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La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Jean-Baptiste Corot

 

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Pieuse comme la branche (Campo)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



 

arbres-et-branches-sous-la-neige

Pieuse comme la branche
ployée par tant de neiges
joyeuse comme un bûcher
sur des collines d’oubli,

sur des lames acérées
en blanche tunique d’orties
je t’apprendrai, mon âme,
ce pas d’adieu…

(Campo)

Illustration

 

 

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L’empreinte (Jeanne Marvig)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2017



L’empreinte

Albi, ce matin-là, semblait s’épanouir
Comme une grande fleur dans le matin éclose
Et sur ses toits chaque rayon faisait fleurir
Des pétales de rose

La cathédrale était, dans le jour grandissant,
Un vaisseau de rubis aux hublots de lumière
et le vieux pont roulait des flots d’or et de sang
sous ses arches de pierre

 » Viens, m’as-tu dit, courons pour surprendre l’éveil
Aux pleins-cintres des arcs, aux flammes des ogives,
Des légendes d’antan, dans les bras du sommeil
et de l’ombre captive

L’aurore accrochera des feux aux modillons,
Zigzaguera dans les panneaux de colombages,
Rira sur les rinceaux et, dans les médaillons,
Fleurira les visages !

A la clarté candide et jeune du matin,
Nous interrogerons tout bas les vieilles pierres
Et nous écarterons d’une pieuse main
Saxifrages et lierres.

Car la pierre où les doigts diligents des humains
Ont immobilisé l’élan de la pensée,
Dans la pérennité des lointains lendemains,
En reste caressée. »

Alors, dans Saint-Salvy, sous le cloître roman,
Sur les pavés disjoints de « l’escalier de verre »,
Nous avons écouté, comme un balbutiement,
Du passé la prière

Son immuable cœur semblait ressusciter
Dans le battement sourd d’une plainte éternelle,
Et renaître dans le matin et s’éployer
Plus palpitant qu’une aile.

(Jeanne Marvig)

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La mer était un beau vitrail ancien aux couleurs pieuses (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



La mer était un beau vitrail ancien aux couleurs pieuses
Comme la pensée de la mort dans les yeux des blanches fileuses
Qui psalmodient la page du soir des missels
Selon le rythme de la berceuse des rouets.
L’heure était de jadis. La chevelure dénouée
D’une averse brillait au loin parmi la soie brûlée du ciel.

Près du rivage une barque dormait dont les voiles
Etaient aussi blanches que les ailes d’un ange de la mer,
Et debout dans la barque de douces dames vêtues de vert
De mars, de rouge de septembre et d’or vespéral
Frappaient des lyres ternies et chantaient une prière
Dont chaque son faisait éclore au profond du soir une étoile.

Et à leurs pieds jouait un enfant dans cette grande
Barque blanche et noble comme un cygne de mer,
Un enfant clair. Sa songerie nouait en guirlandes
Autour du sommeil de la proue et de la paresse des rames
Le ténébreux printemps des goémons amers
Et sa chanson était l’écho du cantique des douces dames.

Je m’arrêtai heureux et las dans le chemin nacré
Des lumières mourantes et je dis en mon coeur :
 » Certes la vie est grave, mais le chant de ces filles parées
Comme des âmes pures n’est pas un chant de douleur.  »
— Un rayon coloré comme la tristesse des fleurs
Ecloses dans le rêve illumina le soir — et je pleurai.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Alexandre Séon

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A peine deux soupirs et quelques pointillés (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2015




A peine deux soupirs et quelques pointillés
puis le silence opine après la pâmoison pieuse des étoiles…

(Jacques Rabemananjara)

 

 

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Dans l’austérité du lieu (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2015




Dans l’austérité du lieu
J’atteins la béatitude
D’une pieuse solitude
En l’absence de tout dieu.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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