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Posts Tagged ‘(Philippe Jaccottet)’

L’HIVER (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



 

L’HIVER

J’ai su pourtant donner des ailes à mes paroles,
je les voyais tourner en scintillant dans l’air,
elles me conduisaient vers l’espace éclairé…

Suis-je donc enfermé dans le glacial décembre
comme un vieillard sans voix, derrière la fenêtre
à chaque heure plus sombre, erre dans sa mémoire,
et s’il sourit c’est qu’il traverse une rue claire,
c’est qu’il rencontre une ombre aux yeux clos, maintenant
et depuis tant d’années froide comme décembre…

Cette femme très loin qui brûle sous la neige,
si je me tais, qui lui dira de luire encore,
de ne pas s’enfoncer avec les autres feux
dans l’ossuaire des forêts ? Qui m’ouvrira
dans ces ténèbres le chemin de la rosée ?

Mais déjà, par l’appel le plus faible touchée,
l’heure d’avant le jour se devine dans l’herbe.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LES GITANS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



 

LES GITANS

Il y a un feu sous les arbres :
on l’entend qui parle bas
à la nation endormie
près des portes de la ville.

Si nous marchons en silence,
âmes de peu de durée
entre les sombres demeures,
c’est de crainte que tu meures,
murmure perpétuel
de la lumière cachée.

(Philippe Jaccottet)

 

 

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LA VOIX (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



 

Danny O’Connor 00 [1280x768]

LA VOIX

Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près,
quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir
puisque le jour n’est pas autrement précédé
par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le coeur
qui ne cherche la possession ni la victoire.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Danny O’Connor

 

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Les chèvres dans l’herbage (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2020



 

Les chèvres dans l’herbage
sont une libation de lait

Où est l’oeil de la terre
nul ne le sait
mais je connais les ombres
qu’elle apaise

Dispersées, on voit mieux l’étendue
de l’avenir

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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Une semaison de larmes (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



 

nature  a (25)

Une semaison de larmes
sur le visage changé,
la scintillante saison
des rivières dérangées :
chagrin qui creuse la terre

L’âge regarde la neige
s’éloigner sur les montagnes

Dans l’herbe à l’hiver survivant
ces ombres moins pesantes qu’elle,
des timides bois patients
sont la discrète, la fidèle,

l’encore imperceptible mort

Toujours dans le jour tournant
ce vol autour de nos corps
Toujours dans le champ du jour
ces tombes d’ardoise bleue

Vérité, non vérité
se résorbent en fumée

Monde pas mieux abrité
que la beauté trop aimée,
passer en toi, c’est fêter
de la poussière allumée

Vérité, non vérité
brillent, cendre parfumée

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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L’attachement à soi (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


 


 

Marie-Claude Deyts

L’attachement à soi augmente l’opacité de la vie.
Un moment de vrai oubli,
et tous les écrans les uns derrière les autres deviennent transparents,
de sorte qu’on voit la clarté jusqu’au fond, aussi loin que la vue porte ;
et du même coup plus rien ne pèse.
Ainsi l’âme est vraiment changée en oiseau.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Marie-Claude Deyts

 

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La terre tout entière visible (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


 


 

La terre tout entière visible
mesurable
pleine de temps

suspendue à une plume qui monte
de plus en plus lumineuse

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Viviane-Josée Restieau

 

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LUNE À L’AUBE D’ÉTÉ (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



 

LUNE À L’AUBE D’ÉTÉ

Dans l’air de plus en plus clair
scintille encore cette larme
ou faible flamme dans du verre
quand du sommeil des montagnes
monte une vapeur dorée

Demeure ainsi suspendue
sur la balance de l’aube
entre la braise promise
et cette perle perdue

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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Toute fleur n’est que de la nuit (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



 

Toute fleur n’est que de la nuit
qui feint de s’être rapprochée

Mais là d’où son parfum s’élève
je ne puis espérer entrer
c’est pourquoi tant il me trouble
et me fait si longtemps veiller
devant cette porte fermée

Toute couleur, toute vie
naît d’où le regard s’arrête

Ce monde n’est que la crête
d’un invisible incendie

Je marche
dans un jardin de braises fraîches
sous leur abri de feuilles

un charbon ardent sur la bouche

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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Pommes éparses (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

Pommes éparses
sur l’aire du pommier

Vite !
Que la peau s’empourpre
avant l’hiver!

(Philippe Jaccottet)

Illustration

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