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Au fils du nomade (Hawad)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2020



    

Au fils du nomade

Chausse tes sandales
et foule le sable
qu’aucun esclave n’a piétiné

Éveille ton âme
et goûte les sources
qu’aucun papillon n’a frôlées

Déploie tes pensées
vers les voies lactées
dont aucun fou n’a osé rêver

Respire le parfum des fleurs
qu’aucune abeille n’a courtisées

Écarte-toi des écoles et des dogmes
Les mystères du silence
que le vent démêle dans tes oreilles
te suffisent

Éloigne-toi des marchés et des hommes
et imagine la foire des étoiles
où Orion tend son épée
où sourient les Pléiades
autour des flammes de la Lune
où pas un Phénicien n’a laissé ses traces

Plante ta tente dans les horizons
où aucune autruche n’a songé à cacher ses oeufs

Si tu veux te retrouver libre
comme un faucon qui plane dans les cieux
l’existence et le néant suspendus
à ses ailes
la vie la mort

(Hawad)

Caravane de la soif, traduit de la tamajadht des Touaregs par l’auteur et Hélène Claudot-Hawad, Édisud, 1985.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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RYTHMES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2020




    
RYTHMES

Tout débuta
Dans l’arythmie
Le chaos

Des vents erratiques
S’emparaient de l’univers
L’intempérie régna

L’indéchiffrable détonation
Fut notre prologue

Tout fut
Débâcle et dispersion
Turbulences et gaspillage
Avant que le rythme
Ne prenne possession
De l’espace

Suivirent de vastes accords
D’indéfectibles liaisons
Des notes s’arrimèrent
Au tissu du rien
Des courroies invisibles
Liaient astres et planètes

Du fond des eaux
Surgissaient
Les remous de la vie

Dans la pavane
Des univers
Se prenant pour le noyau
La Vie
Se rythma
Se nuança

De leitmotiv
En parade
De reprise
En plain-chant

La Vie devint ritournelle
Fugue Impromptu
Refrain
Se fit dissonance
Mélodie Brisure
Se fit battement
Cadence Mesure

Et se mira
Dans le destin

Impie et sacrilège
L’oiseau s’affranchissait
Des liens de la terre

Libre d’allégeance
Il s’éleva
Au-dessus des créatures
Assujetties aux sols
Et à leurs tyrannies

S’unissant
Aux jeux fondateurs
Des nuages et du vent
L’oiseau s’allia à l’espace
S’accoupla à l’étendue
S’emboîta dans la distance
Se relia à l’immensité
Se noua à l’infini

Tandis que lié au temps
Et aux choses
Enfanté sur un sol
Aux racines multiples
L’homme naquit tributaire
D’un passé indélébile

Le lieu prit possession
De sa chair
De son souffle
Les stigmates de l’histoire
Tatouèrent sa mémoire
Et sa peau

Venu on ne sait d’où
Traversant les millénaires
L’homme se trouva captif
Des vestiges d’un monde
Aux masques étranges
Et menaçants

Il s’en arrachait parfois
Grâce aux sons et aux mots
Aux gestes et à l’image
À leurs pistes éloquentes
À leur sens continu

Pour mieux tenir debout
L’homme inventa la fable
Se vêtit de légendes
Peupla le ciel d’idoles
Multiplia ses panthéons
Cumula ses utopies

Se voulant éternel
Il fixa son oreille
Sur la coquille du monde
À l’écoute
D’une voix souterraine
Qui l’escorte le guide
Et l’agrandit

Alors
De nuits en nuits
Et d’aubes en aubes
Tantôt le jour s’éclaire
Tantôt le jour moisit

Faiseur d’images
Le souffle veille

De pesanteur
Le corps fléchit

Toute vie
Amorça
Le mystère
Tout mystère
Se voila
De ténèbres
Toute ténèbre
Se chargea
D’espérance
Toute espérance
Fut soumise
À la Vie

