Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘placer’

Ma renarde (René Char)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018




    
Ma renarde, pose ta tête sur mes genoux.
Je ne suis pas heureux et pourtant tu suffis.

Bougeoir ou météore,
il n’est plus de coeur gros
ni d’avenir sur terre.

Les marches du crépuscule révèlent ton murmure,
gîte de menthe et de romarin, confidence échangée
entre les rousseurs de l’automne et ta robe légère.

Tu es l’âme de la montagne aux flancs profonds,
aux roches tues derrière des lèvres d’argile.

Que les ailes de ton nez frémissent.
Que ta main ferme le sentier
et rapproche le rideau des arbres.

Ma renarde, en présence des deux astres, le gel et le vent,
je place en toi toutes les espérances éboulées,
pour un chardon victorieux de la rapace solitude.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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Grands yeux dans ce visage (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



    

Grands yeux dans ce visage,
Qui vous a placés là?
De quel vaisseau sans mâts
Êtes-vous l’équipage?

Depuis quel abordage
Attendez-vous ainsi
Ouverts toute la nuit?

Feux noirs d’un bastingage
Étonnés mais soumis
A la loi des orages.

Prisonniers des mixages,
Quand sonnera minuit
Baissez un peu les cils
Pour reprendre courage.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Encore ? Non ! (Robert Creeley)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



    
Encore ? Non !
Des fois je suis gêné
par la récurrence de ce pronom
qui place au centre, voire en
exergue, mon seul visage.

Bien sûr, je
suis gêné, est-ce possible autrement ?
Pareil pour le serveur et son plateau sur quoi
reposent (seulement) ses mains.

Toujours —
dimanchelundimardimercredijeudivendredisamedi —
où que je regarde,
je suis là.

Il y avait de la brise et un coquillage
amena Vénus —
mais je peux être là
sans aller ailleurs.

Alors au revoir
jusqu’à nos retrouvailles,
et quand tu viendras, entre sans frapper.
C’est je.

(Robert Creeley)

 

 

Recueil: Le sortilège
Traduction: Stéphane Bouquet
Editions: Nous

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Plaçant ton oeil suprême au zénith, regarde (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Plaçant ton oeil suprême au zénith, regarde,
prononçant du zénith ton JE suprême:
jaillie de la pure vision, la lumière brille.
Elle brille de l’Evidence Absurde,
de la certitude douloureuse cherchant le mot
si clairement introuvable,
si simplement ineffable,
cherchant la Parole une
qui proclame l’Evidence absurde.

Parole condensant toute lumière.
Parole encore non parlée,
contenant toute vérité.
Parole encore souffrant d’être muette
– comme le hurlement silencieux
entre les mâchoires paralysées du tétanique.

(René Daumal)

 

 

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Chanson des trois petites vieilles assises (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Trois petites vieilles
veillent en rond
dans leur salon.
Elles ont froid à l’Âme
et quelquefois une larme
les brûle jusqu’au menton.
Elles ont aimé
jadis un Roi
qui ne sut choisir
entre elles trois

A la première le Roi a dit:
« Tu seras Reine de mon pays. »
A la seconde, le Roi jura
de n’aimer qu’elle toute la vie.
A la troisième, le Roi promit
de mourir pour elle et se tua.

Les petites vieilles
ont leurs souvenirs
qui les aident à porter leurs croix.
Elles se dévisagent et sourient,
heureuses d’être réunies;
sans se lasser
parlent d’avenir,
assises toutes trois
dans le temps, comme le Roi
les a placées.

(Edmond Jabès)

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Un pauvre honteux (Xavier Forneret)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



 

Pablo Picasso l'aveugle

Un pauvre honteux

Il l’a tirée
De sa poche percée,
L’a mise sous ses yeux ;
Et l’a bien regardée
En disant :  » Malheureux !  »

Il l’a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D’une horrible pensée
Qui vint le prendre au coeur.

Il l’a mouillée
D’une larme gelée
Qui fondit par hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu’un bazar.

Il l’a frottée
Ne l’a pas réchauffée
A peine il la sentait ;
Car, par le froid pincée,
Elle se retirait.

Il l’a pesée
Comme on pèse une idée,
En l’appuyant sur l’air.
Puis il l’a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l’a touchée
De sa lèvre ridée. –
D’un frénétique effroi
Elle s’est écriée :
Adieu, embrasse-moi !

Il l’a baisée,
Et après l’a croisée
Sur l’horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
De mats et lourds accords.

Il l’a palpée
D’une main décidée
A la faire mourir. –
– Oui, c’est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l’a pliée,
Il l’a cassée,
Il l’a placée,
Il l’a coupée ;
Il l’a lavée,
Il l’a portée,
Il l’a grillée,
Il l’a mangée.

– Quand il n’était pas grand on lui avait dit :
Si tu as faim, mange une de tes mains.

(Xavier Forneret)

Illustration: Pablo Picasso

 

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N’Y CROIS PAS (Rita Petro)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2016



N’Y CROIS PAS

Quand on m’aura placée
dans mon cercueil de cristal
et qu’un cortège tout de blanc vêtu
m’aura couchée sur un nuage blanc

n’y crois pas
quand tes yeux te renverront tout au noir.

***

Mos iu beso syve

Kur të më kenë shtrirë
Në arkovolin tim të kristaltë
Dhe një kortezh i veshur me të bardha
Të më vendosë mbi një re të bardhë,

Mos iu beso syve
Nëse gjithcka të duket e zezë.

(Rita Petro)

Illustration: Claude Monet  

 

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Une voix, de l’intérieur (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Une voix, de l’intérieur

« Approche-toi plus près
Plus près encore
Du pouls des choses

Eveille en toi la chrysalide

Place-toi tout contre ton coeur
Quelque chose demande
A exulter de l’intérieur

Une parole sans parole »

Me dit la voix en aparté
A mots si bas
qu’une porte s’ouvrit

Au fond de moi

(Gilles Baudry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Christian Schloe

 

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Plus bas le passage contre le mur (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2015



Plus bas le passage contre le mur
plaçant contre le mur plus bas sur la page
en son commencement qui nous ramène à plus
De l’autre côté
l’accompagnement du dos qui s’éloigne
dans le mélange avec foule, distance
gestes innombrables à la confusion de tous
Plus bas le passage d’un mot à l’autre
foule distance regroupant le temps
de s’appeler au passage.

(Georges Drano)

Illustration: Leon Levinstein

 

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