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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



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LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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Tout s’éloigne (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020


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Tout s’éloigne et à quelle distance
ou serait-ce moi qui vous quitte
sans avoir l’air de faire un pas?
Seuls sont proches les ennemis,
toujours plus proches à mesure
que les choses perdent leur poids

(Philippe Jaccottet)

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Oui, oui, c’est cela, c’est cela! (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020




Oui, oui, c’est cela,
c’est cela!
criait-elle.

Et son visage semblait éclairé
par quelque chose qui lui faisait face.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Cali Rezo

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La chose « la plus belle » (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020




Pour moi, qui décidément ne comprends pas grand-chose au monde,
j’en viens à me demander si la chose « la plus belle »,
ressentie instinctivement comme telle,
n’est pas la chose la plus proche du secret de ce monde,
la traduction la plus fidèle du message
qu’on croirait parfois lancé dans l’air jusqu’à nous;
ou, si l’on veut, l’ouverture la plus juste sur ce qui ne peut être saisi autrement,
sur cette sorte d’espace où l’on ne peut entrer mais qu’elle dévoile un instant.

Si ce n’était pas quelque chose comme cela,
nous serions bien fous de nous y laisser prendre.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos

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Dans l’étendue (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020




Dans l’étendue
plus rien que des montagnes miroitantes

Plus rien que d’ardents regards
qui se croisent

Merles et ramiers

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos

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Forêt marine (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020


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Forêt marine à l’aurore,
Touffue et trempée de vent,
J’entre et je suffoque en toi

(Philippe Jaccottet)

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Je ne vois presque plus rien (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Je ne vois presque plus rien que la lumière
les cris d’oiseaux lointains en sont les nœuds,
toute la montagne du jour est allumée,
elle ne me surplombe plus,
elle m’enflamme.

(Philippe Jaccottet)

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Trop (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Trop d’astres, cet été, Monsieur le Maître,
trop d’amis atterrés,
trop de rébus.

Je me sens devenir de plus en plus ignare
avec le temps
et finirai bientôt imbécile dans les ronciers.

Explique-toi enfin, Maître évasif !

Pour réponse, au bord du chemin :

séneçon, berce, chicorée.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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Chemins qui ne mènent nulle part (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Chemins qui ne mènent nulle part
entre deux prés,
que l’on dirait avec art
de leur but détournés,
chemins qui souvent n’ont
devant eux rien d’autre en face
que le pur espace
et la saison.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos

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La pluie est revenue (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020




La pluie est revenue, sur les feuillages en quelques jours multipliés, épaissis.
On aurait dit qu’une ombre était prisonnière de cette cage fragile.

(Philippe Jaccottet)

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