L’esprit cheminait
Sans se tarir
Le corps s’incarnait
Pour mûrir
L’esprit se libérait
Sans périr
Le corps se décharnait
Pour mourir

Parfois l’existence ravivait
L’aiguillon du désir
Ou bien l’enfouissait
Au creux des eaux stagnantes

Parfois elle rameutait
L’essor
D’autres fois elle piétinait
L’élan

Souvent l’existence patrouillait
Sur les chemins du vide
Ou bien se rachetait
Par l’embrasement du coeur

Face au rude
Mais salutaire
Affrontement
De la mort unanime
L’homme sacra
Son séjour éphémère
Pour y planter
Le blé d’avenir.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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PORTEURS DE CICATRICES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2020



Illustration: Akbar Behkalam
    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil
Poem of the Week Ithaca 639
by Andrée Chedid, Egypte-France (1920-2011)

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –
PORTEURS DE CICATRICES

Les morts aux visages rompus se redressent
La langue des humiliés se gonfle
Orageuse se lève la marée des victimes

Mais prenez garde porteurs de cicatrices!

Éteignez dans vos chairs les volcans de la haine

Piétinez l’aiguillon et crachez le venin
qui vous apparenteraient un jour aux bourreaux

Étouffez ces clairons ces sonneries qui forcent la ressemblance qui commandent le talion

Questionnez vos viscères
Percez vos propres masques

Soyez autres!

***

DRAGERS VAN LITTEKENS

De doden met stukgeslagen gezichten staan weer op
De tong van de vernederden zwelt op
Stormachtig stijgt het getij van de slachtoffers

Maar wees op jullie hoede, dragers van littekens!

Doof in jullie vlees de vulkanen van de haat

Vertrap de angel, spuw het gif uit
dat jullie ooit op de beulen zou doen lijken

Demp het klaroengeschal dat tot gelijkenis dwingt, tot weerwraak leidt

Bevraag jullie ingewanden
Doorprik jullie eigen maskers

Wees anders!

Dutch translation Germain Droogenbroodt

***
LOS PORTADORES DE CICATRICES

Los muertos con rostros destrozados se levantan
La lengua de los humillados se inflama
Tormentosa se alza la marea de las víctimas

¡Pero cuidado con los portadores de cicatrices!

Apaguen en su carne los volcanes del odio

Pisoteen el aguijón y escupan el veneno
que un día les hiciera parecer verdugos

Sofoquen esos clarines, esos toques de llamada,
que con fuerza remiten a la orden de represalia

Cuestionen sus entrañas
Perforen sus propias máscaras

¡Sean otros!

Traducción Rafael Carcelén

***

BEARERS OF SCARS

The dead with broken faces rise up
The tongue of the humiliated swells
The stormy tide of victims rises

But beware bearers of scars

Extinguish in your flesh the volcanoes of hate

Stomp the sting and spit out the venom
that would one day make you look like the executioners

Silence those bugles, those bells forcing sameness commanding vengeance

Question your guts
Rip off your masks

Be different.
English translation Stanley Barkan

***

***

LATORI DI CICATRICI

I morti con i volti rotti si risollevano
la lingua degli umiliati si gonfia
Cresce la marea tempestosa delle vittime

Prestate attenzioneai latori di cicatrici

Nella tua carne spegni i vulcani dell’odio

Calpesta il pungiglionee sputa il veleno
che un giorno potrà farti apparire come uno dei boia

Silenzia le trombe,quelle campaneche impongono somiglianza
costringono alla vendetta

Interroga le tue viscere
esci fuori dalle tue stesse maschere

Sii diverso.

Traduzione di Luca Benassi

***

DIE NARBENTRÄGER

Die Toten mit gebrochenen Gesichtern erheben sich
Die Zunge der Erniedrigten schwillt
Stürmisch steigt die Flut der Opfer

Aber gebt acht, Träger der Narben!

Löscht in eurem Fleisch die Vulkane des Hasses

Zertretet den Stachel und spuckt aus das Gift
das euch eines Tages dem Henker gleich machen würde

Dämpft die Schalmeien, dieses Tönen,
das zur Ähnlichkeit zwingt, zur Vergeltung befiehlt

Befragt eure Eingeweide
zerreißt eure Masken

Seid anders!

Übersetzung Wolfgang Klink

***

OS PORTADORES DE CICATRIZES

Os mortos com rostos destroçados se levantam
A língua dos humilhados se inflama
Tormentosa se levanta a maré das vítimas

Mas cuidado com os portadores de cicatrizes!

Apaguem nas suas carnes os vulcões do ódio

Pisoteiem o aguilhão e cuspam o veneno
que um dia vos fez parecer verdugos

Sufoquem esses clarins, esses toques de chamada,
que com força remetem à ordem de represália

Questionem as suas entranhas
Perfurem suas próprias máscaras

Sejam outros!

Tradução ao Português: José Eduardo Degrazia

***

PUTTATURI DI CICATRICI

Li morti cu li facci rutti si iazzanu
Li lingui di li umiliati unchianu
La marea timpistusa nchiana

Ma stati attenti a chiddi chi hannu cicatrici

Astutati li vulcani di l’odiu supra la vostra peddi

Scalpisati lu bruciuri e sputati lu vilenu
Ca un jornu vi putissi mparintari cu li carnefici

Faciti zzittiri li trummi chi forzanu la summigghianza ca dumanna lu tagghiuni

Dumannati a li vostri visciri,
spunnati li maschiri

Canciativi in autri.

Traduzion i di Gaetano Cipolla

***

PURTĂTORI DE CICATRICI

Cu fețe strâmbemorții se ridică,
Se umflă limba umiliților,
Vijelios se înalță valul înfrânților.

Luați seama,purtători de cicatrici!

Stingeți în propria carnevulcanii vrăjmășiei,

Striviți sub talpă acul și apoi scuipați veninul
Care, într-o bună zi, vă va schimba-ncălăi.

Înăbușiți sunetul goarnelor, acel semnalde răzbunareîncolonată,

Lăsați-vă purtați de vocea interioară
Și, rupându-vă masca,

Fiți diferiți!

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

NOSICIELE BLIZN

Martwipowstają z rozdartymi twarzami
Język upokorzonych nabrzmiewa

Burza wzbierafalą ofiar
Lecz strzeżcie się nosicieli blizn!

Zgaście w swych ciałach wulkany nienawiści

Zdepczcie żądło i wyplujcie jad
który pewnego dnia upodobniłby was do katów

Stłumcie trąbki,dzwonyodbierające wam siebie pchające do odwetu

Wsłuchajcie się w swoje wnętrza
Rozkujcie własne maski

Bądźcie inni!

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΣΗΜΑΔΕΜΕΝΟΙ

Σπασμένα πρόσωπα, οι νεκροί, σηκώνονται
γλώσσα ταπεινωμένων εξογκωμένη
φουσκώνει η παλλίρρια θυμάτων
προσοχή μόνο στους σημαδεμένους
το ηφαίστειο του μίσους
απέρριψε από μέσα σου
ποδοπάτησε το κεντρί και φτύσε το φαρμάκι
που μια μέρα σε κάνει ίδιο με τους εκτελεστές
αποσιώπησε τις ηχηρές καμπάνες
που την εκδίκηση αποζητούν

αναρωτήσου
απόρριψε τη μάσκα σου
γίνε ο άλλος

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη//translated by Manolis Aligizakis

***

伤痕累累的人

破脸的死人站了起来
受辱的舌头鼓了出来

受害者的风潮汹涌而起
但要当心伤痕累累的人
在你的肉体中熄灭仇恨的火山
踩毁毒刺而吐出毒液
总有一天毒液会使你变得像刽子手一样
让那些号角、那些强迫雷同号令复仇的钟声沉静下来
追问你的本心
撕开你自己的面具
独立群外。

Chinese translation William Zhou

***

الموتى ذوو الوجوه المشوهة ينهضون،
ألسنة المهانين تنتفض
عاصفا، يعلو مدُّ الضحايا.
لكن حذار يا أصحاب الجراح القديمة
أخمدوا في دواخلكم براكين الكراهية
اسحقوا العقرب
وابصقوا السم الذي قد يؤاخيكم بالجلادين.
اخرسوا هذه الأبواق
وهذه الأجراس التي تحيي هوس الثأر
سائلوا أحشاءكم
اثقبوا أقنعتكم
كونوا آخرين!
Arabic translation Amal Bouchareb

***

दाग़ के वाहक

टूटे हुए चेहरों वाले मुर्दे उठ जाते हैं
अपमानित की जीभ सूज जाती है l

पीड़ितों की तूफानी लहर उठती है
लेकिन दागों से सावधान रहें
अपने मांस में घृणा के ज्वालामुखी बुझाओ
डंक मारना और जहर बाहर थूकना
एक दिन तुम जल्लादों की तरह दिखते हो

उन बगलों को मौन कर दें, जो लोग सामर्थ्य को प्रतिशोध के लिए मजबूर करते हैं

अपनी हिम्मत पर सवाल उठाएं
अपने खुद के मुखौटे चीर
अलग बनो।

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur

***

傷を持つ者

つぶれた顔の死体が浮かび上がる
屈辱を受けた者の舌は腫れ上がっている

嵐のような犠牲者の潮は満ちる
しかし傷を持った人のことに気づきなさい

あなたの身体の中の憎しみの火山を消すのだ
棘を踏みつけ毒を吐きだせ

その毒はいつかあなたを死刑執行人のような顔にするだろうから
自由を奪い、復讐を命じるそのラッパと鐘を止めるのだ

自らの腹に聞いてみるがいい
その仮面を脱ぎ捨て目を見開くのだ

自分自身であれ

Japanese translation Manabu Kitawaki

***

حاملین زخم ها
مردگان با صورتهای شکسته بپا می خیزند
زبان تحقیرشدگان متورم میشود
موج طوفان قربانیان برمیخیزد
اما مراقب باشید ای حاملین زخمها
آتشفشانهای نفرت را در خود خاموش کنید
نیش را بزنید و زهر را بیرون بکشید
که یک روز شما را شبیه اعدام کنندگان می کند

آن شیپورها را خاموش کنید، آن زنگ هایی که یکنواختی را تحمیل می کنند

فرمان انتقام بکشند ،
احساسات درونی خود را زیر سوال ببرید

نقابتان را بردارید
متفاوت باشید.

Farsi translation by Sepideh Zamani

***

НОСИТЕЛИ НА БЕЛЕЗИ

Мъртвите със счупени лица се надигат
Езикът на унизените се подува
Бурният прилив на жертвите расте
Но пазете се носители на белези

Загасете в своята плът вулканите на омразата
Стъпете върху жилото и изкарайте отровата
не правете така, че да изглеждате като палачи

Заглушете тези тръби, тези камбани на еднаквостта и отмъщението

Попитайте същността си
Разкъсайте маските си

Бъдете различни.

превод от английски: Иван Христов
Bulgarian translation Ivan Hristov

***

ÞIÐ SEM BEREIÐ ÖRIN

Lík með sundurtætt andlit rísa upp
Tunga undirokaðra þrútnar
Ofsafengin flóðbylgja fórnarlamba rís

En gætið ykkar þið sem berið örin!
Slökkvið hatursgígana í holdinu

Fótumtroðið broddinn og skyrpið eitrinu
sem einn daginn mundu gera ykkur að böðlum

Kæfið herlúðrana bjöllurnar
sem troða öllum í sama mót
og krefjast svara í sömu mynt

Leitið inn á við
Flettið sjálfa ykkur grímunum

Breytið ykkur!

Islandic translation Þór Stefánsson

***
ЛЮДИ СО ШРАМАМИ

Снова поднимутся мертвые с битыми лицами.

