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Posts Tagged ‘pieuvre’

BAGARRES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

BAGARRES

Je me bats le jour je me bats la nuit
batailles contre la mélancolie
cette vieille pieuvre toujours éveillée
qui me guette au coin des années
au coin des rues et des souvenirs
et lance son refrain mourir
alors que je veux vivre mille fois
que je veux aimer que je veux la joie
qu’il est temps enfin d’espérer
temps de croire temps de respirer

Je porte une flamme dans mon coeur
elle brûle c’est mon enfant ma soeur
c’est la vie qui sourit qui murmure
c’est le temps qui fuit pour que dure
le grand incendie toute la vie
sans remords sans mélancolie
dans l’univers qu’ont créé
les rêves et toute la vérité
seule vérité ma vérité lumière
pour aujourd’hui demain hier

(Philippe Soupault)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah!
Ma vie et l’Univers ? la Nature et la Loi ? pourquoi

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Le visage (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Victor Brauner 50

Le visage

Comme un cancer, comme une bête en moi,
Vit un visage. Il s’ouvre, se referme.
C’est une bouche, une plaie, une pieuvre,
Il apparaît, se nourrit, se digère
Et me détruit, déchire la durée.
Toute la nuit, j’ai mal à mon cadavre.
On a scié ma cage thoracique,
On a jeté mon vieux coeur et ses boues
Dans le limon d’un fleuve croupissant.
Mon sexe meurt, mais la chair corrompue,
Interminable, est vie interminable.
Visage noir, larme d’un amour sale,
Reste avec moi, vautour et parasite,
Car nous vivons si bien si mal ensemble.
Déchirons-nous déchirés déchirants.
Que le soleil se tende comme un muscle !

(Robert Sabatier)

Illustration: Victor Brauner 

 

 

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Dans le froid la peur (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018



Illustration: Bernard Buffet
    
dans le froid
la peur
on connaît son mouvement
de pieuvre ou d’algue
sa dérive comme indifférente
on sait passer à côté
un peu

(Antoine Emaz)

 

Recueil: LIMITE
Traduction:
Editions: Tarabuste

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Arbres dans la nuit (Brigitte Level)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




    
Arbres dans la nuit

Les grands arbres de la forêt
Semblent s’animer dans la nuit,
Et nous, tout seuls sur le sentier,
Nous frémissons au moindre bruit.

Comme d’énormes bras, les branches
Ont l’air de vouloir nous saisir :
Sur le sentier le vent les penche,
Et nous ne savons comment fuir.

Menaçantes, terrifiantes,
Les voilà qui vont nous frôler !
Horrible pieuvre !… L’épouvante
Nous paralyse tout glacés !

Soudain, bonheur ! Un oiseau chante
Et son chant clair nous rend la paix.
Non la forêt n’est pas méchante :
L’oiseau le dit, l’oiseau le sait.

(Brigitte Level)

 

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J’ai entendu Scorpion affûter sa lame (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



zodiaque [800x600]

Les murs ne tombent pas
[30]

J’ai entendu Scorpion affûter sa lame,
j’ai craint Archer (son arc tendu),

les cornes du Bouc étaient menace,
d’abord se haussaient ? puis jusqu’à terre ;

de l’autre côté de l’abîme
le Batelier attendait,

l’époque est celle de la nouvelle dimension,
ose, cherche, cherche encore, ose davantage,

voici la clé de l’alchimiste,
elle ouvre des portes secrètes,

le présent va un peu plus loin
dans la fine distillation de l’émotion,

l’élixir de vie, la pierre philosophale
est tienne si tu abandonnes

logique stérile, raison triviale ;
ainsi l’esprit dispersé, osait le savoir occulte,

trouvait les portes secrètes ouvertes,
s’affolait, perdu dans les profondeurs marines,

océan subconscient ou Poissons
suivent deux directions, dévorent ;

quand l’identité dans les profondeurs,
se fusionnant au meilleur,

pieuvre ou requin s’élève
du fond de la mer :

illusion, réversion des vieilles valeurs,
unité perdue, folie.

***

I heard Scorpion whet his knife,
I feared Archer (taut his bow),

Goat’s horns were threat,
would climb high? then fall low;

across the abyss
the Waterman waited,

this is the age of the new dimension,
dare, seek, seek further, dare more,

here is the alchemist’s key,
it unlocks secret doors,

the present goes a step further
toward fine distillation of emotion,

the elixir of life, the philosopher’s stone
is yours if you surrender

sterile logic, trivial reason;
so mind dispersed, dared occult lore,

found secret doors unlocked,
floundered, was lost in sea-depth,

sub-conscious ocean where Fish
move two-ways, devour;

when identity in the depth,
would merge with the best,

octopus or shark rise
from the sea-floor :

illusion, reversion of old values,
oneness lost, madness.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Vers l’autre bord des crépuscules (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Pieuvres du sommeil. Tentacules
Semant des éclats et des fleurs
dans mes yeux naufragés: lueurs
vers l’autre bord des crépuscules.

(Robert Ganzo)

Illustration: Michel Ogier

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HOULE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



HOULE

Nuit de houle où l’âme est, au large du corps,
cette lumière en lutte avec l’angoisse aux
mille tentacules, la pieuvre aux bras de glu,
de silence et de lis…
Des lilas pleuvent de la lune

La lueur du hublot
s’ouvre clair puis se perd
sous les gerbes d’écume

Nuage ?
Naufrage ?

Mais nul ne sait bientôt,
tant la nuit devient lisse,
s’il passe dans l’espace
ou glisse dans l’abysse
le navire enlacé
aux lames de lis noir…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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La pieuvre (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2016



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Flammes muselées L’eau
a ses brûlures Fleur de
l’amour fou aux lèvres
perverses Un homme une
mouche dans la cible
ouverte Pour la nuit
amère l’horrible soleil
compose le chiffre que la
mort module

(Edmond Jabès)

Illustration: Rune Olsen

 

 

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Notre entrelacs d’amour (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2016



Albena Vatcheva   (26) [1280x768]

Notre entrelacs d’amour à des lettres ressemble,
Sur un arbre se mélangeant ;
Et, sur ce lit, nos corps s’entortillent ensemble,
Comme à ton nom le nom de Jean.

Croiriez-vous point, ô mer, reconnaître votre oeuvre,
Et les monstres de vos haras,
Si vous sentiez bouger cette amoureuse pieuvre
Faite de jambes et de bras.

Mais le noeud dénoué ne laisse que du vide ;
Et tu prends le cheval aux crins,
Le cheval du sommeil, qui, d’un sabot rapide,
Te dépose aux bords que je crains.

(Jean Cocteau)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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