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Posts Tagged ‘pervers’

Jusques aux pervers nonchaloirs (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



Jusques aux pervers nonchaloirs

Jusques aux pervers nonchaloirs
De ces yeux noirs,
Jusque, depuis ces flemmes blanches
De larges hanches
Et d’un ventre et de deux beaux seins
Aux fiers dessins,

Tout pervertit, tout convertit tous mes desseins,

Jusques à votre menterie,
Bouche fleurie,
Jusques aux pièges mal tendus
Tant attendus,
De tant d’appas, de tant de charmes,
De tant d’alarmes,

Tout pervertit, tout avertit mes tristes larmes,

Et, Chère, ah ! dis : Flûtes et zons
À mes chansons
Qui vont bramant, tels des cerfs prestes
Aux gestes lestes,
Ah ! dis donc, Chère : Flûte et zon !
À ma chanson,

Et si je fais l’âne, eh bien, donne-moi du son !

(Paul Verlaine)

Illustration: Fernand Toussaint

 

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Blonde au froid coloris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Alexey Steele
    
Blonde au froid coloris

Blonde au froid coloris, perverse et virginale,
Toi qui, dans la moiteur des nuits de bacchanale,
Mêles des lys meurtris à tes cheveux défaits,
Tu n’aimes que les lits de paresse et de paix,

La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Et j’ignore pourquoi, dans un silence amer,
Tu me livres l’ennui languissant de ta chair.

Compagne au front distrait de ma lugubre couche,
Tu me livres l’ennui languissant de ta bouche,
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés…

La neige qui fleurit les monts immaculés
Est moins froide à frôler que ta pâle luxure.
Oh ! Le charme et l’horreur de ta blancheur impure !

(Renée Vivien)

 

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Calobra (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Amedeo Bocchi  
    
Calobra

voici la nuit lente, rampant
Vers l’opale de la colline…
Et, sinueux comme un serpent,
Ton charme pervers me fascine.

Au fond de tes yeux ardoisés
Errent des éclairs et des ombres.
Oh ! le venin de tes baisers !
Le péril de tes regards sombres !

Jamais ta ruse ne s’endort
Sous ton illusoire paresse.
Un goût de menace et de mort
Corrompt ta subtile caresse.

Voici la nuit souple, rampant
Vers l’opale de la colline…
Et, sinueux comme un serpent,
Ton charme étrange me fascine.

(Renée Vivien)

 

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Chanson pour Elle (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Chanson pour Elle

L’ORGUEIL endolori s’obstine
A travestir ton coeur lassé,
Ténébreux comme la morphine
Et le mystère du passé.

Tu récites les beaux mensonges
Comme on récite les beaux vers.
L’ombre répand de mauvais songes
Sur tes yeux d’archange pervers.

Tes joyaux sont des orchidées
Qui se fanent sous tes regards
Et les miroitantes idées
Plus hypocrites que les fards.

Tes prunelles inextinguibles
Bravent la flamme et le soleil…
Et les Présences Invisibles
Rôdent autour de ton sommeil.

(Renée Vivien)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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LE LOUP PLAIDANT CONTRE LE RENARD PAR-DEVANT LE SINGE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE LOUP PLAIDANT CONTRE LE RENARD PAR-DEVANT LE SINGE

Un Loup disait que l’on l’avait volé :
Un Renard, son voisin, d’assez mauvaise vie,
Pour ce prétendu vol par lui fut appelé.
Devant le Singe il fut plaidé,
Non point par Avocats, mais par chaque Partie.
Thémis n’avait point travaillé,
De mémoire de Singe, à fait plus embrouillé.
Le Magistrat suait en son lit de Justice.
Après qu’on eut bien contesté,
Répliqué, crié, tempêté,
Le Juge, instruit de leur malice,
Leur dit : « Je vous connais de longtemps, mes amis,
Et tous deux vous paierez l’amende ;
Car toi, Loup, tu te plains, quoiqu’on ne t’ait rien pris ;
Et toi, Renard, as pris ce que l’on te demande.  »

Le juge prétendait qu’à tort et à travers
On ne saurait manquer, condamnant un pervers.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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L’Iris noir (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




Illustration: Georgia O’Keeffe
    
L’Iris noir

DANS tes pétales de ténèbres
S’attristent les songes funèbres
Et les pressentiments du soir,
Long iris noir.