Западут языки у поверженных.

Поднимется бурно волна пострадавших людей.
Берегитесь, однако, вы, люди со шрамами!
Затушите вулканную ненависть в плоти.
Вырвите жало и выплюньте из себя яд,
или когда-нибудь сделает это из вас палачей.

Глушите звук колокола, что зовет к одинаковости и ведет к возмездию.

Загляните внутрь себя с вопросом.

Порвите маски.

Станьте другими!

Russian translation by Daria Mishueva

***

malayan

***

Tagadala ng mga pilat

Ang mga patay na durog ang mukha ay nagsibangon
Ang dila ng mga ipinahiya gustong sumigaw

Naghuhumulagpos ang galit sa mga biktima
Subalit mag-ingat sa mga tagapagdala ng pilat

Patayin mo sa iyong laman ang bulkan ng pagkamuhi

Yurakan ang mga nangangagat at ilura ang mga lason
Na isang araw magmukha ka ring kagaya ng mga taga-usig
Patahimikin ang mga nag-iingay, yaong mga kampanang nag-uudyok ng paghihiganti

Saan nanggagaling ang lakas ng iyong loob
Wasakin mo ang sarili mong maskara

Huwag mong tularan ang iba.

Filipino translation Eden Soriano Trinidad

***

נושאי הצלקות

הַמֵּתִים, בְּפָנִים שְׁבוּרוֹת, מִתְקוֹמְמִים
לְשׁוֹן הַמֻּשְׁפָּלִים מִתְנַפַּחַת

עוֹלָה הַגֵּאוֹת הַסּוֹעֶרֶת שֶׁל קָרְבָּנוֹת
אַךְ הִזָּהֲרוּ נוֹשְׂאֵי הַצַּלָּקוֹת
כַּבּוּ בִּבְשַׂרְכֶם אֶת הָרֵי הַגַּעַשׁ שֶׁל הַשִּׂנְאָה
רִמְסוּ בְּרַגְלֵיכֶם אֶת הָעֹקֶץ וְרִקְקוּ אֶת הָאֶרֶס
שֶׁיּוֹם אֶחָד יִגְרְמוּ לָכֶם לְהֵרָאוֹת כְּמוֹ הַתַּלְיָנִים

הַשְׁתִּיקוּ אֶת הַחֲצוֹצְרוֹת הָהֵן, אוֹתָם פַּעֲמוֹנִים שֶׁכּוֹפִים זֶהוּת מְצַוִּים

נְקָמָה
פַּקְפְּקוּ בִּתְחוּשׁוֹתֵיכֶם
פִּקְּחוּ עֵינֵיכֶם
הֱיוּ שׁוֹנִים.

Hebrew translation Dorit Weisman

***

தழும்புகளைச் சுமப்பவர்கள்!

உடைந்த முகங்களுடன் இறந்தவர்கள் எழுகின்றனர்
இழிவுபடுத்தப்பட்டவர்களின் நாக்குகள் பொங்கி எழுகின்றன
பாதிக்கப்பட்டவர்களின் புயல் அலைகள் எழுகின்றன
தழும்புகளைச் சுமப்பவர்களே எச்சரிக்கையாக இருங்கள்!
வெறுப்பு என்ற எரிமலைதனை உங்கள் தசைகளில் அணைத்துவிடுங்கள்

வன்மத்தை காலடியில் மிதித்துத், துப்பி விடுங்கள்!
ஒருநாள் உங்களைத் தூக்கிலிடுபவர்களெனக் காட்டும்!
அந்த காற்று இசைக்கருவியை மூடி வையுங்கள்
பழிதீர்ப்பதற்கு உதவும் மணிகளை முடக்கி வையுங்கள்
உங்களது தைரியத்தைச் சோதித்துப் பாருங்கள்!
உங்கள் முகத்திரையை மாற்றுங்கள்
மாறுபட்டவராக இருந்து பழகுங்கள்!

