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LE PRESTIDIGITATEUR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LE PRESTIDIGITATEUR

Je ne crois à rien à personne
sinon au petit magicien des bals d’enfants d’autrefois
le prestidigitateur miteux et blême
au visage ridé sous le fard.
Son haut-de-forme posé à l’envers sur un guéridon
il le recouvre d’un foulard rouge
et soudain
il le retire et voyez ce qu’il sort du chapeau :
un oeuf un lapin un drapeau
un oiseau ma vie et la vôtre et les
morts il les cache dans la coulisse
pour un piètre
SALAIRE.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Saluez bas ce drapeau (Marc-Adolphe Guégan)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



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Le sabre

Une oeuvre d’art, la poignée
De ce sabre fier.
Comme on embellit le crime!

***

Le quart

Quart en forme de sébile.
Piètre insigne
Des mendiants de la gloire.

***

Progrès

On tue à distance.
Plus de mains sanglantes.
La guerre est très propre.

***

Reportage

Le moribond criait: Maman!
De l’arrière, le journaliste
A entendu: Vive la France!

***

Testament

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d’âme,
Un portrait de fillette blonde.

***

Cimetière

Petite croix. Epitaphe.
Ci-gît le soldat Gribouille.
Il mourut pour vivre libre.

***

L’emblème

Saluez bas ce drapeau.
On en fit l’emplette
L’autre jour dans mon bazar.

(Marc-Adolphe Guégan)

 

 

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Complainte sur certains ennuis (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Complainte sur certains ennuis

Un couchant des Cosmogonies !
Ah ! que la Vie est quotidienne…
Et, du plus vrai qu’on se souvienne,
Comme on fut piètre et sans génie…

On voudrait s’avouer des choses,
Dont on s’étonnerait en route,
Qui feraient une fois pour toutes !
Qu’on s’entendrait à travers poses.

On voudrait saigner le Silence,
Secouer l’exil des causeries ;
Et non ! ces dames sont aigries
Par des questions de préséance.

Elles boudent là, l’air capable.
Et, sous le ciel, plus d’un s’explique,
Par quel gâchis suresthétique
Ces êtres-là sont adorables.

Justement, une nous appelle,
Pour l’aider à chercher sa bague,
Perdue (où dans ce terrain vague ?)
Un souvenir d’AMOUR, dit-elle !

Ces êtres-là sont adorables !

(Jules Laforgue)

 

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Merci (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Merci

À ceux qui me font place dans le tramway
quand je ne sais d’où je les connais,

à ceux qui me disent adieu gentiment,
sans que je connaisse leur nom seulement,

à ceux qui me traitent de député
quand je ne suis pas même juré,

à ceux qui par bonté me bavent du: maître!
même quand ce que j’écris est piètre,

à ceux qui cousin germain me croient
du roi de la fève ou du maharajah,

à ceux qui m’imaginent riche à millions
quand je touche une augmentation

—et à ceux qui me refusent tout compliment
sans avancer le moindre argument,

à ceux qui ne savent pas que j’existe,
même lorsque je les assiste,

à ceux qui me font tête rébarbative
en tendresse avare et maladive,

à ceux qui d’ultrabéotisme taxaient
ma prétention d’avoir des ancêtres écossais,

à ceux qui vomissent (sic) mes poèmes,
dans les plus simples décelant des problèmes,

à ceux qui, si plus pauvre ils me voyaient,
un chiffon et un sou me refuseraient,

—j’adresse humblement mes remerciements
pour ces gestes divers et dissemblants,

grâce auxquels, sans crier gare,
tout comme la fumée des cigares,

tantôt je monte au firmament, tantôt terrestre je redeviens,
car tout et rien ne sont rien de rien.

(Carlos Drummond de Andrade)

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LE VOLEUR DE GLOIRE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2016



LE VOLEUR DE GLOIRE

Dans la rue échevelée où je cherchais fortune,
une feuille, descendue du ciel,
est venue soudain se coller sur mon front.
Une feuille qui sentait le vert.
Une feuille, et tout le monde m’a regardé.
Tout le monde m’a regardé soudain. Etait-ce de l’envie ?
Non, bien plutôt de la sévérité et du mépris.
Et chacun me jaugeait,
me jugeait à ma juste valeur, ma piètre valeur.

(Jean Rousselot)

 

 

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