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Posts Tagged ‘philosophie’

Interprétations d’un pin tordu (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Interprétations d’un pin tordu (Extrait)

J’ai commencé
Par pousser tout droit
Comme qui que ce soit.
Suivirent alors
Un virage vers le sud
Une inclinaison vers l’est
Une poussée vers le nord
Et un brusque tournant vers l’ouest.

Donc, si vous m’approchez
Attendez-vous à un brin de folie
Il n’y a que des pins dans la philosophie.

Je vis paisible
Mais les vents me prennent pour cible

Ma métaphysique est une danse
Au cœur de l’existence.

Les branches de mon cerveau
Vibrent au soleil et au vent

La forêt de mon esprit
Est fécondée par la pluie

Ma résine est ma raison.
Regardez sur le ciel

Le fou, très réel.

(Kenneth White)

 

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PHILOSOPHIE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
PHILOSOPHIE

Salue le soleil, araignée, n’aie pas de rancoeur.
Remercie Dieu, ô crapaud, d’être au monde venu.
Des épines de rose parent le crabe velu
et les mollusques ont des femmes en leur coeur.
Sachez être ce que vous êtes, énigmes ayant pris forme ;
laissez-en toute responsabilité aux Normes
qui la renverront à leur tour au tout-puissant Créateur…
(Joue, grillon, et que l’ours danse, sous la sélénite lueur.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Celui qui veut (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Euan Macleod 15_lr 

Celui qui veut seulement, dans une certaine mesure, arriver à la liberté de la raison n’a pas le droit pendant longtemps de se sentir sur terre autrement qu’en voyageur; et non même pas pour un voyage vers un but dernier: car il n’y en a point.
Mais il se proposera de bien observer et d’avoir les yeux ouverts à tout ce qui se passe réellement dans le monde; c’est pourquoi il ne peut attacher trop fortement son coeur à rien de particulier;
il faut qu’il y ait toujours en lui quelque chose du voyageur, qui trouve son plaisir au changement et au passage.

Sans doute un pareil homme aura des nuits mauvaises, où il sera las et trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir un repos;
peut être qu’en outre, comme en Orient, le désert s’étendra jusqu’à cette porte, que les bêtes de proie hurleront tantôt loin, tantôt près, qu’un vent violent se lèvera, que des brigands lui raviront ses bêtes de somme.
Alors peut être l’épouvantable nuit descendra pour lui comme un second désert sur le désert, et son coeur sera-t-il las de voyager.

Qu’alors l’aube se lève pour lui, brûlante comme une divinité de colère, que la ville s’ouvre, il y verra peut être sur les visages des habitants plus encore de désert, de saleté, de fourberie, d’insécurité que devant les portes; et le jour sera pire presque que la nuit.
Ainsi peut-il en arriver parfois au voyageur;

mais ensuite viennent, en compensation, les matins délicieux d’autres régions et d’autres journées, où dès le point du jour il voit dans le brouillard des monts les choeurs des Muses s’avancer en dansant à sa rencontre, où plus tard, lorsque paisible, dans l’équilibre de l’âme des matinées, il se promène sous des arbres, verra-t-il de leurs cimes et de leurs frondaisons tomber à ses pieds une foison de choses bonnes et claires, les présents de tous les libres esprits qui sont chez eux dans la montagne, la forêt et la solitude, et qui, tout comme lui, à leur manière tantôt joyeuse et tantôt réfléchie, sont voyageurs et philosophes.

Nés des mystères du matin, ils songent à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de cloche,
un visage si pur, si pénétré de lumière, si joyeux de clarté; ils cherchent la philosophie d’avant-midi.

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Euan Macleod

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La philosophie (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



 

Jean-Claude Forez _A_la_feria_de_San_Firmin

La philosophie

C´est une jolie bande de joyeux fêtards
Qui se couchent à l´aurore et se lèvent très tard
Ne pensant qu´à aimer ou jouer de la guitare
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

Ils ne font rien de plus que fêter chaque instant
Saluer la pleine lune, célébrer le printemps
Si bien qu´pour travailler ils n´ont plus guère le temps
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

Et je me reconnais en eux assez souvent
Comme eux je gaspille ma vie à tous les vents
Et je me dis qu´ils sont mes frères ou mes enfants
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

S´ils passent parmi vous, regardez-les bien vivre
Et comme eux soyez fous, et comme eux soyez ivres
Car leur seule folie, c´est vouloir être libres
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer

Ils vieilliront aussi qu´ils restent ce qu´ils sont
Des viveurs d´utopie aux étranges façons
Des amants, des poètes, des faiseurs de chansons
Ils n´ont dans la vie que cette philosophie

Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer
Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer…

(Georges Moustaki)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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Les bulles de savon (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017




Les bulles de savon que cet enfant
S’amuse à tirer d’une paille
Sont translucidement toute une philosophie
Claires, inutiles, et passagères comme la Nature.
Amies des yeux comme les choses,
Elles sont ce qu’elles sont
Selon une précision bien rondelette et aérienne,
Et personne, pas même l’enfant qui les abandonne,
Ne prétend qu’elles sont plus que ce qu’elles semblent être.

Quelques unes se voient à peine dans l’air lucide…
Elles sont comme la brise qui passe et touche à peine les fleurs
Et dont nous savons qu’elle passe pour la seule raison
Que quelque chose en nous se fait plus léger
Et accepte tout avec plus de netteté.

(Fernando Pessoa)

Illustration: François Knopf

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Si nous voulons goûter (A. Rebelle)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Edvard Munch  
    
Si nous voulons goûter du bonheur pur la gloire,
Au hanap des baisers lentement il faut boire.

N’en déplaise aux jaloux, que torture l’envie,
Le baiser partagé… voilà toute la vie !

Un baiser tendre et doux des lèvres de ma mie
Met à néant l’effort de ma philosophie !

(A. Rebelle)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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FILLE DE CONNAISSANCE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

Eve_Cranach

FILLE DE CONNAISSANCE

A présent l’espace immense
est tout autour de moi

et toi fleur d’or
tu es en moi
l’art d’Orient dont j’ai fait mon étude
c’est ta chair et tes os
la courbe de ton oeil
ta langue et sa musique

en face
de tes seins nus
la religion perd toute réalité

et la beauté lisse
de ton ventre amoureux
accomplit la philosophie

*

KNOWLEDGE GIRL

Now the great space
is all around me
and you golden flower
within me

the Eastern art I made my study
is your flesh your bones
the curve of your eye
your tongue and its tones

in the presence
of your naked breasts
religion has no reality

and the smooth beauty
of your loving belly
realizes philosophy

(Kenneth White)

Illustration: Lucas Cranach

 

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Et toi fleur d’or (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



A présent l’espace immense
est tout autour de moi
et toi fleur d’or
tu es en moi

l’art d’Orient dont j’ai fait mon étude
c’est ta chair et tes os
la courbe de ton œil
ta langue et sa musique
en face
de tes seins nus
la religion perd toute réalité

et la beauté lisse
de ton ventre amoureux
accomplit la philosophie

(Kenneth White)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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Je n’aurai jamais le temps (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2016



je n’aurai jamais le temps
de lire tous les manuels
de procédure et de philosophie
je n’aurai jamais le temps

ni d’aimer les dames du temps
jadis ni même de ce temps-ci
sous la pluie sempiternelle
des formules de logique formelle

l’amphithéâtre des amours
regorge de cadavres exquis
je ne serai jamais à jour

je traînerai dans le maquis
des institutes coutumières
et je me noirai dans la bière

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration

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