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Poésie

Posts Tagged ‘peureuse’

Steam-boat (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

steamboat

Steam-boat

A une passagère.
En fumée elle est donc chassée
L’éternité, la traversée
Qui fit de Vous ma soeur d’un jour,
Ma soeur d’amour ! …

Là-bas : cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore…
Ici : la terre, ton écueil,
Tertre de deuil !

On t’espère là… Va légère !
Qui te bercera, Passagère?…
Ô passagère de mon coeur,
Ton remorqueur ! …

Quel ménélas, sur son rivage,
Fait le pied ?… – Va, j’ai ton sillage…
J’ai, – quand il est là voir venir, –
Ton souvenir !

Il n’aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse !…
Tes sourcils salés de poudrain
Pendant un grain !

Il ne t’aura pas : effrontée !
Par tes cheveux au vent fouettée !…
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui…

Ni ma poésie où : – Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu’elle rasa…,
Et coetera.

– Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi ! … Rien n’est plus l’horizon
Qu’une cloison,

Qu’elle va me sembler étroite !
Tout seul, la boîte à deux ! … la boîte
Où nous n’avions qu’un oreiller
Pour sommeiller.

Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli…
– Comme l’oubli ! –

Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune,
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.

(Tristan Corbière)

 

 

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MUSIQUE AU CREPUSCULE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



 

Alphonse Osbert Un inceste d'âmes

MUSIQUE AU CREPUSCULE

La ligne de ton cou se subtilise ;
Tout baigne feutré dans la couleur grise,
Et voici qu’un jour bien cher agonise.

Oh ! demain, l’absence et les heures creuses !
Sens-tu pas, nos âmes en sont peureuses ;
Sens-tu pas, nos âmes en sont frileuses ;

Frileuses surtout à cause de l’heure ;
Tu sais bien qu’au soir nos beaux rires meurent,
Et qu’ensemble un peu nos âmes pleurent,

Sans nulle souffrance et sans nulle peine,
Par cette faiblesse d’être trop pleines ;

La ligne de ton cou se subtilise ;
Blottissons-nous bien dans le fauteuil noir ;
Tout baigne feutré dans la couleur grise,
Laissons sur nos coeurs si pareils pleuvoir
La triste douceur qui les prend le soir,
Chaque fois qu’un jour bien cher agonise.

(Charles Vildrac)

Illustration: Alphonse Osbert

 

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Ton corps crie en ses gestes dévêtus (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016



Ton corps crie en ses gestes dévêtus
il crie au secours sur la plage déserte
nudité mais peureuse où la mer s’évertue
à blesser les secrets que ses lèvres pénètrent

Bientôt la passion lente des marées
possédera le corps entier de l’aimée
elle rampe, elle assiège, assaille, ensevelit
elle berce les proies que son désir polit

Oh, cette mer en soi qui vit insaisissable
et qui meurt, entre l’écume et le sable
d’oser saisir ce qu’elle détruit.

(Robert Mallet)

Illustration

 

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Nocturne (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2016



Nocturne

Qui vient frapper aux voûtes du sommeil ?
Qui se dévêt des robes de la terre ?
Quelle tiédeur se glisse sur ma chair,
Cherchant ma bouche, effaçant mon visage?

Et quel silence assaille mon vertige?
Pourquoi la neige? A quelle ensevelie
Cette main captive aux pièges du lit,
Qui se dérobe et fuit au chant du coq?

Etait-ce toi? Je n’ai pas reconnu
Ton pas, ton souffle et ta bouche peureuse.
Voici le jour et cette visiteuse
Invisible emplit la chambre fermée,

Cette dormeuse immense qui m’occupe,
Use mon temps et tourmente ma voile:
Ciel interdit dont tu n’es qu’une étoile,
Mer soulevée où ta vague se perd.

(Jean Joubert)


Illustration: Michel Ogier

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Le rendez-vous (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Alphonse Mucha 

Le rendez-vous

Il m’attend ! Je ne sais quelle mélancolie
Au trouble de l’amour se mêle en cet instant ;
Mon coeur s’est arrêté sous ma main affaiblie ;
L’heure sonne au hameau ; je l’écoute… et pourtant
Il m’attend !

Il m’attend ! D’où vient donc que dans ma chevelure
Je ne puis enlacer les fleurs qu’il aime tant ?
J’ai commencé deux fois sans finir ma parure,
Je n’ai pas regardé le miroir… et pourtant
Il m’attend !

Il m’attend ! Le bonheur recèle-t-il des larmes ?
Que faut-il inventer pour le rendre content ?
Mes bouquets, mes aveux, ont-ils perdu leurs charmes ?
Il est triste, il soupire, il se tait… et pourtant
Il m’attend !

Il m’attend ! Au retour serai-je plus heureuse ?
Quelle crainte s’élève en mon sein palpitant ?
Ah ! Dût-il me trouver moins tendre que peureuse,
Ah ! Dussé-je en pleurer, viens, ma mère… et pourtant
Il m’attend !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alphonse Mucha

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RETOUCHE A LA TROP GRANDE PAIX (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2015



Joseph Edward Southall 1861-1944

RETOUCHE A LA TROP GRANDE PAIX

Ville peureuse au fond des blés
à tremblement de lièvre
les tours ont un duvet d’oreille
un homme d’ici a posté une lettre
qui dira sa mort
car il a cru le monde déserté

(Daniel Boulanger)

Illustration: Joseph Edward Southall

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Je campe dans tes chevelures (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2015



 

Alexander Sigov  (17) [1280x768]

Je campe dans tes chevelures
Le chant se plie à tes pieds et prie
Le bec de tes seins m’ouvre
Voici des fontaines des renards pris aux cris
Alors tu danses Tatouée Cristal nu
Je n’irai jamais plus avant que ta nuit
Pour moi tu inventes les siècles les batailles les épopées les légendes
Tu fais l’Histoire obscène
Tu chevauches l’envers des mots

Je te veux lente peureuse un peu lourde d’ornements ôtés
Je t’ai logée dans le creux des arbres où rien ne vient
que l’air craintif le péché et la salsepareille

(Hubert Juin)

Illustration: Alexander Sigov

 

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