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Poésie

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Aux jours courts … (Peire d’Auvergne)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Aux jours courts et aux longues soirées,
quand l’air vif s’assombrit,
je veux que de branche et feuillage, mon savoir
devienne joie nouvelle et fruits et fleurs,
car je vois les chênes perdre leurs feuilles.
Se retirent dans la neige et la froidure,
le rossignol, la grive, le geai et le pivert.

(Peire d’Auvergne)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras
et beaucoup de vertige, beaucoup d’insurrection
même après tant d’années de mer entre nous
à chaque aube il est dur de ne plus t’aimer

parfois dans la foule surgit l’éclair d’un visage
blanc comme fut naguère le tien dans ma tourmente
autour de moi l’air est plein de trous bourdonnant
peut-être qu’ailleurs passent sur ta chair désolée
pareillement des éboulis de bruits vides
et fleurissent les mêmes brûlures éblouissantes

si j’ai ma part d’incohérence, il n’empêche
que par moments ton absence fait rage
qu’à travers cette absence je me désoleille
par mauvaise affliction et sale vue malade
j’ai un corps en mottes de braise où griffe
un mal fluide de glace vive en ma substance

ces temps difficiles malmènent nos consciences
et le monde file un mauvais coton, et moi
tel le bec du pivert sur l’écorce des arbres
de déraison en désespoir mon cœur s’acharne
et comme, mitraillette, il martèle
ta lumière n’a pas fini de m’atteindre
ce jour-là, ma nouvellement oubliée
je reprendrai haut bord et destin de poursuivre
en une femme aimée pour elle à cause de toi

(Gaston Miron)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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A un pivert (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018



 

A un pivert

Oiseau de décembre dans l’arbre nu
ton cri rauque
me rappelle

la mort que l’on célébrait par des lamen
tations et des vociférations
au temps

jadis plaintes angoissées cris déchirants
des veillées funèbres imprécations contre
la mesquinerie

des dieux doux
rossignol de l’
hiver

les bois suspendent la neige comme
autant de gais
rideaux

***

To a Woodpecker

December bird in the bare tree
your harsh cry sounds
reminding me

of death we celebrated by lamen
tations crying out
in the old

days wails of anguish shrieking
wakes curses that the
gods

had been so niggardly sweet
nightingale of the
winter

woods hang out the snow as if
it were gay
curtains

(William Carlos Williams)

 

 

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LE POSEUR DE QUESTIONS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

Arnold Böcklin La Guerre

LE POSEUR DE QUESTIONS

Très loin, dans le dedans de mon écorce chaude,
dans le noir embrouillé des veines et du sang,
le poseur de questions tourne en rond, tourne et rôde
il veut savoir pourquoi tous ces gens ces passants ?

Le mort que je serai s’étonne d’être en vie,
du chat sur ses genoux qui ronronne pour rien,
du grand ciel sans raison, du gros vent malappris
qui bouscule l’ormeau et se calme pour rien.

Un cheval roux pourquoi ? Pourquoi un sapin vert ?
Et pourquoi ce monsieur qui fait une addition,
qui compte : un soleil, deux chiens, trois piverts,
qui compte sur ses doigts pleins de suppositions ?

Il compte sur ses doigts, mais perd dans ses calculs
sa raison de compter, sa raison de rêver,
sa raison d’être là, tout pesant de scrupules,
et d’être homme vivant sans qu’on l’ait invité.

Ainsi que le soleil ou sa flamme caresse
et blesse ou bien guérit le nageur incertain
ainsi de notre mort qui ralentit ou presse
le pas de nos destins

Il ne faut pas tromper les cavaliers du sort
et leurs chevaux légers comme l’écume au vent
Ne passez pas le temps à mentir à la mort
c’est un jeu décevant

Ne passez pas vos jours à vous passer de vie
Ne passez pas l’amour à vous passer de temps
Ne passez pas le temps à attendre la nuit
ni les neiges d’antan

Car votre mort en vous se moque de vos pièges
et se glisse au serré du plus tendre baiser
remonte à la surface et plus vive que liège
plus souple que l’osier

s’empare de ce coeur qui se croyait léger
l’alourdit le surprend le presse et le défait
et fait de ce vivant de vivre soulagé
un mort très stupéfait.

(Claude Roy)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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La chanson de la rose (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
La chanson de la rose

Je cueillerai la rose,
La rose et le lilas,
La ousta ga ousta!

Je cueillerai la rose aux jardins de ma belle
Dessous les arbres bleus où boivent les gazelles;
Où des faons vont broutant, aux chansons des piverts,
L’ombre des gazons verts.

Hélas! dans cette tour ma belle est endormie;
Pour y cueillir la rose, au baiser de ma mie,
Oiseau bleu, bel oiseau, il faut monter bien haut,
Porte-moi sur ton dos.

O belle, dormez-vous comme en un reliquaire,
Votre anneau d’or au doigt, au fond d’un englivière?
Alors que me conduise un beau poisson nageant
Vers votre lit d’argent.

La rose et le lilas aux jardins de mon rêve
Ne refleuriront plus, car les amours sont brêves;
Le mistral a tari le fleuve, en mon coeur mort,
La tour s’est effondrée avec ses créneaux d’or!

Où donc cueillir la rose,
La rose et le lilas,
La ousta ga ousta!

(Marie Dauguet)

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A Grignan (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017


ciel-avion

A Grignan

Suave clarté
des soleils de mars.
Demoiselle Nature
dans ce tilleul
sort d’un sommeil
obscur et secoue
d’absurdes rêves.
Levant au matin
ses mains graciles,
elle admire l’éclat
de ses ongles vernis.
(Et je revois
ton corps rieur,
ton corps agile,
menu et neuf.)
Elle s’étire,
le monde attend,
bientôt des visites,
il faut s’habiller.
Passe l’avion
qui exalte le bleu.
Frappe un pivert
à la porte du jour.

***

At Grignan

The suns of March
have sweetened the air.
The Lady Lime
awakes from sleep
and shakes away
the foolish dreams.
The slender hands
raised to the light
show her the sheen
of each lacquered nail.
(I remember this:
you limbs light,
your body laughing,
soft and new.)
A final stretch,
the world awaits,
company soon,
and time to dress.
A vapour trail
blues the sky.
A woodpecker knocks
at the door of the day.

(Michael Edwards)

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LA CHANSON DES CHANSONS (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



LA CHANSON DES CHANSONS

J’ai vu les prés, les bois, les étangs, les buissons,
Et les petits oiseaux m’ont appris leurs chansons.

Je sais, faisant rouler dans ma gorge une perle,
Flûter comme un bouvreuil et siffler comme un merle.

Je connais le refrain des cailles dans le foin,
Et des perdreaux perdus qui s’appellent au loin.

Je peux dire d’un trait la cantilène douce
Que file la mésange en dansant sur la mousse.

J’ai retenu la gamme aux bonds capricieux,
Trilles de l’alouette en fusant vers les cieux.

Je répète la brusque et stridente ariette
Du pinson, du linot et de la mauviette.

J’imite jusqu’aux cris éclatant tout à coup
Du geai, du loriot, du pivert, du coucou.

J’ai gardé sûrement au cœur de ma mémoire
La romance de la fauvette à tète noire.

Enfin j’ai su noter la merveille des voix.
Le grand air tout entier du rossignol des bois.

Comment donc se fait-il quêta voix me paraisse,
Mignonne, plus belle et plus enchanteresse?

Pourquoi tous ces concerts me semblent-ils moins doux
Que ta parole quand je suis à tes genoux?

Maîtresse, ta voix gaie, amoureuse et tendre,
Ces chanteurs aimeraient eux-mêmes à l’entendre.

Viens voir les prés, les bois, les étangs, les buissons.
Je veux que les oiseaux apprennent tes chansons.

(Jean Richepin)

 

 

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Je ne sais pourquoi (Daniil Harms)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2017



Je ne sais pourquoi les routes
détachées de la terre
jouent avec les oiseaux
Les branches vétustes du vent
agitent les petits paniers cousus par les piverts
Les piverts courent sur les troncs
Ils tiennent à la main de petits crayons.
Une bouteille jaillit d’un trou d’arbre
oriente son vol vers le lac
pour se remplir d’eau.
Le chêne se réjouit
quand dans son cœur
on met un cœur à eau.
Je suis passé près de deux pigeons
Les pigeons battaient des ailes
pour effrayer un renard
qui de ses pattes acérées
mangeait les petits des pigeons.
J’ai levé mon cahier, l’ai ouvert
et ai lu les dix-sept mots
que j’avais écrits la veille,
les pigeons s’envolèrent aussitôt,
le renard devint une petite boîte d’allumettes
Et moi j’étais extrêmement joyeux.

(Daniil Harms)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

 

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Vol d’oiseau dans la matinée (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



Vol d’oiseau dans la matinée

La courbe que trace en l’air
la navette du pivert,
D’arbre en arbre semble tendre
Des guirlandes d’azur tendre.

(Francis Jammes)

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Seul (Santoka)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2016



Seul
j’écoute
le pivert

(Santoka)


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