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Poésie

Posts Tagged ‘piller’

Tout va bien (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019



    
Tout va bien

Une minuscule
araignée trapue
traverse la table
avec dans la bouche
une mouche
le vent souffle
sporadiquement
dès que je me retourne
plus rien ne bouge
si ce n’est
la nurserie ocre
du tilleul
que les abeilles
veillent
à savamment
piller
tout va bien
le monde court
après le monde
dans les paisibles
chuchotements
de nos agonies
veloutées

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Hermès Trismégiste (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



Hermès 1 [800x600] [800x600]

Hommage aux anges
[1]

Hermès Trismégiste
est le patron des alchimistes ;

sa province est la pensée,
inventive, rusée et curieuse ;

son métal est le vif-argent,
ses clients, orateurs, voleurs et poètes ;

vole donc, ô orateur,
pille, ô poète,

prends ce que la vieille-église
trouva dans la tombe de Mithra,

bougie et écriture et cloche,
prends ce sur quoi la nouvelle-église a craché

ce qu’elle a détruit et cassé ;
ramasse les fragments de verre brisé

et de ton feu et de ton haleine,
fais fondre et intègre,

ré-invoque, re-crée
l’opale, l’onyx, l’obsidienne,

à présent éparpillés en tessons
que foulent les humains.

***

Hermes Trismegistus
is patron of alchemists;

his province is thought,
inventive, artful and curious;

his metal is quicksilver,
his clients, orators, thieves and poets;

steal then, O orator,
plunder, O poet,

take what the old-church
found in Mithra’s tomb,

candle and script and bell,
take what the new-church spat upon

and broke and shattered;
collect the fragments of the splintered glass

and of your fire and breath,
melt down and integrate,

re-invoke, re-create
opal, onyx, obsidian,

now soattered in the shards
men tread upon.

(Hilda Doolittle)

 

 

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LA GARE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

LA GARE

GARE de la douleur j’ai fait toutes tes routes.
Je ne peux pîus aîler, je ne peux plus partir.
J’ai traîné sous tes ciels, j’ai crié sous tes voûtes.
Je me tends vers îe jour où j’en verrai sortir
Le masque sans regard qui roule á ma rencontre
Sur le crassier livide où je rampe vers lui,
Quand le convoi des jours qui brûle ses décombres
Crachera son repas d’ombres pour d’autres ombres
Dans l’étable de fer où rumine la nuit.

Ville de fiel, orgues brumeuses sous l’abside
Où les jouets divins s’entr’ouvrent pour nous voir,
Je n’entend plus gronder dans ton gouffre l’espoir
Que me soufflaient tes choeurs, que me traçaient tes signes,
A l’heure où les maisons s’allument pour le soir.

Ruche du miel amer où les hommes essaiment,
Port crevé de strideurs, noir de remorqueurs,
Dont la huée enfonce sa clef dans le coeur
Haïssable et hagard des ludions qui s’aiment,
Torpilleur de la chair contre les vieux mirages
Dont la salve défait et refait les visages,
Sombre écofe du soir où la classe rapporte
L’erreur de s’embrasser, l’erreur de se quitter,
Il y a bien longtemps que je sais écouter
Ton écluse qui souffre à deux pas de ma porte.

Gare de ma jeunesse et de ma solitude
Que l’orage parfois saluait longuement,
J’aurai longtemps connu tes regards et tes rampes,
Tes bâillements trempés, tes cris froids, tes attentes,
J’ai suivi tes passants, j’ai doublé tes départs,
Debout contre un pilier j’en aurai pris ma part
Au moment de buter au heurtoir de l’impasse,
A l’heure qu’iî faudra renverser la vapeur
Et que j’embrasserai sur sa bouche carrée
Le masque ardent et dur qui prendra mon empreinte
Dans le long cri d’adieu de tes portes fermées.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Edvard Munch

 

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LES P’TITS OISEAUX CHANTAIENT TROP FORT… (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Marc Chagall

    

LES P’TITS OISEAUX CHANTAIENT TROP FORT…

Voilà : ce matin je voulais
Honorer d’un brin de romance
L’éveil des nids pleins d’oiselets
Et le doux printemps qui commence
J’ai débouché mon encrier,
Pris une plume et du papier

Refrain
J’ai voulu faire une chanson
Mais tireli tirelirette
Dans mon champ rempli de moisson
Mais tireli tirelirette
Les p’tits oiseaux chantaient trop fort (bis)

Au bout des vers de ma chanson
Tombèrent d’un vol unanime
Fauvette, bouvreuil et pinson
Dont le bec pilla chaque rime
Et leur refrain assourdissant
Étouffa le mien en passant.

Ainsi ce soir auprès de vous
Froissant nerveusement des roses
Je cherche les mots les plus doux
Pour vous dire certaines choses
J’en trouve trop… qui sont très bien
J’ouvre la bouche et ne dis rien.

Refrain final
Je voudrais vous causer d’amour
Mais tireli tirelirette
Dans mon coeur qu’enfête le jour
Mais tireli tirelirette
Les p’tits oiseaux chantent si fort (bis).

(Gaston Couté)

 

 

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S.A. 1911-1979 (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



 

Helene Knoop -

S.A. 1911-1979

De la perte. Et d’une perte telle
qu’elle pille l’esprit — jusqu’à la perte même

de l’esprit. Commencer avec cette pensée : sans rime

ni raison. Et puis simplement attendre. Comme si
le premier mot
venait seulement après le dernier, après une vie
d’attente du mot

qui était perdu. Ne pas dire plus
que la stricte vérité : les hommes meurent, le monde déçoit,
les mots

n’ont aucun sens. Et par conséquent ne rien demander
que les mots.
Mur de pierre. Coeur de pierre. Chair et sang.

Autant que tout ceci.
Plus.

(Paul Auster)

Illustration: Helene Knoop

 

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BILL (William Faulkner)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



Illustration
    
BILL

I
C’était le fils de la terre, et avant et après tout
Le rêve entier de son coeur aurait été sien, s’il avait été sage,
Ayant espace et lumière le nourrissant par les yeux,
Mais par le don des langues le fils fut maudit.

Il avait vite pillé la lumière des étoiles
Et pris des arbres le vent; de l’amour, de la mort
Il a fièrement fait un schibboleth stérile,
Assourdi, il oublia ce qu’était le silence.

Alors il découvrit que le silence avait un Nom,
Que la lumière des étoiles lui montrait un visage,
Il trouva à nouveau le vent dans l’herbe et la feuille, et Elle
Comme des ailes argentées sans fin qui respirent et battent
Plus lourdes et réelles que la musique, ou qu’une flamme
D’étoile lumineuse, et il se tait, étant avec elle.

***

BILL I

Son of earth was he, and first and last
His heart’s whole dream was his, had he been wise,
With space and light to feed it through his eyes,
But with the gift of tongues he was accursed.

Soon he had refs the starlight from the stars
And wind from trees he took, of love and death
He proudly made a sterile shibboleth,
‘Till deafened, he forgot what silence was.

Then he found that silence held a Name,
That starlight held a face for him to see,
Found wind once more in grass and leaf, and She
Like silver ceaseless wings that breathe and stir
More grave and true than music, or a flame
Of starlight, and he’s quiet, being with her.

(William Faulkner)

 

Recueil: Hélène: ma cour
Traduction: Michèle Plâa et Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Allusion aux poètes (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Illustration: Nicole Clouin
    
Allusion aux poètes

Désireux de tenir l’été dans ma demeure
je tue un lièvre gras et l’emporte au cellier.
Le goût de la saison s’y cache tout entier
avec l’odeur de l’herbe et ses voix les meilleures.

Sans doute, ce trésor sera bientôt pillé
et comme des raisins les mouches violentes
naîtront dans sa fourrure aujourd’hui rayonnante.
– Mais c’est une leçon qu’on ne peut oublier.

Car, mon ami, si tu implores les poètes,
ils vont te révéler de dangereuses fêtes :
puisant dans leur mémoire une vive beauté,

ils composent des vers où brille la souffrance
et montrent, orgueilleux de leur grande opulence,
quelque poème lourd comme un lièvre tué.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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Plus près (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration
    
plus près:souffle de mon souffle:n’enlève qui fourmillent
tes membres:fais leur repas fou de ma souffrance
que tes tigres de lisse douceur lentement pillent
en des floraisons muettes aux nouveaux mélanges:
plus profond:sang de mon sang:avec de vifs replis
ascendants plonge ces léopards de rêve blanc
dans la chair ravie de ma peur:creuse plus nette
cette moelle d’obscurité:sculpte une fleur de folie
frangée de mal sur des lèvres grinçantes
et sur des yeux rampants crispés de lumière démente
cisèle l’assassine flamme qui saisit de vertige.

Des gris perplexes frisent avides entre de béantes

maisons. Les étoiles mortes puent. l’aube. Inepte,

la carcasse poétique d’une fille

***

nearer:breath of my breath:take not thy tingling
limbs from me:make my pain their crazy meal
letting thy tigers of smooth sweetness steal
slowly in dumb blossoms of new mingling:
deeper:blood of my blood:with upwardcringing
swiftness plunge these leopards of white dream
in the glad flesh of my fear:more neatly ream
this pith of darkness:carve an evilfringing
flower of madness on gritted lips
and on sprawled eyes squirming with light ins ane
chisel the killing flame that dizzily grips.

Querying greys between mouthed houses curl

thirstily. Dead stars stink. dawn. Inane,

the poetic carcass of a girl

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Avec ma gueule de métèque (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

georges moustaki-en-1972

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Avec mes yeux tout délavés
Qui me donnent l´air de rêver
Moi qui ne rêve plus souvent
Avec mes mains de maraudeur
De musicien et de rôdeur
Qui ont pillé tant de jardins
Avec ma bouche qui a bu
Qui a embrassé et mordu
Sans jamais assouvir sa faim

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
De voleur et de vagabond
Avec ma peau qui s´est frottée
Au soleil de tous les étés
Et tout ce qui portait jupon
Avec mon cœur qui a su faire
Souffrir autant qu´il a souffert
Sans pour cela faire d´histoires
Avec mon âme qui n´a plus
La moindre chance de salut
Pour éviter le purgatoire

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai, ma douce captive
Mon âme sœur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang
Rêveur ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir

Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir

(Georges Moustaki)

 

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Tous les matins (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017


souk-21

Tous les matins
le soleil entre chez Si Lmokhtar
pille la mémoire du miroir
monte sur l’échelle
et s’en va en riant

(Tahar Ben Jelloun)

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