Tamil translation Subbaraman NV

(Andrée Chedid)

 

Recueil: ITHACA 639
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Si tu hésites entre deux chemins (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



 

Jeanie Tomanek paths [1280x768]

Si tu hésites entre deux chemins
choisis
celui où tu piétinera
ton miroir

Si tu hésites entre deux miroirs
choisis
celui où tu piétineras
ton chemin

De même la porte
ou la maison
De même pour tes mains
De même pour tes yeux

Continue ce poème
en sachant
comment tu les piétineras

(Serge Pey)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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LE TEMPS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE TEMPS

Bête comme un moteur, bête comme un alexandrin,
le temps piétine et bouge et marche tout le temps.
Il ne peut pas rester en place, et son chemin
déroule son tricot de vers à soie bavant.

Le temps n’a pas le temps de perdre ses minutes,
ni de trouver jolies les choses ni les gens.
Il a toujours à faire, et s’il trébuche et bute
il repart tout de suite et rattrape le temps.

Mon échelle à monter aux grand’places d’aurore,
ma douce, ma songeuse, et mon seul passe-temps,
dans le chaud mélangé de notre double corps
nous n’entendons plus les gros sabots du temps.

Il n’est pourtant pas loin, bête comme un ruisseau,
il fait bouger le sang et le tic-tac du coeur,
les onze ou douze pieds de mes vers pas très beaux,
bête comme une rime qu’on saurait par coeur.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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UN PEU DE LOGIQUE IDIOTE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2020




    
(Recueil Pages d’écriture)
UN PEU DE LOGIQUE IDIOTE

Avez-vous regardé, à l’horizon, les arbres qui garnissent,
avec une impeccable régularité, le bord d’une route et se
détachent sur le ciel ?
La distance les fait paraître petits, pas plus grands que
la taille humaine, et comme ils sont plantés à intervalles
égaux, ils font penser à une file de soldats en marche.
Droits et nets au long des grands labours, ils sont debout pour
« se faire voir », car enfin, s’ils étaient absents, on ne pourrait
les regarder et, s’ils sont là, c’est pour être à la place
de quelque chose d’absent.

Cette logique rigoureuse donne le coup de poing de la vérité.
Une file d’arbres à l’horizon, c’est une file d’êtres venus là pour
« témoigner » par leur présence, donc pour figurer quelque chose
qui se cache derrière eux ce sont des figurants — d’immobiles
figurants qui défilent dans un douloureux silence.

Or, de cet horizon qui les déguise en soldats, je reviens
vers moi-même et mon regard rencontre en chemin mille petits
obstacles qui sont tous là, eux aussi, pour masquer la nudité
de l’étendue, pour habiter le néant. Tous viennent également
« figurer », comblant leur présence, remplaçant leur absence.
L’un figure un ruisseau, l’autre un oiseau, l’autre une charrue,
un mur, un toit, un chou, une boîte de conserve abandonnée…

Et moi-même, je vous le demande, que suis-je ?
Que suis-je, bon sang ? Que suis-je ? Que sommes-nous ?
De quelle armée en marche sommes-nous les avant-postes ?
De quel gouvernement sommes-nous les délégués ? De quel
opéra sommes-nous les figurants ? Permettez : j’interroge,
rien de plus. Je ne suis d’ailleurs pas le premier.

Adieu, arbres de l’horizon. Piétinez le sol en cadence et
chantez sans bouger : « Partons ! Partons ! Partons ! » La question
reste et vous ne m’avez pas répondu.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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POURQUOI? (Zisho Weinper)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Guy Swyngedau
    
POURQUOI?

Chacun de nous parfois est une branche
Que le vent fait frémir,
Parfois on est un peu d’écume
Qui passe aveuglément
Sur l’abîme des mers,

Mais dans son rêve
Chacun de nous est un navire
Qui avance et se bat
Furieux, aveugle, avec le vent.

