Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘phalène’

Que l’on jette ces lis (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019


 


 

Léon Spilliaert

Que l’on jette ces lis …

Que l’on jette ces lis, ces roses éclatantes,
Que l’on fasse cesser les flûtes et les chants
Qui viennent raviver les luxures flottantes
A l’horizon vermeil de mes désirs couchants.

Oh ! Ne me soufflez plus le musc de votre haleine,
Oh ! Ne me fixez pas de vos yeux fulgurants,
Car je me sens brûler, ainsi qu’une phalène,
A l’azur étoilé de ces flambeaux errants.

Oh ! Ne me tente plus de ta caresse avide,
Oh ! Ne me verse plus l’enivrante liqueur
Qui coule de ta bouche – amphore jamais vide –
Laisse dormir mon coeur, laisse mourir mon coeur.

Mon coeur repose, ainsi qu’en un cercueil d’érable,
Dans la sérénité de sa conversion ;
Avec les regrets vains d’un bonheur misérable,
Ne trouble pas la paix de l’absolution.

(Jean Moréas)

Illustration: Léon Spilliaert

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nuit. Lune. Feuilles noires. (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Nuit. Lune. Feuilles noires.
J’ouvre grande la fenêtre :
Entre nous d’autres barrières,
Invisibles, infinies.
Sur mon seuil
Quand ma fenêtre s’ouvre sur la nuit,
Phalènes, feuilles noires, clair de lune.

***

Night. Moon. Black leaves.
I open the French window wide
Between us other barriers,
Invisible, infinite.
On my threshold
When my window is open upon the night,
Moths, black leaves, moonlight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Vincent Lafargue

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’INSTANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




L’INSTANT

Jamais, jamais plus
Cet instant, jamais
Ces lentes rides
A travers l’eau lisse,
Et jamais plus ces
Nuages blancs et gris
Dans le ciel cristallin vif
Bleu comme le cri du sterne,
Strident parmi l’air léger,
Salé par l’océan,
Adouci par les fleurs.

Ici coïncident
Les longues histoires
Des formes récurrentes
Qui se touchent en un point
Et se quittent dans l’instant,
Les vagues rapides
Du vent et de l’eau,
Le rythme plus lent
De l’usure des roches,
De l’enfoncement des terres.

Dans les lacs fertiles
Le cycle de vie
Des algues brunes
Entrecroise
Les fréquences
Des divers coquillages
Chacun avec son arc
Sa spirale singulière
Filée à partir d’un point
En ton et demi-ton
D’une octave formelle.

Ici viennent planer
Les mouettes blanches
Qui lentement tournent
Au-dessus des îles
OEillets de mer et herbe salée,
Eider et fou de Bassan,
Courlis et cormoran,
Chacun a son mode .
Personnel d’extase
Nouée dans le dessin,
Le courant incessant
De l’espèce perpétuelle,
Répétée, renouvelée
Par le vouloir de la joie
Dans des oeufs mis à l’abri
De corniches escarpées.

Le soleil qui se lève
Sur une terre, se couche
Sur une autre.
Rapidement les fleurs
Croissent et se flétrissent,
Le grand iris jaune
Déploie sa corolle
Quand les primevères se fanent,
Les volutes des fougères
Se déroulent, les moucherons
Dansent le temps d’une heure
Dans l’air du soir,
La phalène brune émerge
De sa chrysalide
Et les os de l’alouette
Tombent épars dans l’herbe.

Le soleil qui s’est levé
De la mer ce matin
Ne reviendra jamais,
Car la lumière diffuse
Qui fait briller les feuilles
Et miroite sur l’eau
Poursuivra cette nuit
Son très long voyage
Hors de l’univers.
Jamais plus ce soleil,
Ce monde, jamais plus
Cet unique témoin.

***

THE MOMENT

Never, never again
This moment, never
These slow ripples
Across smooth water,
Never again these
Clouds white and grey
In sky sharp crystalline
Blue as the tern’s cry
Shrill in light air
Salt from the ocean,
Sweet from flowers.

Here coincide
The long histories
Of forms recurrent
That meet at a point
And part in a moment,
The rapid waves
Of wind and water
And slower rhythm
Of rock weathering
And land sinking.

In teeming pools
The life cycle
Of brown weed
Is intersecting
The frequencies
Of diverse shells
Each with its variant
Arc or spiral
Spun from a point
In tone and semitone
Of formal octave.

Here come soaring
White gulls
Leisurely wheeling
In air over islands
Sea pinks and salt grass,
Gannet and eider,
Curlew and cormorant
Each a differing
Pattern of ecstasy
Recurring at nodes
In an on-flowing current,
The perpetual species,
Repeated, renewed
By the will of joy
In eggs lodged safe
On perilous ledges.

