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Poésie

Posts Tagged ‘philosophie’

PULVIS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



PULVIS

Éternité, ô infini,
Toi, chaos, qui rassembles tout…
En ton vide il y a folie,
Et de nous tous tu fais des fous.

Devant toi je suis un poltron.
Eternité, ô infini,
J’aime une fille, oui, un tendron,
Apprends-moi la philosophie.

Éternité, ô infini,
Tandis que je tremble d’amour,
Tu me fais voir, triste ironie,
Un cimetière, au carrefour !

(George Bacovia)

 

 

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Il est peut-être même le Juif authentique (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Christ de Vélasquez [800x600]

Les murs ne tombent pas
[19]

Il est peut-être même le Juif authentique
sorti de Vélasquez ;

ces paupières chez Vélasquez
sont baissées sur des yeux

qui, ouverts, méduseraient, dérouteraient
et nous frapperaient d’un ancien sentiment de culpabilité

et de peur, mais la terreur de ces yeux
voilés dans leur agonie est terminée ;

je t’assure que les yeux
du crucifié de Vélasquez

te regardent à présent dans les yeux,
et qu’ils sont ambre et qu’ils sont feu.

[20]

Or il apparaît clairement
que le Saint-Esprit,

mystérieuse énigme de l’enfance
est le Rêve ;

cette voie d’inspiration
est toujours ouverte,

et ouverte à tous ;

il agit en intermédiaire, interprète,

il explique les symboles du passé
en images d’aujourd’hui,

il fusionne l’avenir lointain
avec la plus lointaine antiquité,

énonce économiquement
en une simple équation-rêve

la plus profonde philosophie,
divulgue le secret de l’alchimiste

et suit le Mage
dans le désert.

***

He might even be the authentic Jew
stepped out from Velasquez;

those eye-lids in the Velasquez
are lowered over eyes

that open, would daze, bewilder
and stun us with the old sense of guilt

and fear, but the terror of those eyes
veiled in their agony is over;

I assure you that the eyes
of Velasquez’ crucified

now look straight at you,
and they are amber and they are fire.

Now it appears very clear
that the Holy Ghost,

childhood’s mysterious enigma,
is the Dream;

that way of inspiration
is always open,

and open to everyone;
it acts as go-between, interpreter,

it explains symbols of the past
in to-day’s imagery,

it merges the distant future
with most distant antiquity,

states economically
in a simple dream-equation

the most profound philosophy,
discloses the alchemist’s secret

and follows the Mage
in the desert.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Velasquez

 

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Il n’y a qu’une manière aujourd’hui de parler de spiritualité (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Elena Kolotusha
    
Il n’y a qu’une manière aujourd’hui
de parler de spiritualité,

c’est de l’allier à l’humour, à la poésie,
à une philosophie au pied vif.

Ce qui est lourd n’a pas d’avenir.

(Christiane Singer)

 

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La Dent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



Ce Monde n’est pas une Conclusion.
Il y a une Vie au-delà –
Invisible – comme la Musique –
Mais positive – comme le Son –
Elle fait signe, elle déconcerte –
La Philosophie – connaît pas –
Et, à travers une Enigme, enfin –
La Sagacité finit par se faufiler –
La deviner tourmente les clercs –
Pour l’avoir, les Hommes ont enduré
Le mépris des Générations
Et la Crucifixion montré du doigt –
La Foi glisse – et rit reprend des forces –
Rougit, devant témoin –
Tire sur une brindille de Preuve –
Demande à une Girouette, le chemin –
Des grands Gestes, de la Chaire –
Roulent de puissants Alléluias –

Aucun Narcotique pour calmer la Dent
Qui grignote l’âme –

(Emily Dickinson)

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Prologue (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



 

Kandinsky

Prologue

De la pensée aux mots,
un monde.

Dès qu’ils viennent en gros,
la ronde.

De la phrase à la phrase,
la stance.

Des couplets qui s’embrasent,
la danse.

Du chagrin à l’oubli,
un antre.

Sous toute philosophie,
le ventre.

