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Amour en même instant m’aiguillonne et m’arrête (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Karol Bak arachnoid

Amour en même instant m’aiguillonne et m’arrête,
M’assure et me fait peur, m’ard et me va glaçant,
Me pourchasse et me fuit, me rend faible et puissant,
Me fait victorieux et marche sur ma tête.

Ores bas, ores haut, jouet de la tempête,
Il va comme il lui plait mon navire élançant :
Je pense être échappé quand je suis périssant,
Et quand j’ai tout perdu, je chante ma conquête.

De ce qui plus me plait, je reçois déplaisir ;
Voulant trouver mon coeur, j’égare mon désir ;
J’adore une beauté qui m’est toute contraire ;

Je m’empêtre aux filets dont je me veux garder :
Et voyant en mon mal ce qui me peut aider,
Las! je l’approuve assez, mais je ne le puis faire.

(Philippe Desportes)

Illustration: Karol Bak

 

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Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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CRAPAUDS ET COULEUVRES (Armand Bernier)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



CRAPAUDS ET COULEUVRES

Bonsoir, les crapauds.
Je suis la main qui touche
les eaux.

Bonsoir, les couleuvres.
Je suis la main qui fait trembler
les feuilles.

Respirez avec moins de crainte.
Levez les yeux vers les étoiles.

Vivez sans peur : la main
ne vous veut aucun mal.

Bonsoir les crapauds, bonsoir les couleuvres.

(Armand Bernier)

 

 

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LE RÉVEIL (Lucie Spède)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



LE RÉVEIL

Le réveil
tri-co-te
du temps
avec ses
mollets maigres.

Le réveil
ra-vau-de
du vent
ventre rond
face d’obèse.

Le réveil
cro-chet-te
ton coeur
à mailles régulières.

Le réveil
ca-chet-te
ta peur
glissée sous
les paupières…

(Lucie Spède)

 

 

 

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Lorsqu’on tue l’abeille (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Lorsqu’on tue l’abeille,

Vient aussitôt la peur
Que s’écroule
Ou que s’écoule un monde

Tangentiel au nôtre
Ou l’englobant.

(Guillevic)

 

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Nocturne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



Nocturne

Je songe au vieux Soleil un jour agonisant,
Je halète, j’ai peur, pressant du doigt ma tempe,

En face, pourtant trois jeunes filles, causant,
Brodent à la clarté paisible de la lampe.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Bourdon, je t’envie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Bourdon, je t’envie,
comme tu promènes,
noire fantaisie,
ta miette de vie
dans les compliqués
chemins de l’été!

Cependant que moi
je peine, je traîne
un araire lourd
au fond de moi-même

dans l’étroit labour,
un pas pour la haine,
un pas pour l’amour.

Le soleil me noie,
l’été me fait peur,
bourdonnante joie,
va bouffer les fleurs.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Roulez tambours (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019


 


Audrey Kawasaki i5

 

Roulez tambours, et grondez voix du Saint-Esprit : la jeune fille
nue a plus d’un tour dans son sac.
Peur à la peur, l’odeur s’est tue et le fonctionnaire en retraite se porte bien.
Dans son arbre généalogique il dépiste le gène chromosome et
sait extraire les coucous de sa famille.
Sûr de lui, il remonte la lourde pluie pour aller briser à Soissons ce qui reste du vase.
« Insistez dans l’inspiration  » — commandait le gymnasiarque –
 » et expirez à volonté.  »
Je crains le crocodile et la plume trempée dans le lacrymatoire.
Dans le non-sens que de richesse de savoir !

(Georges Libbrecht)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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L’oreiller d’un enfant (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

Aron Wiesenfeld   Immigrant

L’oreiller d’un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d’enfants, pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir …

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Tu m’accompagnes partout (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Tu m’accompagnes partout dans ce monde mal fait
Ton poids est plus léger que la buée du premier jour
Je te respire par tous les pores de ma peau triste
Et ton sang reconnaît sans effort le dédale brûlant de mes veines
Dans cette saison de fer je ne me sens plus seul
Car tu me donnes la force d’être ce que je suis
Je mêle l’espoir et la peine, la joie et la souffrance
Je peins la peur et le courage des mêmes couleurs
Je donne à l’ortie et au blé la pluie et le soleil
Je mets la graine et l’épi dans la seule balance
J’accepte sans choisir les larmes et l’amour
J’abandonne le ciel pour cette terre amère
Mais je ferme les yeux pour retenir ton ombre
Immobile et debout dans mon sang ébloui.
Je ne parle qu’à toi de la vie, de la mort.

(Albert Ayguesparse)

 

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