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Poésie

Posts Tagged ‘pétrifier’

Femme multiple (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



Femme multiple

Habillée de lumière
Ton sourire t’épanouit
Tu as des mains pour boire
Aux sources de la vie

Tu as des jambes à traverser les tempêtes
Et des seins à fendre les flots
Et dans ta robe à fleurs
Ton corps mûrit tous les désirs

Tes mains ouvrent des chemins
Et projettent de la tiédeur
Sur les vitres où se cognent
Des étoiles égarées
Tes yeux fascinent les pierres
Et pétrifient les oiseaux

Dans les frissons de l’aube
Tes regards piègent les êtres
Alors que des rayons errent sur ton corps
Qui s’imprègne de bien-être
Tu t’offres à la lumière
Le reflet de ta voix
Caresse l’écho du miroir
Sous la bénédiction des lampes

Toutes les choses sont belles de toi.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Louis Joseph Raphael Collin

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C’EST À DIRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Fernand Dubuis

    
C’EST À DIRE
(Le bruit qui n’est pas entendu)

Pour Fernand Dubuis, qui a enrichi ce texte de couleurs rares aux harmonies inattendues.

Au tournant du verbe
accablé de masques
dont l’être intermittent
parfois surgit
lampe éphémère
pour que renaissent
les ténèbres
en vain refoulées
parfois plonge à l’oubli définitif
recours
depuis l’origine inconnue
jusqu’au-delà du futur
où tant de douleurs
enfin pétrifiées seront
c’est-à-dire
ne seront plus
voici pour le veilleur
ensommeillé
l’écho qui s’interroge
au-dehors sans répondre
le sifflement de l’ennemi
sous la porte
peut-être la clé
perdue
ou du moins ce mince fil
conducteur de vocables
mais pour qui mais pourquoi
s’il n’est rien
s’il s’enroule inutile
à l’index
ou s’il
retentit solitaire
ou s’il est incapable
de révéler autre chose
que sur le sol
à l’ombre de l’été
ce peu de traces
d’un passage
ou le bruit qui n’est pas entendu
ou les couleurs légères
de l’averse que le soleil
dispense à l’ennui
du littoral
lorsque tout espoir
et tout mal
évanouis
le sable
entonne le tumulte
les cris les rires
la blessure
et le silence même
dans une tête
aux dents serrées
inutile témoin
sur l’astre feu
lentement refroidi
d’être là
et ainsi et ainsi
et toujours
et si vous voulez
que je m’arrête
donnez-moi le mot
sinon— sans fin

je continue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ghetto (Guy Tirolien)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Ghetto

pourquoi m’enfermerais-je
Dans cette image de moi
Qu’ils voudraient pétrifier?
Pitié je dis pitié!
J’étouffe dans le ghetto de l’exotisme

Non je ne suis pas cette idole
D’ébène
Humant l’encens profane
Qu’on brûle
Dans les musées de l’exotisme

Je ne suis pas ce cannibale
De foire
Roulant des prunelles d’ivoire
Pour le frisson des gosses

Si je pousse le cri
Qui me brûle la gorge
C’est que mon ventre bout
De la faim de mes frères

Et si parfois je hurle ma souffrance
C’est que j’ai l’orteil pris
Sous la botte des autres

Je ne suis pas non plus
Statue figée du révolté
Ou de la damnation
Je suis bête vivante
Bête de proie
Toujours prête à bondir

À bondir sur la vie
Qui se moque des morts
À bondir sur la joie
Qui n’a pas de passeport
A bondir sur l’amour
Qui passe devant ma porte

Je dirai Beethoven
Sourd
Au milieu des tumultes
Car c’est pour moi
Pour moi qui peux mieux le comprendre
Qu’il déchaîne ses orages

Je chanterai Rimbaud
Qui voulut se faire nègre
Pour mieux parler aux hommes
Le langage des genèses

Et je louerai Matisse
Et Braque et Picasso
D’avoir su retrouver sous la rigidité
Des formes élémentales
Le vieux secret des rythmes
Qui font chanter la vie

Oui j’exalterai l’homme
Tous les hommes
J’irai à eux
Le coeur plein de chansons
Les mains lourdes
D’amitié
Car ils sont faits à mon image

(Guy Tirolien)

 

 

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La boule fauve (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 
    
La boule fauve au bout de sa ficelle,
qui est notre démon et notre guide,
tourne dans un sens ou dans l’autre,
côté chair ou côté diamant.
D’autres fois seulement elle oscille.
D’autres fois elle est pétrifiée.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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TERRITOIRES DU SOUFFLE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

TERRITOIRES DU SOUFFLE

Parcourant
Les territoires du souffle
La Poésie
Ne thésaurise rien

Nulle empreinte
N’ossifie son essor
Nul usage
Ne pétrifie sa flamme

Elle insuffle son et sens
Dans les parcelles du monde

Disant sans vraiment dire
Elle ravive le désir
Multipliant les signes
Elle demeure
A l’avant.

(Andrée Chedid)

 

 

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UN SOIR D’HIVER (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

UN SOIR D’HIVER

Lorsque la neige aux vitres frappe,
Que l’angélus longuement sonne,
La table est mise pour beaucoup
Et la maison est bien garnie.

Maint compagnon en cours d’errance
Arrive par d’obscurs chemins.
L’arbre de grâce a des fleurs d’or
Puisés au suc frais de la terre.

Le voyageur entre en silence ;
La douleur pétrifia le seuil.
Et l’on voit luire sur la table
Clair et pur le pain et le vin.

(Georg Trakl)

Illustration: Edouard Léon Cortès

 

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La tasse ébréchée (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2016



Que ton sommeil jouisse
de la proximité
du buis, du frêne et du pommier!
Ta langue a touché par mégarde
la tasse ébréchée:
la goutte de sang
hors du temps se pétrifie.

(Jacques Izoard)

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Comment te repousser, lumière noire (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2016



Comment te repousser, lumière noire
qui monte en nos vergers
si faussement complices du carnage ?

Nous devisons de neige, de clarté.

Pourtant l’intruse pétrifie. L’orfraie
se fige à la plus sèche branche,
le fruit se fend avec un bruit de mort.

Un mot à dire encore, une question
posée dans la nuit d’une chambre
par la servante jeune
qui déjà s’éloigne entre les murs,

et notre main levée, traçant un signe obscur
et la pluie suspendue qui nous effacera.

(Jean Joubert)


Illustration

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