Des coulisses aux décors,
un voile.

Du trépas à la mort,
un râle.

De la graine à l’épi,
un germe.

Du néant à la vie,
le sperme.

Du mineur au ministre,
un rang.

Et du lord jusqu’au cuistre,
un temps.

Du génie au crétin,
un gène.

Du raté au malin,
la veine.

Du gendarme au voleur,
un rôle.

En tout un, son tricheur,
son drôle.

Du vice à la vertu,
un tour.

De la mode au rebut,
un jour.

De ta main à la mienne,
un choix.

De l’amour à la haine,
un pas.

De la phrase à la phrase,
la stance.

Des couplets qui s’embrasent,
la danse !

(Esther Granek)

Illustration: Kandinsky

 

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Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre
Pour voir les champs et la rivière.
Il n’est pas suffisant de ne pas être aveugle
Pour voir les arbres et les fleurs.
Il faut n’avoir aucune philosophie.
Quand il y a philosophie, il n’y a pas d’arbres: il y a des idées sans plus.
Il n’y a que chacun de nous, à la manière d’une cave.
Il n’y a qu’une fenêtre fermée, avec le monde entier au-dehors;
Ainsi qu’un rêve de ce qui pourrait être vu si la fenêtre s’ouvrait,
et qui n’est jamais ce qui est vu lorsque s’ouvre la fenêtre.

(Fernando Pessoa)

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Il ne suffit pas (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Illustration: Mustapha Merchaoui
    
Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre
Pour voir les champs et la rivière.

Il n’est pas suffisant de ne pas être aveugle
Pour voir les arbres et les fleurs.

Il faut aussi n’avoir aucune philosophie.

Quand il y a philosophie, il n’y a pas d’arbres,
Il y a des idées, sans plus.

(Fernando Pessoa)

 

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Aucune philosophie au monde (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Aucune philosophie au monde n’arrive à la hauteur d’une seule marguerite,
d’une seule ronce, d’un seul caillou
discutant comme un moine rasé
en tête à tête avec le soleil
et riant, riant, riant

(Christian Bobin)

 

 

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Nos vies (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




Illustration: Edouard Drouot
    
Nos vies

Quel repos à l’aventure de vie
si l’étincelle ne ceint plus la terre,
si la pierre ne recèle de
secret
sur les mots d’hier, paisiblement saignés
dans le soir, et l’adieu sur le trottoir?
Silhouette allongeant l’arbre de la main,
ainsi pour élever l’au-revoir
en arme de lumière ; y chante l’antienne,
interrogation sur le point du matin
ou vole des cendres encore chaudes ?

Que vaut la pensée lorsque se joue
la fugue ; la philosophie du soleil
n’éteint pas le feu. Il faut abandonner
le rêve qui ne serait plus qu’un rêve,
car l’étoile seule a droit sur toi.
Homme, ton repos est une fausse note
ton brouillard se lèvera sur l’azur.
Quel usage ferons-nous de nos vies ?
Dériverons-nous sur le chaleil et l’eau ?
car au premier signe il faut guetter
la démesure d’un Absolu possible :

le bonheur parfois s’écrit sur un radeau

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le merle (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Alexia Guerra
    
Le merle

Un oiseau siffle dans les branches
Et sautille gai, plein d’espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.

C’est un merle, chanteur crédule,
Ignorant du calendrier,
Qui rêve soleil, et module
L’hymne d’avril en février.

Pourtant il vente, il pleut à verse ;
L’Arve jaunit le Rhône bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hôtes près du feu.

Les monts sur l’épaule ont l’hermine,
Comme des magistrats siégeant.
Leur blanc tribunal examine
Un cas d’hiver se prolongeant.

Lustrant son aile qu’il essuie,
L’oiseau persiste en sa chanson,
Malgré neige, brouillard et pluie,
Il croit à la jeune saison.

Il gronde l’aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.

Il voit le jour derrière l’ombre,
Tel un croyant, dans le saint lieu,
L’autel désert, sous la nef sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.

A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi !

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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