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Posts Tagged ‘piétiner’

DIALOGUE DU MORT ET DU VIF (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019




    
DIALOGUE DU MORT ET DU VIF

Viendrez-vous ? — Je vous connaissais :
je ne vous reconnais plus.
Viendrez-vous ? — Eh, qui donc parle ?
Je ne sais qui vous êtes.

Viendrez-vous de notre côté ?
— Vous êtes un faux visage
qui fait semblant de vivre,
je n’ai rien à vous dire.

Vous viendrez, je le sais
vous rejoindrez nos rangs
qui croissent tous les jours
et piétinent dans l’ombre.

— Alors je franchirai
le seuil infranchissable
nous sommes l’un à l’autre
fermés impénétrables
je parle déjà seul
il faudra bien me taire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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On ne sait comment avancer (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




    
On ne sait comment
avancer puisque rien
n’a jamais commencé,

nous piétinons dans
les coulisses d’un
opéra où les récitatifs
dessèchent nos paroles,

où les airs, da capo
ou pas, nous signifient
que la fête est finie,

mais puisque rien n’a
commencé, cette fin
ne nous remplira ni

de colère, ni de chagrin,
ni même de regrets — nous
irons nous cacher au fond
d’une forêt heureuse.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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La danseuse espagnole (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
La danseuse espagnole

Ainsi qu’une allumette qui avant de flamber
darde autour d’elle des langues blanches de lumière;
ainsi commence, — enserrée dans le cercle
des spectateurs , — nerveuse et ronde, brûlante et claire
à s’étendre saccadée sa danse.

Et tout à coup elle est flamme tout à fait.

D’un regard elle allume ses cheveux
et d’un geste révélant un art téméraire
elle lance sa robe toute dans l’incendie
d’où les bras tels des serpents effrayés
s’élancent vifs et claquants.

Puis, comme si le feu lui semblait trop étroit,
elle le ramasse tout entier et le jette,
fière, avec des gestes hautains
et regarde : il est là furieux par terre,
flambant toujours et ne se rendant point.

Cependant victorieuse et sûre d’elle-même
elle lève son visage, d’un doux sourire saluant
et le piétine de ses petits pieds fermes.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Il n’y a pas d’excuses (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



 

longue robe  l

Deux marches, ce sera la distance
pour que mes pieds ne piétinent pas
ta robe et alors deux marches
plus tard j’arriverai
avec un peu de retard
à consommer l’espace
qui reste – ah, pour les mains
il n’y a pas d’excuses –
à les transformer en caresses
les maladresses.

(Patrizia Cavalli)

Illustration

 

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Funérailles (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



 

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Funérailles

«Ne poussez pas ! ne poussez pas !
«Tas de salauds!
«Espèce de vache avec vos mamelles pendantes avez-vous fini de pousser !
«Du calme, il y en a pour tout le monde.
«Regardez-moi cette putain avec ses airs de marquise!
«Tu pues ! tu pues !
«C’est criminel d’emmener des enfants dans cette foule !
«Si on les emmène c’est qu’on peut pas faire autrement.
«Ça va durer encore longtemps?
«Madame vous perdez votre culotte.
«Qu’est-ce que ça peut vous faire?
«Et puis d’abord je vous emmerde

— C’est un enterrement, un bel enterrement.
Tout le monde veut en être.
On se piétine pour entrer au cimetière,
Mais il y aura de la place pour tout le monde.

(Robert Desnos)

 

 

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Je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
Je t’écris parce que tu ne sais pas lire
que tu récites sans te tromper l’alphabet de la peur
que tu reconnais au toucher l’herbe nourricière
au flair la source en amont du filet d’eau

je t’écris pour te dire mon manque de ta main sur le ventre blanc du bouleau
et de ton désarroi quand pâlissait le maïs

je t’écris sans écrire
les passants piétinent ce que j’écris
mes consonnes ont la peau rêche
mes voyelles sont nues
je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils touchent ton nom.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Gens de l’eau
Traduction:
Editions: Mercure de France

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LA PAYSANNE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
LA PAYSANNE

Paysans dont la simple histoire
Chante en nos cœurs et nos cerveaux
L’exquise douceur de la Loire
Et la bonté -des vins nouveaux, (bis)
Allons-nous, esclaves placides,
Dans un sillon où le sang luit
Rester à piétiner au bruit
Des Marseillaises fratricides ?…

Refrain
En route! Allons les gâs ! Jetons nos vieux sabots
Marchons,
Marchons,
En des sillons plus larges et plus beaux !

