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Poésie

Posts Tagged ‘plafond’

Mon âme a tant d’âges (Joséphine Bacon)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




Illustration: Stéphanie Roux
    
Mon âme a tant d’âges
Je me baigne dans une eau où je ne suis pas
Un plafond éclaire ma vie

(Joséphine Bacon)

 

Recueil: Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat
Traduction:
Editions: Mémoire d’encrier

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LE LABOUREUR ET SES ENFANTS (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
LE LABOUREUR ET SES ENFANTS

Pas de trésor caché dedans
Pas plus que dans mon poing qui meurt
De source claire
Rien sur le dos ni sous la paume de la terre
Rien à gratter sur l’oeuf en plâtre de la terre
Plus de petits poussins tremblants dans les sentiers
Plus de femme en peignoir à fleurs sur le palier
Plus de foule au balcon pour voir passer la foule
Plus de mousse qui perle et de pierre qui roule
Plus de chalands à quai
Plus de lustres au plafond
Plus de zéro de conduite et de leçons
Plus rien qui vaille encor la peine de distraire
Ce temps de nous
A la veille de la misère.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Nous dormions ensemble (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Nous dormions ensemble

Nous dormions ensemble… comme tu étais fatigué…
Comme la chambre était tiède, et longues les flammes
Sur le plafond, les murs et le grand lit blanc.
Nous parlions par chuchotements comme font les enfants,
Chacun à son tour. Tantôt c’était moi, puis c’était toi,
Un instant endormis, qui nous éveillions. «Tu vois,
Disait l’un de nous, je n’ai pas du tout sommeil…»

Etait-ce il y a mille ans?
Je me suis réveillée dans tes bras ? tu dormais profondément
Et j’ai entendu les pas précipités des moutons.
Doucement je me suis glissée à terre et j’ai rampé
Jusqu’à la fenêtre aux rideaux tirés.
Puis, tandis que tu dormais encore, j’ai regardé les moutons
Passer dans la neige.

O troupeau de pensées, frissonnantes, désolées,
Dehors dans le froid avec la Peur pour berger,
Qui dans mon cœur es rentré au bercail!
Mille ans… Est-ce hier que dans l’obscurité,
L’un contre l’autre serrés,
Enfants de très loin nous étions couchés
Et dormions ensemble? Comme tu étais fatigué…

***

Sleeping together

Sleeping together… how tired you were!…
How warm our room… how the firelight spread
On walls and ceiling and great white bed!
We spoke in whispers as children do,
And now it was I — and then it was you
Slept a moment, to wake — « My dear,
I’m not at all sleepy », one of us said…

Was it a thousand years ago?
I woke in your arms — you were sound asleep ?
And heard the pattering sound of sheep.
Softly I slipped to the floor and crept
To the curtained window, then, while you slept,
I watched the sheep pass by in the snow.

O flock of thoughts with their shepherd Fear
Shivering, desolate, out in the cold,
That entered into my heart to fold!
A thousand years… was it yesterday
When we, two children of far away,
Clinging close in the darkness, lay
Sleeping together ? … How tired you were ! …

(Katherine Mansfield)


Illustration: Henri Toulouse Lautrec

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Malheur (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration
    
Malheur

Un jour il comprit que ses bras n’étaient
Faits que de nuages ;
Impossible avec des nuages d’étreindre à fond
Un corps, une chance.

La chance est ronde et compte lentement
Des étoiles d’été.
Font défaut des bras sûrs comme le vent,
Et comme la mer un baiser.

Mais lui avec ses lèvres,
Avec ses lèvres il ne sait dire que des mots ;
Mots au plafond,
Mots au plancher,
Et ses bras sont des nuages qui font de la vie
Un air navigable.

***

Desdicha

Un dia comprendió cómo sus brazos eran
Solamente de nubes;
Imposible con nubes estrechar hasta el fondo
Un cuerpo, una fortuna.

La fortuna es redonda y cuenta lentamente
Estrellas del estío.
Hacen falta unos brazos seguros como el viento,
Y como el mar un beso.

Pero él con sus labios,
Con sus labios no sabe sino decir palabras;
Palabras hacia el techo,
Palabras hacia el suelo,
Y sus brazos son nubes que transforman la vida
En aire navegable.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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LE COEUR AU BOND (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



LE COEUR AU BOND

Rien n’a changé
Les fleurs du paravent montent jusqu’au plafond
La serrure secrète retrouve sa chanson
La fenêtre est ouverte
Je regarde courir la Loire jument verte
L’écume des corbeaux qui flotte au bord du toit

C’est toujours toi qui m’accueilles
Au bas de l’escalier
Des algues de lumière enchaînent tes épaules
Et le serpent de ciel aurait pu t’étouffer

Quand tes mains voleront sous les prêles
Quand la terre baignera tes paupières fossiles
Je reprendrai la vie où tu l’auras laissée.