La Nuit aux mains prodigues verse
Des lueurs de lune perverse
Sur ton calice d’encensoir,
Long iris noir.

Tu fleuris à l’ombre rougie
D’une mélancolique orgie
Que l’aurore vient décevoir,
Long iris noir.

Tu meurs parmi les lassitudes
Abandonnant aux solitudes
Leurs frêles mains de désespoir,
Long iris noir.

(Paule Riversdale)

 

 

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Nacre sur fond d’or (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



Illustration: Anne-Marie Zylberman
    
Nacre sur fond d’or

La forêt s’attendrit à l’écho de ta voix ;
Les lucioles d’or aiguisent leurs lumières ;
Je ceins d’iris ton front de vierge, et je revois
Le frisson blanc de tes paupières.

Mon coeur a réfléchi ton coeur pervers et pur :
Je cueillerai pour toi les roses des allées
Où le couchant s’attarde, ivre d’antique azur
Et de poussières étoilées.

La nacre mêle à l’or ses reflets irisés.
Au loin l’âcre sanglot de la mer s’atténue
Et, sous l’acharnement tiède de mes baisers,
Jaillit la fleur de ta chair nue.

(Paule Riversdale)

 

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Hatchepsout (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Hatchepsout,

Les murs ne tombent pas
[9]

Thot, Hermès, le stylus,
la palette, le stylo, la plume endurent :

même si nos livres sont un plancher
de cendres fumantes sous nos pieds ;

même si brûler des livres demeure
le plus pervers des gestes comme

le plus vicieux
de la nature vicieuse de l’homme,

pourtant donnez-nous, crient-ils encore,
donnez-nous des livres,

folio, manuscrit, vieux parchemin
font de bonnes douilles de cartouches ;

l’ironie est une vérité amère
enveloppée dans une petite plaisanterie,

et le nom d’Hatchepsout est toujours encerclé
de ce que l’on appelle une cartouche.

***

Thoth, Hermes, the stylus,
the palette, the pen, the quill endure,

though our books are a floor
of smouldering ash under our feet;

though the burning of the books remains
the most perverse gesture

and the meanest
of man’s mean nature,

yet give us, they still cry,
give us books,

folio, manuscript, old parchment
will do for cartridge cases;

irony is bitter truth
wrapped up in a little joke,

and Hatshepsut’s name is still circled
with what they call the cartouche.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Invisible mouette me voici (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2017



 

Invisible mouette me voici
Est-ce la mer aussi
Qui me rappelle

Sa voix n’a pas changé
C’est tout ce que j’ai
Retenu d’elle

[…]

Me voici montre-toi, Mer,
Poésie, mêmes yeux froids, pervers
Et cette tendresse infinie
Qui fait oublier l’hiver.

(Franz Hellens)


 

 

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Colombine (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Léandre le sot,
Pierrot qui d’un saut
De puce
Franchit le buisson,
Cassandre sous son
Capuce,

Arlequin aussi,
Cet aigrefin si
Fantasque
Aux costumes fous,
Ses yeux luisant sous
Son masque,

– Do, mi, sol, mi, fa, –
Tout ce monde va,
Rit, chante
Et danse devant
Une belle enfant
Méchante

Dont les yeux pervers
Comme les yeux verts
Des chattes
Gardent ses appas
Et disent : « À bas
Les pattes! »

– Eux ils vont toujours! –
Fatidique cours
Des astres,
Oh ! dis-moi vers quels
Mornes ou cruels
Désastres

L’implacable enfant,
Preste et relevant
Ses jupes,
La rose au chapeau,
Conduit son troupeau
De dupes?

(Verlaine)

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