Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘peur’

Quand la peur m’envahit (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 19 [1280x768]

Quand la peur m’envahit que je puis cesser d’être avant
que ma plume n’ait tout glané de mon cerveau fécond, avant
que de hautes piles de livres en beaux caractères ne gardent
comme d’opulents greniers le grain pleinement mûri ; quand
je contemple, sur la face étoilée de la nuit, les énormes
symboles ennuagés d’un céleste poème, et songe que peut-être
ne vivrai-je pas assez pour dessiner leurs ombres d’une
main guidée par l’inspiration magique ; et quand je sens, belle
créature éphémère ! que jamais plus je ne te regarderai, jamais
plus ne savourerai la puissance féerique du don total
d’amour, — alors, sur le rivage du monde immense, je reste
solitaire et médite, — au point qu’amour et gloire s’abîment
jusqu’au néant.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DEUX VERBES EN CREUX (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
DEUX VERBES EN CREUX

J’écoute je me tais
Je me tais pour écouter,
(pour mieux écouter),
Je me tais parce que j’écoute
Si je ne me tais pas je n’écoute plus

(Taisez-vous !
Taisez-vous et écoutez !
Écoutez-le se taire
II se tait il se taira!
vous l’écouterez.)

Si j’étais celui qui écoute
seulement pour écouter
si j’étais celui qui se tait
simplement pour se taire
vous ne cesseriez d’écouter
vous auriez peur que je me taise

Mais je ne me tais pas non je ne me tais
pas encore. Je ne pourrai jamais
me taire. Je ne cesse pas d’écouter.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quelquefois (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



Le dernier déchirement
est pour la neige
pour des milliers de papillons
qui entourent la peur muette
d’un arbre

Quelquefois
c’est ton baiser
qui annule la montagne.

(Christian Viguié)


Illustration: Auguste Rodin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ton baiser (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



Le dernier déchirement
est pour la neige
pour des milliers de papillons
qui entourent la peur muette
d’un arbre

Quelquefois
c’est ton baiser
qui annule la montagne.

(Christian Viguié)


Illustration: Alain Gagnon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MELANCOLIE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



MELANCOLIE

Que de cris, en l’automne, de sanglots !
Toute la forêt rugit, furieuse,
Sur les hauteurs un buccin fait écho
Et la complainte monte, douloureuse.

O viens mon aimée, écoute-moi bien,
Point ne pleure et chasse ta peur nouvelle,
Écoute l’appel profond, ancien
C’est la terre qui nous appelle à elle…

(George Bacovia)

Illustration: François Malespine

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PAYSAGE DE RURALE DOULEUR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




PAYSAGE DE RURALE DOULEUR

Des fruits tombent doucement sur la terre serrée
et le vieillard
au trop court capuchon d’enfant
suit le chemin
d’un pas menu jusqu’à l’extrême.
Un petit jardin de cives
tremblote sous les étoiles.
A l’habitation du tournant
une roue bleue au mur s’appuie,
le charron et ses aides
forment, mangeant debout, un groupe muet
semblant attendre pour réduire
dans un dernier effort
la misère et la peur du monde.

(Jean Follain)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Le bonheur était au grenier (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
le bonheur était au grenier
paré de toiles d’araignées
par la lucarne entrait la lune
et le frisson par l’escalier

on avait peur d’être surpris
par un fantôme ou bien par une
grand-mère folle au regard gris
la bougie s’éteignait la lune

glissait sur un meuble branlant
nos mouvements devenaient lents
pendant que nos coeurs palpitaient

l’un de nous ouvrait la lucarne
sur les mystères de l’été
qui nous déléguaient la lucane

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Parfois il chancelle (Rezâ Sâdeghpour)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019




    

parfois
il chancelle
sa peur de tomber
est une menace
de mort sur les passants

le petit

pot de

géraniums

***

(Rezâ Sâdeghpour)

 

Recueil: Le Bris lent des bouteilles
Traduction: Amin Kamranzadeh et Franck Merger
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

INSOMNIE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Irina Kotova

INSOMNIE

La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.

***

DESVELO

Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Irina Kotova

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :