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Poésie

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INVENTAIRE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



INVENTAIRE

Dans un réduit
Très clair et nu
On a ouvert son cœur
En toute pitié :

Fruit crevé
Fraîche entaille
Lame vive et ciselée
Fin couteau pour suicidés.

Le sang (qui n’étonne personne)
Rutile
Goutte à goutte
(Quand il brunira
Nous serons loin
Et bien à couvert.)

Des deux mains plongées
Nous avons tout saisi
Tout sorti :

Livres chiffons cigarettes
Colliers de verre
Beau désordre
Lit défait
Et vous chevelure abandonnée.

Joies bannies
Désespoirs troués
Nul insolent trésor
En ostensoir

La châsse d’or
Que nous avions faite au mystère
Se dresse pillée
Spacieux désert.

Sur une table sans pieds
Son propre visage rongé
Qu’on a aussitôt jeté.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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On ne savait pas d’où venait le silence (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



 

On ne savait pas d’où venait le silence
l’odeur des pins pillés
Le vent allait jusqu’à eux s’attardait
là où le rêve commence
sur le sable chaud d’un désir ancien

(Georges Bonnet)

Illustration: John William Godward

 

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La source (Pierre-Albert Jourdan)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2016



La source

Tu es venue.
Nul lyrisme dans ta voix.
Le seul bruissement de ton bonjour
feuillu, étouffé;
tes grands gestes
qui se dissolvent dans le ciel.
Tout est discrétion, profondeur.

Je m’avance les yeux fermés,
sourd à tout bruit alentour.
Tu es toute ma mémoire.
Des premières pluies languissent.
Je respire cet air amoureux.

Les plaies apparaîtront plus tard,
lorsque le sang de la vigne pillée
s’étalera contre le flanc de la montagne,
le ciel pâle.

Plus lointaine alors et douce,
terriblement vivante.

Plus lointaine encore
et tu seras l’adieu,
la dernière relation imperceptible
d’un geste las.

(Pierre-Albert Jourdan)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Stéphane Cuny

 

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AU REVOIR (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2016



 

Alexandre Pavlenko  (1)

AU REVOIR
A Gaby Gebbing.

Une nuit je te vois sortir de l’ombre comme un cri
Tu n’as rien dans les mains que ta petite robe
Que tu me montres avec un sourire fatigué
Ton coeur est transparent la lumière est ancienne
Quelque chose d’infiniment fragile te soutient
Et la douceur de tes gestes qui se souviennent
Lie au bord du silence ton coeur avec le mien

Tu es seule tu viens à moi tu te rassures
Le feuillage du saule tremble au lourd désir

Tu n’as rien dans tes mains et là
Sur ta figure
Une goutte de sang

Une goutte de sang pour toute la lumière
Une goutte de sang peut-être la dernière
Et la seule
Oh peut-être la seule chose
Que j’aie jamais bien vue de toi

Tu te tiens immobile et seule devant moi
Ta robe chiffonnée entre tes jeunes bras
Ta nudité pareille à du bois vert qui saigne
Ta nudité miroir de sève nid paré
Pour aveugler pour alléger
Mon remords lugubre et ma peine

Je reconnais le songe triste de tes lèvres
Les bijoux du pardon les bagues de la fièvre
« Où étais-tu qui t’a volé qui t’a repris
« Qui donne à ton regard cette esquive de nuit
e Moi qui t’aime moi qui te vois moi qui t’espère !
O simple amour
O voix secourable et si fière
Et sous les paupières brisées
Cette fraîcheur cette douceur épouvantables
Cette inexorable douceur
Où le bonheur est enfermé
Dans la claire prison des larmes

Je me souviens soudain je vois ton sang
Couler pour l’étrange vendange
Je me souviens du sang sur les premières branches
Du peu de sang que tu montras
Je vois ce sang parer mes mains
J’ai dans la bouche
Le goût de ce sang jeune et triste qui s’en va

Sur ce miroir pillé qui fermera les bras ?

Dans l’herbe neuve où le soleil bat de l’aile
Dans l’herbe rayonnante et triste comme toi
Ta tête roule au bord du jour interminable
Une poignée de sang une poignée de sable
Ta robe qu’une main inconnue chiffonna
Et ta chair désolée et tes yeux loin des larmes
Et ton amour là
Devant moi

Au revoir au revoir je n’oublierai personne

(Luc Decaunes)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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C’est vrai (Juan Gelman)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2015



C’est vrai

Chaque jour
je me rapproche de mon squelette.
Il a des raisons de se montrer.
Je lui en ai fait voir de bonnes et de mauvaises
sans rien lui demander
lui toujours me demandant, sans voir
comment était le bonheur ou le malheur,
sans se plaindre, sans
distances éphémères de moi.
Maintenant qu’il scrute presque
l’air autour,
que pensera la clavicule cassée,
bijou splendide, les genoux
que j’ai traînés sur des pierres
entre de faux pardons, etcétéra.
Squelette pillé, bientôt
ta vue ne gênera plus aucune velléité.
Tu supporteras l’univers tout nu.

*

Verdad es

Cada día
me acerco más a mi esqueleto.
Se está asomando con razón.
Lo metí en buenas y en feas sin preguntarle nada,
él siempre preguntándome, sin ver
cómo era la dicha o la desdicha,
sin quejarse, sin
distancias efímeras de mí.
Ahora que otea casi
el aire alrededor,
qué pensará la clavícula rota,
joya espléndida, rodillas
que arrastré sobre piedras
entre perdones falsos, etcétera.
Esqueleto saqueado, pronto
no estorbará tu vista ninguna veleidad.
Aguantarás el universo desnudo.

(Juan Gelman)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com

 

 

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