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Poésie

Posts Tagged ‘pièce’

V. HAMMERSHOI (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2022



Illustrations: Vilhelm Hammershøi 

    
V. HAMMERSHOI

Ce sont de longues et larges
pièces vides bleues et grises que
partout ailleurs on nomme
avancées progressives du chagrin

mais

dans la ligne du dos de cette femme
penchée à la fenêtre qu’encadrent des
mousselines blanches

mais

sur la table en bois d’aulne ou de châtaignier le
silence emmaillote la tige d’une orchidée et
foudroie les paroles vaines

mais

ce que vous nommez aisément
— vide impossible à meubler de sa propre présence —
en lui réside le paradis véritable :

vivre dans un tableau de V. Hammershoi
m’apprend à disparaître
sans esclandre.

(Cécile Coulon)

Recueil: Noir Volcan
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LA PLUS BLANCHE DES COLOMBES s’est envolée (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2021




    
LA PLUS BLANCHE DES COLOMBES s’est envolée : j’ai
le droit de t’aimer !
Dans la fenêtre discrète hésite la porte discrète.
L’arbre silencieux est entré dans la pièce silencieuse.
Tu es proche comme si tu ne demeurais ici.

Dans ma main tu prends la grande fleur :
elle n’est pas blanche, pas rouge, pas bleue — pourtant,
tu la prends.
Où jamais elle ne fut, elle restera toujours.
Nous ne fûmes jamais, nous restons donc chez elle.

(Paul Celan)

Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard

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JE NE T’AI JAMAIS OUBLIÉE (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



 

Cayetano De Arquer-Buigas  rl

JE NE T’AI JAMAIS OUBLIÉE

Sans nom maintenant, sans visage,
sans plus rien de tes yeux ni de ta pâleur.

Dénoué de l’assaut de mon désir dans ton égarante image,
dénué par les faux aveux du temps,
par les fausses pièces de l’amour racheté,
par tous ces gains perdu,
libéré de toi maintenant,
libre comme un mort,
vivant de seule vie moite,
enjoué avec les pierres et les feuillages.

Quand je glisse entre les seins des douces mal aimées
je gis encore sur ton absence,
sur la vivante morte que tu fais
par ton pouvoir ordonné à me perdre
jusqu’au bout de mon silence.

(André Frénaud)

Illustration: Cayetano De Arquer-Buigas

 

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Maman ne cesse de rire… (Krishnakânt)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2021




    
Maman ne cesse de rire…

Maman ne connaît pas
Le nom du Premier ministre
Elle n’a jamais entendu parler
Du Gouverneur
Maman ne sait rien non plus
Du Commonwealth, de la 2G
Et des concessions de charbon
Elle ne sait pas lire
Pas même les gros titres des scandales
Imprimés dans les journaux
Il est également difficile de lui faire comprendre
Combien représente en réalité
La somme de plusieurs dizaines de milliards, en pièces de 50 centimes
Maman ne sait que ceci
Si un père maçon reçoit au travail
Un billet à l’effigie de Gandhi
Alors on obtient
250 grammes de gros sel
Deux kilos de pommes de terre
Deux morceaux de mélasse
Deux doses de médicament pour l’asthme
Et du tabac pour une semaine
Là-dessus elle peut encore économiser
Quelques piécettes
Maman sait très bien
Ce que signifie ne plus avoir de grain dans la jarre
Le docteur de la ville prend
Beaucoup, beaucoup de billets à l’effigie de Gandhi
C’est pourquoi elle ne parle jamais
De ses yeux troubles
Et ses poumons malades
Maman s’échine sans relâche avec le bétail
Et ne cesse jamais de rire.

(Krishnakânt)

 

Recueil: Pour une poignée de ciel Poèmes au nom des femmes dalit (Intouchable)
Traduction: Traduit du Hindi par Jiliane Cardey
Editions: Bruno Doucey

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TRISTESSE EN MAI (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021




    
TRISTESSE EN MAI

C’est la douceur fondue du soir
Transparent vers dix-sept heures au mois de Mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
Tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris — qui sait si c’est de haine ? —
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
Corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
Pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,

Pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
Pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
Pas un livre pour accompagner la solitude du soir, Pas même un livre !