(René Guy Cadou)

Illustration: Stanislav Shpanin

 

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5 QUAI HOCHE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

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5 QUAI HOCHE

La nuit
La ville morte
Et la clé sur la porte
Les malles closes
Derrière ce mur tant de choses
Qu’on n’emporte pas
Tout ce qui perce encore le plafond
La trace chaude de mon front
Sur la vitre mouvante
Les douze coups de l’épouvante
Entre le ciel et moi
Et la lune qui règle la marée des toits

Un pas de plus
Et je tombe entre tes mains
Ma tête roule sur ton épaule
Tout seul
Je n’aurais pas retrouvé mon chemin.

(René Guy Cadou)

Illustration

 

 

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Les baguettes du vent (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Illustration: Baiser mortel laurier-rose
    
Les baguettes du vent
Sur la peau des lauriers
Quelques taches de cendres
Vas-tu monter
Descendre
T’épanouir à mes pieds
Mais j’aurai beau crier
Tu ne peux plus m’entendre

La porte a frissonné
Une main traîne encore sur la cheminée

La rue s’éveille
On voit le mur pencher lentement son oreille
Un arbre dans le fond
La maison qui chavire
Et le trou du plafond

Plus près
Celui qui dort
Celui qui fait le mort
Et l’ombre qui nous frôle

C’est là que je t’attends
Au bord de mon épaule

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Journée d’hiver (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Journée d’hiver

Nul rayon, ce matin, n’a pénétré la brume,
Et le lâche soleil est monté sans rien voir.
Aujourd’hui dans mes yeux nul désir ne s’allume ;
Songe au présent, mon âme, et cesse de vouloir.

Le vieil astre s’éteint comme un bloc sur l’enclume,
Et rien n’a rejailli sur les rideaux du soir.
Je sombre tout entier dans ma propre amertume ;
Songe au passé, mon âme, et vois comme il est noir !

Les anges de la nuit traînent leurs lourds suaires ;
Ils ne suspendront pas leurs lampes au plafond ;
Mon âme, songe à ceux qui sans pleurer s’en vont !

Songe aux échos muets des anciens sanctuaires.
Sépulcre aussi, rempli de cendres jusqu’aux bords,
Mon âme, songe à l’ombre, au sommeil, songe aux morts !

(Léon Dierx)

Illustration

 

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SOLIPSISME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
SOLIPSISME

(Accent parigot. Véhémence et certitude
agressive. Avec gestes.)

Qui c’est qu’est là
quand j’y suis pas?

C’est-i l’bureau?
C’est-i la porte?
C’est-i l’parquet?
C’est-i l’plafond?
C’est-i la rue?
C’est-i la terre?
C’est-i le ciel?
Ah, nom de nom!

Quand j’y suis pus
Y-a pus personne.
A preuve? C’est que quand j’reviens
je ramèn’ tout à la maison :
et v’là la terre
et v’là le ciel
et v’là la rue
et ma maison
et v’là la porte
et v’là l’parquet
et v’1à l’plafond!

(Jean Tardieu)

 

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Lettre à Louise Colet (Gustave Flaubert)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    

Lettre à Louise Colet

Toi, je t’aime comme je n’ai jamais aimé et comme je n’aimerai pas.
Tu es, et resteras seule, et sans comparaison avec nulle autre.

C’est quelque chose de mélangé et de profond,
quelque chose qui me tient par tous les bouts,
qui flatte tous mes appétits et caresse toutes mes vanités.

Ta réalité y disparaît presque.
Pourquoi est-ce que, quand je pense à toi,
je te vois souvent avec d’autres costumes que les tiens?

L’idée que tu es ma maîtresse me vient rarement,
ou du moins tu ne te formules pas devant moi par cela.

Je contemple (comme si je la voyais)
ta figure tout éclairée de joie,
quand je lis tes vers en t’admirant,
alors qu’elle prend une expression radieuse d’idéal,
d’orgueil et d’attendrissement.

Si je pense à toi au lit, c’est étendue,
un bras replié, toute nue,
une boucle plus haute que l’autre,
et regardant le plafond.

Il me semble que tu peux vieillir,
enlaidir même
et que rien ne te changera.

(Extrait de lettre du 21 ao0t 1853)

(Gustave Flaubert)

 

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