux de la nuit (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



 


    
Au creux de la nuit tout dort
parfois un semblant de souffle intermittent
une série de craquements ténus
interfèrent avec le ronron du réfrigérateur
mais dans l’obscurité profonde du couloir
persiste ce point luminescent
dont la source demeure inconnue

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Les mots (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration
    
Les mots
dans leur ombre insensée persiste
portant l’écho d’une voix à venir
le rêve d’une langue transparente
tenue en réserve depuis l’enfance
qui nous ferait traverser le miroir
et dirait enfin le secret des choses

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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