(Léopold Sédar Senghor)

Extrait de Poèmes perdus (1984)

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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Le toit au-dessus de la tête (Walter Helmut Fritz)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2021



Illustration 
    

Le toit au-dessus de la tête

Toujours à la recherche
du toit au-dessus de la tête
– une entrée, un escalier,
quelques pièces –
mais existe-t-il ?
Peut-être n’existe-t-il pas,
peut-être n’existe en fait
que le toit de nos rêves.

***

Das Dach überm Kopf
Immer auf der Suche
nach dem Dach überm Kopf
– ein Eingang, eine Treppe,
einige Räume –
aber gibt es das ?
Vielleicht gibt es das nicht,
vielleicht gibt es tatsächlich
nur das Dach unserer Träume.

(Walter Helmut Fritz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Werkzeuge der Freiheit –
Traduction: Traduit de l’allemand par Laurent Margantin
Editions:

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LA LUMIÈRE ÉBLOUIT L’INVISIBLE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
LA LUMIÈRE ÉBLOUIT L’INVISIBLE
(Le Philosophe et le Poète)

Un des états extrêmes qu’atteint l’homme
dans les peintures métaphysiques :
un mannequin d’osier
traversé de songes et d’énigmes.

Le ciel est sans oiseaux et les façades ont des fenêtres aveugles.
Dans la pénombre de la pièce, au premier plan,
deux Figures méditantes, de plâtre et de treillis,
contemplent un tableau posé sur un chevalet

Dehors la lumière éblouit l’invisible.

Sur un fond outremer presque vide,
le tableau dessine le trajet d’astres capricieux
ou bien la chute des Esprits élémentaires de la matière.
On peut y voir, si l’on préfère,
les théorèmes de la Nuit.

Dehors la lumière éblouit l’invisible.

Que se disent les deux Figures ?
—jusqu’où s’étend le bleu du doute ?
demande le Philosophe.
—jusqu’au parloir de l’orage,
répond le Poète.

Dehors la lumière éblouit l’invisible.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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Les morts minuscules (Monika Herceg)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    
les morts minuscules

nous respirons bruyamment de chaleur suffocante
dormant dans la même pièce
l’angoisse plus lourde que l’air
remplit l’espace comme le dioxyde de carbone
et nous étouffons dans le cauchemar

dans le rêve de mon père le vide prolifère
comme les doryphores sur les pommes de terre
jusqu’à la destruction complète des plantations
souvent il tousse
comme un chat qui rejette
une boule de poils
mon frère grince des dents
ma mère est immobile
les lèvres serrées
à l’image de la madone qu’elle prie
quelquefois je me penche sur son visage
pour vérifier si elle respire

j’écoute aussi
nos pieds dépasser les chaussures devenues étroites
nos cheveux s’assombrir
nos cartilages s’user à courir
dehors l’atmosphère se consume

et en nous brûlent nos corps d’enfants
comme les bougies d’anniversaire
suffisamment vite pour que le matin on
ne s’en souvienne plus

(Monika Herceg)

Traduit du croate par Martina Kramer

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LES DERNIÈRES PIÈCES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020



Illustration: Erich Heckel
    
LES DERNIÈRES PIÈCES
à Jacques

Comme ceux qui crurent un jour dépasser l’horizon
et qui, le geste las, ne parlent plus qu’avec leur chien

tu répètes que le bonheur est plein de vide
et qu’on a beau crier contre les murs sournois,

l’herbe demeure le chemin le plus tendre
vers l’abattoir — et le boucher peut encore

caresser sa femme avec des mains de soie.
Et tu cries, oui tu cries, mais de plus en plus bas :

bonheur, bonheur, comme on jette,
couché sur la margelle du ciel,

ses dernières pièces dans le bleu qui bouge :
ces yeux que rien ne comble plus

sinon dans la nuit des amants outragés
la sourde et lente montée des larmes.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il est une pièce minuscule (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2020



    

Il est une pièce minuscule, cachée
dans la source de l’espérance
Il est un matin le rouge du soleil
la dernière couleur que j’oublierai
Il est dans le trèfle précoce ce que je
trouve très tôt sans chercher
Il est une fissure dans la terre de l’hiver
printemps obstiné, bouche d’eau

(Inger Christensen)

 

Recueil: Il pleut des étoiles dans notre lit : Cinq poètes du Grand Nord
Traduction:
Editions: Gallimard

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