The sun that rises
Upon one earth
Sets on another.
Swiftly the flowers
Are waxing and waning,
The tall yellow iris
Unfolds its corolla
As primroses wither,
Scrolls of fern
Unroll and midges
Dance for an hour
In the evening air,
The brown moth
From its pupa emerges
And the lark’s bones
Fall apart in the grass.

The sun that rose
From the sea this morning
Will never return,
For the broadcast light
That brightens the leaves
And glances on water
Will travel tonight
On its long journey
Out of the universe,
Never this sun,
This world, and never
Again this watcher.

(Kathleen Raine)

Illustration: Andrew Judd

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jeux (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Jeux

Ah! la Lune, la Lune m’obsède…
Croyez-vous qu’il y ait un remède?

Morte? Se peut-il pas qu’elle dorme
Grise de cosmiques chloroformes?

Rosace en tombale efflorescence
De la Basilique du Silence,

Tu persistes dans ton attitude,
Quand je suffoque de solitude!

Oui, oui, tu as la gorge bien faite;
Mais, si jamais je m’y allaite?…

Encore un soir, et mes berquinades
S’en iront rire à la débandade,

Traitant mon platonisme si digne
D’extase de pêcheur à la ligne!

Salve, Regina des Lys! reine,
Je te veux percer de mes phalènes!

Je veux baiser ta patène triste,
Plat veuf du chef de saint Jean-Baptiste!

Je veux trouver un lied! qui te touche
A te faire émigrer vers ma bouche!

– Mais, même plus de rimes à Lune…
Ah! quelle regrettable lacune!

(Jules Laforgue)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

La phalène (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Coiffée de lumière elle fuit ses yeux
de peur de mourir Le feu
est plus fort quand il a la
forme du premier amour

(Edmond Jabès)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Regrets (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Regrets

Je sais que j’aurais dû n’en rien faire
Et garder toujours mon secret;
Et sans nullement chercher à être aimé
Me contenter de pouvoir plaire.

Entre l’homme et la femme l’Amitié
C’est de l’amour même discrète,
Et un jour tu aurais eu pitié
En devinant ma passion muette.

Mais tu pars, tu me quittes, il fait si noir,
Que te devinant ne pouvant plus te voir,
A chaque ombre qui bouge, je dis: c’est Elle…

Et mon rêve dans les senteurs de la nuit,
Monte lentement, lentement sur vos ailes
Phalènes du soir qui mourez comme lui.

(Birago Diop)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Comme le phalène (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Comme le phalène je vole droit au brasier
et baise l’incandescence.

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

LILAS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018




    
LILAS

Ma maîtresse me fait des scènes.
Paradis fleuri de lilas
Je viens humer tes odeurs saines.

Les moribonds disent : Hélas!
Les vieux disent des mots obscènes
Pour couvrir le bruit de leurs glas.

Dans le bois de pins et de chênes
Les obus jettent leurs éclats.
Victoire? Défaite? Phalènes.

Pluie améthyste les lilas,
Sans souci d’ambitions vaines,
Offrent aux plus gueux leurs galas.

La mer, les montagnes, les plaines,
Tout est oublié. Je suis las,
Las de la bêtise et des haines.

Mais mon coeur renaît aux lilas.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’allai au Paradis (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



J’allai au Paradis –
Petit Bourg –
Éclairé – d’un Rubis –
Voligé – de Duvet –

Plus paisible – que les prés
Sous la Rosée –
Beau – comme des Images
Que nulle Main n’a tracées
Des Gens – tels des Phalènes –
Arachnéens – leurs corps –
Leurs tâches – de Tulle –
D’Eider – leurs noms –
Heureuse – presque –
Je – pourrais l’être –
En Compagnie
Si choisie –

***

I went to Heaven –
‘Twas a small Town —
Lit – with a Ruby –
Lathed – with Down –

Stiller – than the fields
At the full Dew –
Beautiful – as Pictures —
No Man drew —
People – like the Moth –
OfMechlin -frames –
Duties – of Gossamer —
And Eider – names –
Almost -contented –
I – could be –
‘Mong such unique
Society –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La tour Eiffel (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017



La tour Eiffel

Mais oui, je suis une girafe,
M’a raconté la tour Eiffel.
Et si ma tête est dans le ciel,
C’est pour mieux brouter les nuages,
Car ils me rendent éternelle.
Mais j’ai quatre pieds bien assis
Dans une courbe de la Seine.
On ne s’ennuie pas à Paris :
Les femmes, comme des phalènes,
Les hommes, comme des fourmis,
Glissent sans fin entre mes jambes
Et les plus fous, les plus ingambes
Montent et descendent le long
De mon cou comme des frelons.
La nuit, je lèche les étoiles.
Et si l’on m’aperçoit de loin
C’est que très souvent, j’en avale
Une sans avoir l’air de rien.

(Maurice Carême)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :