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Poésie

Posts Tagged ‘piano’

Mes Compagnons (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2020



Vous me demandez
quels sont mes Compagnons:
les Collines
et le Couchant _
et un Chien –
ils valent mieux que des Etres –
parce qu’ils savent –
mais sont muets –
et le bruit dans la Mare, à Midi –
surpasse mon Piano.

(Emily Dickinson)

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Ce piano voyage en dedans (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019




    
Ce piano voyage en dedans,
voyage par sauts joyeux.
Ensuite il médite, en repos ferré,
cloué par dix horizons.

Il avance. Il se traîne sous des tunnels,
plus loin, sous des tunnels de douleur,
sous des vertèbres qui fuguent naturellement.

D’autres fois, ses trompes vont,
lents et jaunes désirs de vivre,
vont s’éclipsant
et s’épouillent d’insectiles cauchemars
déjà morts pour le tonnerre, héraut des genèses.

Obscur piano qui guettes-tu
avec ta surdité qui m’entend,
avec ton mutisme qui m’assourdit ?

Oh pouls mystérieux.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Les après-midi d’automne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019



Les après-midi d’automne

Oh! les après-midi solitaires d’automne!
Il neige à tout jamais. On tousse. On n’a personne.
Un piano voisin joue un air monotone;
Et, songeant au passé béni, triste, on tisonne.

Comme la vie est triste! Et triste aussi mon sort.
Seul, sans amour, sans gloire! et la peur de la mort!
Et la peur de la vie, aussi! Suis-je assez fort?
Je voudrais être enfant, avoir ma mère encor.

Oui, celle dont on est le pauvre aimé, l’idole,
Celle qui, toujours prête, ici-bas nous console!…
Maman! Maman! oh! comme à présent, loin de tous,

Je mettrais follement mon front dans ses genoux,
Et je resterais là, sans dire une parole,
À pleurer jusqu’au soir, tant ce serait trop doux.

(Jules Laforgue)


Illustration

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VERBE ET MATIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration
    
VERBE ET MATIÈRE

J’ai je n’ai pas
J’avais eu je n’ai plus
J’aurai toujours

Un béret Un cheval de bois Un
jeu de construction Un père
Une mère Les taches de soleil à
travers les arbres Le chant du
crapaud la nuit Les orages de
septembre.

J’avais je n’ai plus
Je n’aurai plus jamais

Le temps de grandir, de dési-
rer. L’eau glacée tirée du puits
Les fruits du verger Les veufs
frais dans la paille. Le grenier
La poussière Les images de
femmes dans une revue légère
Les gifles à l’heure du piano Le
sein nu de la servante.

Si j’avais eu
j’aurais encore

La fuite nocturne dans les
astres
La bénédiction de l’espace
L’adieu du monde à travers la
clarté La fin de toute crainte
de tout espoir L’aurore démas-
quée Tous les pièges détruits
Le temps d’avant toutes choses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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NÉVROSE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



NÉVROSE

La neige tombe, s’écroule dehors,
Au piano j’écoute ma très chère,
Ét tout le bourg repose, sombre, mort,
Comme s’il neigeait en un cimetière.

L’aimée égrène une marche funèbre…
Surpris, perplexe, je la considère :
Pourquoi jouer une marche funèbre ?…
Et il neige comme en un cimetière.

Sur les touches, tout le visage en pleurs,
Elle gémit comme en une prière…
Sur un faux accord le piano meurt
Et il neige comme en un cimetière.

Et je pleure à mon tour et tout tremblant
J’effleure ses nattes longues, légères…
Dehors le bourg repose, désolant,
Et il neige comme en un cimetière.

(George Bacovia)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

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LA MUSIQUE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Dariusz Branski

LA MUSIQUE

Non, ne la fais pas naître,
car elle a un corps et une âme,
comme une femme ; ne crée pas
la mort en la créant ; laisse
sa nudité dans la sérénité
— sans existence — du piano !

Non, non ; qu’elle ne dresse pas
son beau corps sur le crépuscule,
pour retomber ensuite, sous l’immense
noirceur de sa chevelure libre !

***

LA MÚSICA

¡No la hagas nacer,
que tiene cuerpo y alma,
igual que una mujer; no seas
creador de la muerte con crearla; deja
su desnudez en la serenidad
—no existente— del piano!

¡No, no; que no levante
su cuerpo hermoso en el crepúsculo,
para luego caer, bajo la inmensa
negrura de su abierta callebera!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dariusz Branski

 

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NOCTURNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



NOCTURNE

Je suis là… brume, pluie et boue… un temps de chien…
Oh ! ne plus rien savoir… comme ce serait bien !
Un bec de gaz se meurt – mais est-ce qu’il existe ?
Un ivrogne s’en va par la place si triste.

Toute la ville dort en son linceul humide
Mon aimée en ces murs dort peut-être, candide…
Maisons faites de pierre aux coffres-forts d’acier,
Et aux portes aussi qu’on voit se refermer.

Léger, un piano fredonne à un étage,
Mon ombre dans la boue est un triste bagage.
Les gouttes sautent à terre
La neige sale, ici et là,
Et à une fenêtre, dans un verre,
Une rose jaune regarde en bas.

(George Bacovia)

Illustration: René Magritte

 

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Il paraît que la statue (André Breton)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



Illustration: Salvador Dali
    
Il paraît que la statue près de laquelle le chiendent de mes terminaisons nerveuses
Arrive à destination est accordée chaque nuit
comme un piano

(André Breton)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Déchiffrements d’une harmonie (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    

Déchiffrements d’une harmonie
que tente une main maladroite.

Vague à l’âme. Cacophonie
du sempiternel piano
que j’écoutais, enfant,
en rêvant… de je ne sais quoi,

d’une chose qui ne venait pas,
de tout ce qui déjà s’en est allé.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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