A la clarté des soirs sans voiles,
Regardons en face les cieux ;
Cimetière fleuri d’étoiles
Où nous enterrerons les dieux. (bis)
Car il faudra qu’on les enterre
Ces dieux féroces et maudits
Qui, sous espoir de Paradis,
Firent de l’enfer sur la « Terre » !…

Ne déversons plus l’anathème
En gestes grotesques et fous.
Sur tous ceux qui disent : « Je t’aime »
Dans un autre patois que nous ; (bis)
Et méprisons la gloire immonde
Des héros couverts de lauriers :
Ces assassins, ces flibustiers
Qui terrorisèrent le monde !

Plus -de morales hypocrites
Dont les barrières, chaque jour,
Dans le sentier des marguerites,
Arrêtent les pas de l’amour !… (bis)
Et que la fille-mère quitte
Ce maintien de honte et de deuil
Pour étaler avec orgueil
Son ventre où l’avenir palpite !…

Semons nos blés, soignons nos souches !
Que l’or nourricier du soleil
Emplisse pour toutes nos bouches
L’épi blond, le raisin vermeil !… (bis)
Et, seule guerre nécessaire
Faisons la guerre au Capital,
Puisque son Or : soleil du mal,
Ne fait germer que la misère.

(Gaston Couté)

 

 

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Un jour (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018




    
Un jour
Nous vous retrouverons
Sur nos chemins

Pierres

Ignorées
Piétinées
Détentrices pourtant
De la source
De la flamme
Du souffle initial

Promesse

Vous retrouvant
Nous nous retrouverons.

(François Cheng)

 

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Chanson pour le jardin d’une nonne (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Combien de rires, dites, combien de roses
dans le corsage d’une nonne.
Combien de roses fanées,
combien de rires rongés,
combien de corps piétines
pour un seul qui n’existe pas.

Combien de rêves, dites, combien de fièvres
dans le corsage d’une nonne.
Combien de rêves chassés,
combien de fièvres brûlées,
combien de cœurs dépecés
pour un seul qui n’existe pas.

Mais, sur sa monture luisante,
voici le sauveur.
La nonne, à genoux, l’accueille,
tremblante comme une feuille
et blanche comme la douleur.

Combien d’eau dites, combien d’étoiles
dans le corsage d’une fiancée.
Combien de fleuves retrouvés,
combien de bateaux pavoisés,
combien de rives enchantées
pour un jour qui va naître.

Le cavalier d’amour l’emporte
quand, du couvent, la lourde porte
se referme sur les années;

sur les nonnes en prière
qui ne seront plus de pierre.

(Edmond Jabès)

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APRÈS-MIDI (Harushige Dobashi)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



chevres

 

APRÈS-MIDI
GOGO NI

Piétinant la terre avec un rythme triste
Les chèvres doucement mangent l’herbe
Cette nourriture verte comparée à la nôtre
Comme elle est belle!

Jamais pourtant ma faim
N’arrivera jusqu’à elle
Mon coeur est plus triste et il tremble
Pour mes fautes et pour tous ses mensonges

Dans la prunelle tranquille des animaux se reflète
La couleur d’un ciel qu’il faudrait regarder!
Mais moi qu’ai-je donc?
Mais moi qu’ai-je donc?

Ah, ah! Piétinant la terre avec un rythme triste
Les chèvres doucement mangent l’herbe

(Harushige Dobashi)

Illustration

 

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