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Les demoiselles du temps jadis (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



Illustration: Jean Gabriel Goulinat
    
Les demoiselles du temps jadis

Gwendoline Mac Dougall Esperanza Griffi
et Jennifer Atkins chantant la nuit venue
oublierai-je vos rires lorsque vous nagiez nues
dans l’eau phosphorescente de la plage à minuit?

Où sont vos rires envolés? Où est Anna
qui de ses longs cheveux me caresse et me mord
promenant lentement sa bouche sur mon corps?
Qu’est devenu le beau plaisir qu’on se donna?

Quelque part très foin loin dans la galaxie
l’écho de l’écho d’un éclat de rire carillonne
Un rayon demi-mort s’éveille un peu frissonne
se souvenant peut-être d’avoir connu ailleurs

Jennifer Gwendoline Anna Esperanza
dont le nom aujourd’hui ne dit rien à personne

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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DEPART (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2016


 

DEPART

La gare du village avait des airs funèbres
Tassant son grand bloc d’ombre au milieu des ténèbres.

La gare du village avait des airs hostiles
Et les rails allongeaient leur froideur de reptiles.

Au moment des adieux pleurait le vent du nord,
Et la gare, on eût dit une maison de mort.

Quelques rouges fanaux trouaient le crépuscule
Et ces fanaux semblaient remplis de sang qui brûle,

Et tout là—bas, parmi les lointains solennels,
Les rails disparaissaient dans l’ombre des tunnels.

Tout le long de la voie aux feux phosphorescents
Les fils du télégraphe où parlent les absents,

Chuchotant à distance un rappel aux mémoires,
Alignaient dans la nuit leurs fils de harpes noires.

Et lorsque le convoi l’eut emportée au loin,
Je suis resté longtemps, inerte, dans un coin,

Dans un coin où le vent attristait sa musique,
A me sentir au coeur un mal presque physique,

Un mal d’écrasement et d’atroce langueur.
Comme si tout le train m’eût passé sur le coeur !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Ryszard Miłek

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