En duel le jour et la nuit
Ici nous coupons une corde,
Là nous rejetons un regard
Et très souvent nous arrachons
Dans notre jardin une rose
Que nous-mêmes nous piétinons.

Tel est l’ordre
Maintenant des jours et des nuits
On vous crie: c’est permis,
Il doit en être ainsi
Mais bien souvent nous pleurons de douleur
Pourquoi doit-il en être ainsi ?

(Zisho Weinper)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’éléphant (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019




    
L’éléphant

Tu es
l’éléphant ivre
qui mange des fleurs
à l’intérieur de mon coeur

j’ai la solidité
des parfums de pivoine
lorsque tu me piétines

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Sur le banc devant la maison (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
Sur le banc devant la maison

Viens t’asseoir à côté de moi sur le banc devant la maison,
femme, tu en as bien le droit,
voici quarante ans que nous sommes ensemble.

Cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
c’est aussi le soir de notre vie.
Tu as bien mérité, vois-tu, un peu de repos.

Maintenant, les enfants sont placés.
Ils sont allés chacun de son côté et nous sommes de nouveau rien que les deux,
comme quand nous avons commencé.

Femme, te souviens-tu?
Nous n’avions rien pour commencer, tout était à faire.
Et nous nous sommes mis à l’ouvrage.

Ça n’allait pas tout seul, il nous en a fallu du courage !
Il nous en a fallu de l’amour,
et l’amour n’est pas ce qu’on croit au commencement.

Se serrer l’un contre l’autre, s’embrasser, se parler tout doux à l’oreille.
Ça, c’est bon pour le jour de la noce !
Le temps de la vie est grand, mais le jour de la noce ne dure qu’un jour.

C’est seulement après, qu’a commencé la vie.
Les enfants viennent; il leur faut quelque chose à manger,
des vêtements et des souliers, ça n’a pas de fin.

Il est aussi arrivé qu’ils étaient malades, alors tu devais passer toute la nuit à veiller
et moi, j’étais à l’ouvrage d’avant le jour jusqu’à la nuit tombée.
Nous croyions être arrivés à quelque chose, puis après, tout était en bas et à recommencer.

Des fois, nous étions tout dépités de voir que nous avions beau faire,
nous piétinions sur place et même, nous repartions en arrière.
Te souviens-tu, femme, de tous ces soucis ?

Mais nous sommes restés fidèles l’un à l’autre,
et ainsi, j’ai pu m’appuyer sur toi, et toi la même chose sur moi.
Nous avons eu de la chance d’être ensemble, les deux.

On s’est mis à l’ouvrage, nous avons duré et tenu le coup.
Le véritable amour n’est pas pour un jour.
C’est toute la vie que nous devons nous aimer, s’aider et se comprendre.

Puis, les affaires sont allées du bon côté, les enfants ont tous bien tourné.
Mais aussi, on leur avait appris à partir sur le bon chemin.
Nous avons un petit quelque chose au soleil et dans le bas de laine.

C’est pourquoi, cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
assieds-toi à côté de moi.
On veut pas parler, nous n’avons plus rien à nous dire.

Nous n’avons besoin que d’être les deux
et laisser venir la nuit,
bienheureux d’avoir bien rempli notre vie.

(Traduction du texte patois)

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

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DIALOGUE DU MORT ET DU VIF (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019




    
DIALOGUE DU MORT ET DU VIF

Viendrez-vous ? — Je vous connaissais :
je ne vous reconnais plus.
Viendrez-vous ? — Eh, qui donc parle ?
Je ne sais qui vous êtes.

Viendrez-vous de notre côté ?
— Vous êtes un faux visage
qui fait semblant de vivre,
je n’ai rien à vous dire.

Vous viendrez, je le sais
vous rejoindrez nos rangs
qui croissent tous les jours
et piétinent dans l’ombre.

— Alors je franchirai
le seuil infranchissable
nous sommes l’un à l’autre
fermés impénétrables
je parle déjà seul
il faudra bien me taire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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